Cf. I
3. V. 20. î'va [jltjSïvI eïnwaiv oti aùxo; Isttv ô Xp'.stoç, se réfère plutôt à Me. 29, •qu'à Mt. 16.
La suite du récit invite k penser que la foi des disciples n'était pas suffisamment éclairée, puisque le Sauveur ne semble leur parler de son avenir que pour les mettre en garde contre les illusions courantes du temps et du milieu où leur vocation les a pris. Mais ces instructions ne se présentent pas dans les mêmes conditions que l'anecdote précédente. L'anecdote, circonstances et conclusions, a le caractère d'un souvenir historique précis ; elle est complète en elle-même et n'est pas à interpréter par son contexte. Les instructions de Jésus sur sa passion et sa résurrection ne s'annoncent pas comme un trait particulier et circonstancié de la vie de Jésus ; elles sont visiblement dominées par une double préoccupation théologique et apologétique, à savoir, montrer que le Christ avait prévu sa fin, et que les apôtres avaient été fort lents à comprendre le mystère de sa mort et de sa résurrection ; elles semblent donc se rattacher à la thèse favorite du second Evangile sur l'inintelligence des apôtres ; par conséquent, si elles ne sont pas à expliquer indépendamment de l'anecdote qu'elles sont destinées à compléter, l'anecdote, au point de vue historique, n'est pas à interpréter d'après ce commentaire. L'évangéliste a voulu faire entendre que la foi des apôtres galiléens était encore imparfaite t monobstant la confession de Pierre. La tradition primitive ne savait pas que telle eût été la pensée de Jésus, elle était persuadée plutôt que la foi des disciples avait réjoui le cœur du Maître, mais elle savait aussi que Jésus avait interdit provisoirement aux apôtres la profession publique de leur foi.
La recommandation du silence ne doit pas faire suspecter aussi l'historicité de l'anecdote, puisqu'il est aisé de voir les raisons de cette réserve, et que la foi des disciples est tout aussi conforme aux vraisemblances historiques que l'attitude du Sauveur lui-même. Les apôtres avaient eu d'abord foi à la parole de Jésus, et s'étaient attachés à lui comme au prophète du royaume ; mais ils n'avaient sans doute pas tardé à s'apercevoir que Jésus était bien plus qu'un prophète. L'autorité avec laquelle il parlait, ses miracles et la situation qu'il prenait à l'égard du royaume, dont il devenait l'agent et l'arbitre, plus encore que le prédicateur, leur avait suggéré que leur Maître était le Messie annoncé. Il est impossible de dire depuis combien de temps cette persuasion s'était emparée de leur esprit : ce fut sans doute un peu avant le départ de Jésus pour la Judée, et l'on ne doit pas supposer non plus un grand intervalle entre le
moment où leur opinion fut définitivement arrêtée sur ce point, et •celui où elle s'exprima par la bouche de Pierre. Ni l'intention du récit, ni la vraisemblance n'invitent à croire que la foi des disciples aurait été longtemps muette, bien que déjà entièrement fixée- Mais c'est chose remarquable que Jésus ait laissé ainsi se former une telle foi, sans la demander d'abord à ceux qui étaient les compagnons de son ministère. Une si grande réserve ne peut guère s'expliquer uniquement par la raison de sagesse pédagogique ; il faut, ou que Jésus lui-même ne se soit pas dès l'abord considéré comme le Messie, ou qu'il se soit tu parce que son idée du Messie était celle du Messie glorieux, qui n'était pas réalisée en lui pendant qu'il annonçait le royaume. Les deux hypothèses ne sont pas inconciliables, et elles se confondent même dans une certaine mesure. La première néanmoins, en tant qu'elle serait exclusive de la seconde est purement gratuite, et la seconde suffit à expliquer l'attitude du Sauveur. Elle permet d'attribuer au silence que Jésus «'impose, et qu'il impose à son entourage, un autre motif que celui de la prudence à l'égard des autorités politiques, faciles à inquiéter, et des masses populaires, faciles à soulever. La prétention messianique aurait été en contradiction avec le rôle préliminaire que Jésus remplissait d'abord. Il convient aussi de se rappeler que le ministère de Jésus n'a pas duré longtemps, et qu'il ne faut pas mettre des années mais seulement des mois entre ses débuts et la confession de Pierre.
