Cf. E B. IV, 4253 (Cheyne
gélistes n'invite pas à entendre ce baiser autrement que dans le reste de la Bible. Judas est censé faire ce qui était de coutume entre Jésus et ses disciples, quand ils le rejoignaient après quelque absence. En cette occasion, Judas n'avait guère que le choix entre deux partis : saluer son maître comme à l'ordinaire, et le désigner ainsi à la bande armée, ou bien mettre le premier la main sur lui pour l'arrêter. On doit croire que le procédé le moins violent était celui qui convenait le mieux au caractère du malheureux apôtre. Luc ne dit pas que Judas ait prononcé une seule parole. On conçoit que les témoins de la scène aient été dans l'impossibilité de se souvenir s'il avait parlé ou non. S'il parla, ce fut pour joindre à son baiser un mot de salutation, et s'il ne dit rien, son baiser signifiait ce que lui font dire Marc et Matthieu.
Dans Marc, la troupe qui accompagnait Judas se saisit immédiatement de Jésus l, et rien n'est plus conforme à la vraisemblance. Dans Matthieu, Jésus dit d'abord à Judas : « Compagnon, pourquoi es-tu là? » 2 non pour lui demander ce qu'il vient faire, mais afin de rejeter le témoignage hypocrite de son respect, en lui rappelant le but réel de sa démarche. La réflexion du Sauveur apparaît comme interpolée eu égard à la rédaction de Marc3. Luc prête au Christ une exclamation indignée4, comme s'il repoussait le baiser du traître, et pour signifier que l'acte de Judas désignait Jésus à la troupe venue pour le prendre ; l'exclamation est donc quelque peu empreinte de rhétorique et d'artifice littéraire. Il est évident que les évangélistes interprètent la situation, soit qu'ils tirent les développements de leur propre fond, soit parce que ces développements se
1. V. 46. oî 8è ljîÉ|5aXav ta; ysïpaç aÙTw xal èxpaTrjcrav aùxdv.
2. V. 50. étaïps, ècp' o nipti ; Sur la signification de izalps, cf. supr. p. 227, n. 1. Beaucoup (Brandt, Hollzmann etc.) ne prennent pas ces paroles comme une interrogation, mais comme une remarque terminée en réticence : « Compagnon, ce pour quoi tu es là, fais-le, sans recourir à cette précaution inutile de salutation hypocrite. » Mais peut-on sous-entendre tant de choses? L'hypothèse de Schanz, Mt. 525 : « Ce pourquoi tu es ici, ne le sais-je pas ? » n'est guère plus naturelle. Bégulièrement il faudrait ir.l xi. Mais il ne semble pas que l'échange des pronoms soit inadmissible dans le langage des Evangiles.
3. Mt. 50 b. tote rcpoasXôdvTe; inifictlo/ jctX., est moins naturel que Me. ol oè IrcipaXav xtX. [supr. n. 1); mais Matthieu à dû faire une sorte de reprise après la parole de Jésus.
4. V. 48. 'Iouoa, çiXrjaaii tov uîôv toj âvSpwTOu Jtapa5t8a>ç ;
A GETHSEMAN1
sont produits naturellement dans les divers échos de la tradition primitive. On n'a pas voulu que l'acte odieux de Judas passât sans blâme. On n'a pas voulu davantage que la résistance des disciples passât sans commentaire, ni l'arrestation de Jésus sans explication tirée des desseins providentiels. Il est certain néanmoins que l'incident fut mené promptement, avec tumulte et violence, sans qu'il y eût beaucoup de place pour la réflexion et les discours.
