Vv. 27-31 ; supr. pp
A. Loisy. — Les Evangiles synoptiques, II. -S3
Luc mentionne ensuite le partage des vêtements par la voie du sort, et il ne dit rien des injures adressées à Jésus par les passants. Le peuple ne se moque pas du Christ ; il le regarde mourir !, et il se lamentera bientôt de sa mort 2. Les magistrats seuls, c'est-àdire les membres du sanhédrin, prêtres, scribes et anciens, tournent le Sauveur en dérision ; leur discours est le même, au fond, que dans Marc, mais il est plus abrégé dans la forme 3. L'épithète : « élu de Dieu », est dans le style de l'évangéliste, qui Ta déjà employée en racontant la transfiguration 4. Les soldats interviennent aussi et se moquent de Jésus en lui offrant du vinaigre à boire 5. La dérision des soldats se trouve ainsi substituée à celle du peuple. Y a-t-il, pour le vinaigre, anticipation de l'incident que rapporteront bientôt les deux autres Synoptiques6, ou bien, au contraire, s'agit-il de celui que Marc et Matthieu ont signalé d'abord 7, et le vinaigre aurait-il été substitué au vin aromatisé, parce que Luc s'est souvenu du psaume LXIX? On peut choisir entre les deux hypothèses, ou plutôt Luc confond les deux incidents en un seul, qui correspond surtout à l'affaire d'Elie dans les deux premiers Evangiles. En soi, l'offre du vinaigre n'avait rien de dérisoire. Il s'agirait, si l'on devait considérer dans cet incident autre chose que sa valeur symbolique, de la boisson 8 que les soldats romains portaient avec eux dans toutes les expéditions.