On peut soupçonner que la foi de ses disciples encouragea le Sauveur dans la tentative qu'il fit bientôt après sur Jérusalem. Dans la perspective de la narration évangélique, la confession de Simon s'oppose à la déclaration de Jésus touchant son avenir comme une connaissance imparfaite à une connaissance parfaite, à laquelle les disciples, nonobstant les instructions formelles du Christ, ne sont parvenus cependant qu'après l'événement. Le caractère conventionnel de cet arrangement est d'autant plus reconnaissable que les évangélistes n'ont pas à citer les paroles que Jésus aurait dites pour annoncer sa mort et sa résurrection ; ils se contentent d'affirmer que Jésus a prédit l'une et l'autre, et leur assertion se formule uniquement d'après les faits accomplis '. En réalité, les
1. Mt. 21, fait même annoncer le départ pour Jérusalem, que Marc et Luc sous-entendent; mais Luc s'accorde avec Matthieu pour corriger Me. 31, [xztà. A. Loisy. — Les Évangiles synoptiques, II. 2
apôtres ont été surpris par la mort du Christ, et ils ont été surpris ensuite par sa résurrection. Il serait inconcevable que les événements les eussent trouvés ainsi au dépourvu, si Jésus en avait parlé aussi clairement et instamment que le font entendre nos récits. La veille de sa mort, Jésus n'a pas annoncé en termes exprès sa résurrection, et il en a encore moins fixé la date ; il a fait entrevoir seulement à ses disciples qu'il se retrouverait bientôt avec eux dans le royaume de Dieu { ; il leur annonçait donc son prochain avènement, malgré la mort, s'il devait la subir, et la résurrection était sous-entendue dans l'hypothèse de la mort, comme condition de la parousie.
C'est d'après ce témoignage qu'il faut juger les indications générales et apologétiques des évangélistes. Jésus n'a jamais parlé plus clairement de sa fin et de son avenir éternel que dans la dernière cène. En cette occasion, il ne prédit pas ce qui doit arriver : il parle de sa mort comme éventuellement imminente, parce qu'il la voit ainsi telle, et de son avènement dans le royaume, parce que telle est sa suprême espérance selon la loi de sa vocation. Dans les prédictions réitérées qu'il est censé avoir faites auparavant, la tradition a introduit une rigueur qu'elles n'ont pu avoir ; il est probable aussi qu'elle les a anticipées. Quoi qu'il en soit, le rapport des prévisions du Christ avec la confession de Pierre apparaît comme idéal et non comme chronologique ; c'est alfaire de rédaction et non d'histoire. Le véritable caractère de ce rapport est encore sensible dans la rédaction de Marc, où la liaison est assez flottante et trahit la superposition de la théologie au fait ; il est déjà eil'acé dans
Tpsï; îijxËpa; (Ss. « le troisième jour »), en ttj tpfci] r,;xipa, qui est plus exact. D (avec plusieurs mss. lai.) a dans Mt. [xs-k splîî rj;jL=paî, clans Le. u.£0'r)jx£pa; xpsïç /de même Ss.), ce qu'on explique par l'influence de Marc; mais il se pourrait aussi que la correction ne fût pas primitive dans les deux autres Synoptiques. Pour être moins précise, la formule de Marc ne paraît pas signifier autre chose que l'autre ; si elle a été influencée par Os. vi, 2, il ne s'ensuit pas qu'elle désigne un espace de temps très court (B. Weiss, E. 221), non un terme fixe. Elle accuserait plutôt une variante dans le schéma de la résurrection (cf. Mt. xii, 40), quoique les deux formules puissent être équivalentes (Weli.hausen, Me. 71). àîzoÔox'.aaaOfjvai kcô tc&v JïpwfJut^pwv xtX. est en rapport avec Ps. cxvin, 22, ou mieux avec Me. xn, 10-11; les deux passages ont chance d'appartenir à la même couche rédactionnelle. Matthieu n'a pas vu ce rapport et impute directement au sanhédrin la passion de Jésus. 1. Cf. Me. xiv, 25.
Matthieu, qui précise l'indication de temps; il n'est plus reconnaissable dans Luc, qui associe dans la même phrase la défense de dire que Jésus est le Messie, et la révélation de son avenir. On observera que la désignation de Jésus comme « Fils de l'homme » devient maintenant fréquente, même régulière, on peut dire systématique ; elle est visiblement coordonnée à la conception du Christ mort et ressuscité, du Christ de la foi, qui est anticipée par Marc, et après lui par les deux autres Synoptiques, dans l'histoire de Jésus.