Marc, xiv, 47. Et Matth. xxvi, 51. Et Luc, xxn, 49. Et l'un des assistants, voici qu'un de ceux ceux qui étaient avec ayant tiré l'épée, frappa qui étaient avec Jésus lui, voyant ce qui allait le serviteur du grand étendant la main, tira arriver, dirent : « Seiprêtre et lui enleva son épée, et, frappant gneur, frapperons-nous l'oreille. le serviteur du grand de l'épée? » 50. Et l'un
prêtre, lui coupa l'o- d'eux frappa le servireille. 52. Alors Jésus teur du grand-prêtre et lui dit : « Remets ton lui enleva l'oreille épée à sa place. Car droite. 51. Et Jésus, tous ceux qui auront prenant la parole, dit : pris l'épée périront par « Arrêtez! » Et toul'épée. 53. Ou crois-tu chant l'oreille (de cet que je ne puisse pas homme), il le guérit, prier mon Père, et qu'il ne me procure à cette heure plus de mille légions d'anges?54. Gomment donc s'accompliraient les Ecritures , selon lesquelles il doit en être ainsi ? »
Le rapport des divers incidents qui sont signalés par les Evangiles n'est guère plus facile à établir que l'exactitude matérielle ou même la réalité des paroles qui sont prêtées au Christ. Ce que le Sauveur put dire n'aurait été perçu que très confusément par ses disciples au milieu du tumulte. Les hommes qui accompagnaient Judas ont dû, comme le dit Marc, mettre la main sur Jésus, tout aussitôt qu'il leur eût été désigné par le baiser du traître1. Alors un des assistants, d'après Marc, un de ceux qui étaient avec Jésus, d'après
t. Supr. p. 580, n. 1.
Matthieu et Lue1, qui sans doute ont bien compris Marc, Pierre luimême, d'après Jean, tira son épée, et, visant à la tête le serviteur du grand prêtre, l'individu qui était le chef réel de la bande2, plutôt que le serviteur du grand prêtre qui aurait été connu pour avoir été blessé dans cette circonstance, lui coupa seulement l'oreille. Luc et Jean 3 disent que c'était l'oreille droite, et le premier ajoute même que Jésus guérit cet homme en le touchant. Certains interprètes ont cru que la guérison dont il s'agit était la guérison instantanée de la plaie, non la restitution de l'oreille. Le texte ne favorise pas ce raccourcissement du miracle, car il est dit que Jésus toucha l'oreille de cet homme, et non la place qu'elle avait occupée 4. Mais jusqu'à quel point l'évangéliste lui-même s'est-il demandé si c'était la blessure, ou l'oreille qui avait été guérie? Les Synoptiques n'ont pas nommé Pierre comme auteur de l'accident, parce que la tradition et sans doute Pierre lui-même ne savaient pas qui avait porté le coup. On répétait que l'individu avait été blessé, mais il aurait été difficile de direparqui, vu que les apôtres avaient au moins deux épées, et que les coups avaient dû être échangés à l'aventure, dans une demi-obscurité, sinon tout à fait dans les ténèbres. L'auteur du quatrième Evangile, qui a pourvu d'un nom le serviteur blessé, n'était pas embarrassé pour désigner l'apôtre qui l'avait frappé : Pierre était tout indiqué pour un acte de ce genre5. On ne voit pas comment Jean aurait pu être mieux instruit que ses devanciers, ni pourquoi Marc aurait substitué une donnée
l.Mi:. 47. sic SI tlç (xAL etc.,, omettent xt;) xwv 7ïap£axr]xo'xtov (il n'est guère possible d'admettre, avec B. Weiss, Mk. 221, que ces assistants soient les trois disciples mentionnés v. 33) <J7Caai[A,svo{ tJjv [xa/atpav ÏTrataev xov SouXov xoo àpy upéwç /.al àçpEÏÀsv aùxou xô côxàpcov. Mt. 51. xat to*où Et; twv u.£xà 'Irjaoïj (Ss. : « un des disciples de Jésus »>) ÈxxEt'vaç xï]V ^Etpa à7da7raasv rVjv [xâ^aipav aùxoCÎ xat TratàÇa; xov SouXov x. à. àoEtXsv aùxoîî xô wxîov. Le. 49. îSÔvxeç 8è oî 7tspi aùxôv (Ss. « ses disciples ») xô Èao;jLEvov Eljcav xupte, si 7:axa£o|xsv Èv jj.ayatp7] ; 1)0. xat ÈjtàraÇev etç xtç èÇ aùtwv xou apvtEpiw; xov SouXov xat aostÀsv xo où; a'jxoû xô osijto'v.