‹ Les évangiles synoptiques (volume 2)Chapitre 624 sur 729 · Cf. B. Weiss, Lk · texte numérisé non relu

Cf. B. Weiss, Lk

AU GOLGOTIIA 679

gile (le Pierre, qui a essayé une telle description, est tombé dans l'enfantillage !. 11 s'agit d'une impression morale, et non d'un miracle physique, d'un trait symbolique, non d'un obscurcissement de l'atmosphère. Beaucoup de commentateurs ont dit, après Origène, que le ciel s'était couvert d'épais nuages 2. Le ciel est toujours sombre pour une âme désolée. Peu importe qu'il s'y trouve ou non des nuages. Il est évident que les évangélistes n'ont point songé à cette cause d'obscurcissement. \ a-t-on représenter le Christ agonisant à la face du soleil ? Peut-il y avoir de la lumière autour de cette croix? N'est-ce pas en prévision de ce douloureux spectacle que le prophète Amos 8 avait écrit : « En ce jour-là, dit le Seigneur, je ferai coucher le soleil à midi, et par un beau jour je couvrirai la terre de ténèbres, et je changerai votre fête en deuil et tous vos chants en lamentation, et je mettrai sur tous les reins le cilice, et la tonsure sur toutes les têtes, et je rendrai ce jour triste comme le deuil d'un premier-né, et sa fin comme un jour de douleur? »

Est-ce d'après Amos qu'a été indiqué le moment précis où les ténèbres ont commencé ? Cela est possible. Le moment de leur disparition était indiqué par celui de la mort de Jésus. Comment sont-elles venues? Comment sont-elles parties? Qu'a-t-il pu se passer pendant ces trois heures? Les ténèbres étaient-elles bien épaisses? Qu'ont pu en penser les Juifs, les soldats, le peuple qui assistait au crucifiement? Les évangélistes n'en disent rien, parce que la tradition n'en savait rien. La donnée de la tradition flotte pour ainsi dire entre le réel et l'idéal. En disant qu'elle exprime un sentiment ou une idée, on la ramène à son origine historique. Dans les Evangiles, ce n'est pas tout à fait une réalité matérielle,

i. On y lit : 15. « Et il était midi, et des ténèbres couvrirent toute la Judée, et ils étaient troublés et craignaient fort que le soleil ne fût couché, parce qu'il vivait encore ; car il leur est prescrit que le soleil ne doit pas se coucher sur un homme tué,... 18. Et beaucoup marchaient avec des flambeaux, croyant qu'il était nuit, et ils tombaient... 22. Alors (quand le Christ eut été descendu de la croix), le soleil brilla, et l'on se trouva à la neuvième heure, 23. et les Juifs furent dans la joie. »

2. Cf. Brandt, 257. Renan, Jésus, 437, dit : « Le ciel était sombre ; la terre, comme dans tous les environs de Jérusalem, sèche et morne. »

3. vin, 9-10. LXX, 9. xaliorat iv èxcîvir) xf\ TjjjJpx,.... zaî Suacrat ô fjXto; (juoyijjl- £piaç, xal auT/.oîâj£t Iv TjjAÉpa xô çw;.

bien que Luc incline fort de ce côté, mais ce n'est pas non plus une impression psychologique ou une simple image. L'expression métaphorique de la conception idéale et du sentiment a cessé déjà d'être un symbole, sans en perdre néanmoins tout à fait le caractère *. On remarquera que la mention des ténèbres tient au schéma chronologique de Marc 2 ; elle se présente donc comme une addition rédactionnelle par rapport à la source du second Evangile. L'omission des ténèbres dans l'Evangile johannique tient à ce que la passion n'y a aucunement le caractère d'une scène de douleur et de deuil. Vers trois heures de l'après-midi, Jésus poussa un grand cri, et il expira 3. Tel est, semble-t-il, le seul trait qui vienne de la tradition primitive, et il n'y a pas lieu de s'en étonner. En supposant que le petit groupe dont il sera question plus loin ait véritablement assisté à la passion, et que les disciples aient pu ainsi être renseignés, de l'endroit où elles étaient, les femmes de Galilée auraient vu seulement les soldats présenter d'abord à Jésus la boisson qu'il a refusée, le dépouiller de ses vêtements, le clouer à la croix ; elles auraient entendu ce qu'on disait autour d'elles, et les propos qu'on tenait contre le Christ ; enfin elles auraient perçu son dernier cri, et vu retomber sa tête lorsque tout fut consommé. Eussent-elles été plus rapprochées de la croix, il est probable qu'elles n'auraient pas eu beaucoup plus d incidents à raconter. Mais il est à croire que les disciples n'ont pu être instruits que plus tard, et par des témoins qui tenaient de moins près au Sauveur. On ne peut guère

1. On a souvent comparé les ténèbres qui ont accompagné l'agonie de Jésus à celles que la légende dit s'être produites à la mort de César. Quatorze ans après cet événement, Virgile les signalait, entre autres merveilles relatives à la même occasion, dans ses Géorgiques (I, 463 suiv.).

Solem quis dicere l'alsum

Audeat

Ille etiam exstincto miseratus Caesare Romam Cum caput obscura nitidum ferrugine texit, Impiaqueaeternam timuerunt saecula noctem. Récits analogues pour la mort d'Auguste. Il ne semble pas nécessaire d'admettre une influence de ces « traditions » sur les évangélistes. Cf. Ruandt,

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