Marc, viii, 32. Et il disait cela Matth. xvi, 22. Et le prenant à
ouvertement. Et le prenant à part, part, Pierre se mit à le répriman-
Pierre se mit à le réprimander. 33. der, disant : « Dieu t'en préserve,
Et lui, s'étant retourné et voyant Seigneur! cela ne t'arrivera pas. »
les disciples, réprimanda Pierre et 23. Et lui, se retournant, dit à
dit : « Va derrière moi, Satan, Pierre : « Va derrière moi, Satan;
parce que tu n'as pas le sens de ce tu m'es scandale, parce que .tu n'as
qui est de Dieu, mais (seulement) pas le sens de ce qui est de Dieu,
de ce qui est des hommes. » mais (seulement) de ce qui est des
hommes. »
Luc a omis cet incident, parce qu'il lui a semblé peu honorable pour l'apôtre, et d'importance secondaire. Du troisième Évangile et du second le plus paulinien n'est pas celui qu'on pense. La mise en scène de Marc est passablement contradictoire. Jésus vient de défendre à ses apôtres de le dire Messie, et lui-même est supposé se donner pour tel en public, non seulement par le titre de Fils de l'homme qu'il s'attribue, mais par la définition précise de son avenir messianique. Il est inutile de chicaner sur le sens du mot « ouvertement » 1, comme s'il s'appliquait à la manière de dire 2 et non à l'auditoire. La suite montre que l'évangéliste sup-
1. V. 32. v.<x\ rappïjTÎa tôv Xdyov i\6Xii. La « parole » n'est pas l'Évangile, mais le discours précédent. Lat. k : « et cum fiducia sermonem loqui », et Ss. rattachent ce membre de phrase au v. 31. De cette curieuse variante Merx II, n, 85, déduit que Jésus ne s'est déclaré Messie qu'après sa mort.
2. B. Weiss, E. 221. La liberté du discours est visée directement; mais elle s'entend par rapport à un auditoire étranger. Si l'on n'avait en vue que la clarté des paroles (Schanz, Mk., 281), la remarque était superflue; et il n'y avait pour Jésus aucune audace à parler ainsi devant les disciples. C'est à cause de la foule que Pierre prend Jésus à l'écart, puisque les autres apôtres le suivent et partagent ses sentiments.
pose une foule présente ; Pierre tire Jésus à part pour lui reprocher l'inconséquence de son discours, dont le prince des apôtres est censé ne pas comprendre la haute signification providentielle, c'est-àdire qu'il ne perçoit pas d'avance, comme Paul l'a perçue plus tard, l'importance essentielle de la mort et de la résurrection du Christ dans l'économie du salut ; Jésus se dégage, voit les apôtres qui l'observent, apostrophe la foule, dont l'attention s'est un moment détournée par le fait de Simon, et prononce une nouvelle déclaration messianique, moyennant une sentence traditionnelle que Marc adapte à cet effet.
Ainsi l'évangéliste n'a pas seulement introduit une conception nouvelle à côté de l'anecdote de la confession messianique; il a brisé le cadre de celle-ci, sans tenir compte de ce que Jésus était seul avec ses disciples aux environs de Césarée de Philippe, et qu'il ne pouvait pas y avoir de foule autour d'eux. L'annonce de la passion et la remontrance à Pierre sont donc dans un cadre fictif : la remontrance n'est pas mieux garantie historiquement que la prédiction qui l'occasionne, et que le cadre où elle est placée elle se rattache à la thèse de Marc sur l'inintelligence des apôtres; Tout le développement qui suit la déclaration messianique a le caractère adventice et irréel des passages déjà rencontrés qui font valoir la même idée. Dans la source où la confession de Pierre a été racontée d'abord, après la recommandation du silence, on ne lisait ni l'annonce de la passion, ni le blâme de l'apôtre, ni le discours au peuple, mais, très probablement, la parole qui vient maintenant après le discours, et qui, faisant abstraction de tout ce qui a été dit sur la passion et la résurrection, promet l'avènement prochain du règne de Dieu * .
C'est peut-être pour éviter la contradiction, et par un certain sentiment de la vraisemblance, que Matthieu supprime les indications de Marc touchant la présence de la foule. 11 n'a pas vu que les paroles : « Ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux », juraient singulièrement à côté de : « Tu n'as pas le sens des choses divines, mais seulement celui des choses humaines »; ou bien, s'il a pensé qu'elles corrigeaient le blâme, il n'a pas mesuré toute la portée de celui-ci. Dans les deux Evangiles, Pierre est censé ne pas vouloir que le Christ