‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 20 sur 729 · Cf. Gal. u · texte numérisé non relu

Cf. Gal. u

3. V. 24. tot£ ô 'lY)aou; eÎJttv toi; aaO^Taï; aûtoo. •4. V. 23. È'XsyEv oï ~oô; ^âvra;.

trouvée dans Marc ; comme il a montré le Sauveur à l'écart avec les disciples, il évite de mentionner en termes explicites la présence de la foule, et il s'exprime de façon à signifier la destination universelle du discours qu'il va rapporter, sans insister autrement sur la composition de l'auditoire ; il a senti que la leçon s'adressait aux chrétiens bien plus qu'aux Juifs qui ont pu entendre Jésus. Cette leçon du renoncement s'est déjà rencontrée dans Matthieu, et elle revient ailleurs dans Luc, parallèlement à Matthieu : les deux évangélistes l'ont ainsi deux fois, d'après le recueil de discours, et d'après Marc. Celui-ci, qui lui crée un contexte artificiel en l'insérant dans le présent récit, a dû la prendre à la même source, qui la contenait sans indication de circonstance historique, ce qui a permis à Matthieu de la placer dans le discours de mission, et à Luc de choisir une autre combinaison \.

Le noyau primitif du discours est contenu dans la sentence : « Qui veut se sauver se perd, et qui se perd se sauve », avec l'explication tirée du témoignage que Jésus rendra devant le grand Juge à ceux qui l'auront reconnu et à ceux qui l'auront méconnu 2. On a vu plus haut 3 le sens du jeu de mots sur la vie qu'on perd en la sauvant, et qu'on sauve en la perdant. Marc l'interprète par avance en disant que pour suivre Jésus, il faut se Tenoncer soi-même, c'est-à-dire faire le sacrifice de sa vie, et porter sa croix, se considérer comme crucifié avec Jésus, voué comme lui aux souffrances et à la mort, pour la vie éternelle 4. Luc, songeant

1. Mt. x, 38-39. Noter la différence de construction dans le v. 38, qui fait écho à Me. vin, 34, et dans le v. 3.9, qui forme une sentence complète et indépendante. Le. xiv, 25-27; xvn, 33. Cf. I, 895-896, et J. Weiss, AE. 242.

t. Mt. x, 32-33; I, 889-890.

3. I, 890. On pourrait soupçonner, dans la sentence primitive, l'emploi hébraïsant du mot « âme » pour le pronom réfléchi; et dans ce cas, le sens serait : « qui se sauve se perd, qui se perd se sauve », le jeu d'esprit roulant sur le double sens de « perte » et de « salut », non sur celui de « vie ». Cf. Welliiausen, Me. 72.

4. L'invitation à porter sa croix ne se trouve pas seulement dans Me. 34, Mt. 24, Le. 23; elle est aussi dans Mt. x, 38, et Le. xiv, 27; d'où l'on conclut qu'elle était dans les Logia. Mais ni Matthieu ni Luc, dans ces deux derniers passages, n'ont une couleur primitive. Me. 34 pourrait l'avoir en cette forme : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il se renonce lui-même », bien que tout le v. 34 puisse avoir été déduit du v. 35; et Me. 34 a pu influencer Mt. x, 38, et Le. xiv, 27, soit directement, soit par l'intermédiaire de leur source commune. Sur la mention de la croix, cf. I, 895.

aux épreuves continuelles du chrétien, dit qu'il faut porter sa croix « chaque jour ». Il est possible que les mots « à cause de moi » n'appartiennent pas à la sentence primitive l, qui signifiait simplement la nécessité de sacrifier la vie de ce monde à celle du royaume céleste, et que l'influence de Marc ait déterminé l'addition de ces. mots dans les autres passages ; si l'addition peut être antérieure à Marc, les mots : « et à cause de l'Evangile 2 », lui appartiennent certainement; il a voulu faire entendre que la leçon s'appliquait aux disciples après la mort de Jésus; mais « à cause de moi -•> le signifiait déjà, et c'est peut-être pour cette raison que Matthieu et Luc ne font pas mention de l'Evangile 3.

L'abnégation de soi-même, poussée jusqu'au sacrifice de la vie, est la condition du salut éternel, par conséquent le parti le plus avantageux à prendre, pour l'homme qui a souci de ses véritables intérêts. Gomme il a expliqué d'abord ce qu'il faut entendre par perdre la vie pour la sauver, Marc développe la sentence en montrant qu'on ne peut sauver sa vie éternellement, si on la cherche en ce monde. Celui qui gagnerait l'univers, tous les biens du temps, et tout ce qui fait heureuse l'existence des hommes, ne gagnerait rien pour l'éternité ; à la mort, ce qu'il aurait amassé lui échapperait ; et ce n'est pas avec toutes les richesses de la terre, supposé qu'il pût les garder à sa disposition, qu'il achèterait la vie éternelle 4. Le commerce de l'antiquité, notamment celui des esclaves, se faisait par échange d'articles vendables ; c'est pourquoi l'on parle de l'objet qui pourrait être éventuellement présenté comme équivalent à une vie d'homme. Nul ne peut racheter à Dieu la vie d'un autre, disait le Psalmiste 5. L'Evangile dit qu'on ne peut pas se racheter soi-même, c'est-à-dire acheter à Dieu, moyennant les biens du temps, la vie de l'éternité.

L'emploi du mot « âme » fait souvent citer ce passage en preuve

1. Cf. Le. xvn, 33, où ils sont omis; mais ce peut être à cause du contexte

2. V. 35. oç o"iv àrcoXÉuet ttjv <{*'jyf,v aùxo-j êvexev ejjlou xai to3 sùayysXto'j, axâatt aÙTTJv. Mt. 25. £upr)'a£t, par influence de x, 39.

3. « L'Evangile est (ici) le Christ prêché par les apôtres. » Wellhausen,. Me. 73.

4. V. 36. xi yàp wçsXet av8pw7i:ov xeporjaat tov xoaruov oXov xai ÇTjtjuojOrjvai ttjv <iu"/rjv aÙTou ; 37. xl yàp 8oï àvOpwnoç àvTaXXaYjjia tïjç <J»tr/T)ç aùrou.

5. Ps. xlix, 8-9. où Soiast tm Os/ji IÇtXaa[ia aùrou xai tt]V tijijjv xrjç XuTpwsîr»; zr^

de la valeur inappréciable que Jésus attribue à la personne humaine. Ce n'est pas dans ce sens qu'est orientée la pointe du discours, et Y « âme » représente ici la vie de l'individu *, non sa personnalité. On veut faire entendre que tous les biens de ce monde ne sont plus rien dès qu'on les a perdus; et on les perd inévitablement par la mort; la richesse est donc alors perdue pour le riche, et le riche pour la richesse ; ayant perdu la vie, le riche n'a rien à donner pour la regagner, rien pour se racheter luimême; il reste acquis à la mort; c'est donc le prix du renoncement, de la mort volontaire, par lequel on achète la vie éternelle, qui est mis en relief, et l'intérêt de la vie éternelle pour l'homme, non la valeur de l'âme humaine, de l'individu humain comme tel; il est vrai seulement que le salut est présenté comme une affaire personnelle, le grand intérêt de chacun. Ces considérations ont l'air d'être une paraphrase de la sentence, au moyen du psaume ; elles sont moins claires que la sentence qu'elles veulent expliquer 2.

Le prix de la vie ne s'entendant pas absolument, mais par rapport à un rachat hypothétique au jour du jugement 3, jour qui se confond plus ou moins, dans la perspective, avec celui de la mort, l'évangéliste amène ici la parole concernant le témoignage que Jésus, rendra devant Dieu, souverain juge, à ceux qui l'ont connu. Cette parole paraît avoir été associée déjà, dans la source, à la sentence de la vie perdue et gagnée. Sa forme primitive a dû être conservée par Matthieu, dans le discours de mission. Marc n'en retient que la partie négative, parce que, dans les réflexions précédentes, il a eu en vue le cas de l'homme qui, cherchant la vie en ce monde, perd en même temps par la mort le monde et la vie ; mais il commente cette partie de manière à fortifier la leçon du renoncement, ou plutôt la leçon de la croix, et à montrer combien Simon-Pierre a été répréhensible en ne la comprenant pas.

Jésus avait dit qu'il avouerait devant Dieu ceux qui l'auraient avoué devant les hommes, et qu'il renierait ceux qui l'auraient renié ; il menace maintenant ceux qui auraient honte de lui et de ses

4. Ou le pronom personnel, comme dans le ps. cité, p. 24, n. 5. Cf. p. 23, n. 3.

2. Le vocabulaire de Me. 36 est tout paulinien; l'idée du « monde » est à peu près étrangère à l'enseignement du Christ synoptique. Cf. Dalman, I, 136- 138. Noter la singularité de la construction, avec les trois yàp, vv. 36, 37, 38.

paroles ', « au milieu de cette génération adultère et pécheresse 2 », c'est-à-dire ceux qui, faute d'entendre le mystère de la passion, regarderaient la mort de Jésus comme un opprobre, et auraient ainsi honte de l'Evangile devant les Juifs. L'esprit et même le langage de Paul se reconnaissent encore dans ce développement 3. L'antithèse a perdu de sa clarté, car, si l'on Voit bien ce que signifie le reniement par le Christ, il est moins facile de saisir en quoi consistera sa honte. Jésus apparaît comme juge et non comme témoin 4; il ne présente pas les hommes à son Père, il vient dans la gloire du Père, et accompagné des anges. Cette mise en scène apocalyptique est aussi dans le goût et les idées de Paul. Le Christ-juge n'a plus de témoignage à rendre ; son attitude à l'égard de ceux qui auront succombé au scandale de la croix sera celle d'un monarque divin, offensé dans sa dignité. Mais le discours sonne comme une menace, plutôt que comme une sentence irrévocable de damnation : sorte de réplique à la parole, recueillie dans Matthieu h, contre celui qui aura supprimé les commandements de la Loi, et qui sera le plus petit dans le royaume des cieux.

Matthieu n'a pas dû voir où tendait cette leçon ; pour éviter ce qui lui semblait une répétition par rapport à ce qu'il avait déjà écrit, il abrège Marc, et annonce simplement la venue du Christ pour rendre à chacun selon sa conduite ". Luc suit Marc, et il ne craindra pas plus loin la répétition ; mais comme il a omis le blâme infligé à Pierre, la menace du Christ prend chez lui une signification générale, et s'adresse aux chrétiens lâches et apostats 7.

1. Me. 38 (Le. 26). o; yip èàv ÈTzata/jvÔrj jxs x.aî toj; iaoù; Xoyou; xtX. Le verbe ÈTtatayûveaOai ne se rencontre qu'ici dans l'Evangile.

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