Cf. n
7. Ss. amène, après le v. 16, le v. 19 en entier, puis le v. 20 amalgamé avec les vv. 17-1S de la manière suivante : 20. « Et après qu'ils eurent soupe, 17. il prit la coupe, y fit l'action de grâces et dit : « Prenez cela et partagez-le entre vous. 20. Ceci est mon sang, la nouvelle alliance. 18. Car je vous dis que je ne boirai plus de ce fruit jusqu'à ce qu'arrive le royaume de Dieu. » Puis vient le v. 21.
La tradition du texte autorise donc un doute sur l'intégrité de la relation dans les exemplaires actuels.
En toute hypothèse, ces exemplaires présentent une combinaison de deux sources, une source évangélique, mise à contribution par Luc pour le récit de la passion, et la première Epîtré aux Corinthiens. Mais on peut douter qu'une combinaison aussi peu réussie vienne de Luc lui-même, qui, par ailleurs, ne fait aucun emprunt direct aux Epitres de Paul. Il n'est pas vraisemblable qu'on ait omis dans certains manuscrits la seconde mention de la coupe, afin de mettre le troisième Évangile d'accord avec Marc et Matthieu ; car, dans ce cas, c'est la première mention qu'on aurait dû supprimer, et l'on ne conçoit pas que l'on ait pu être tenté d'effacer les mots : « Ceci est mon sang », qui exprimaient la croyance de l'Eglise, en leur préférant : « Je ne boirai plus de vin». Rien n'eût été d'ailleurs plus facile que de rapporter à la même coupe, comme a fait la version syriaque du Sinaï, des paroles qui sont réunies dans Marc1. Le texte actuel de Luc les présente séparément, parce qu'elles sont de provenance différente. Il est donc probable qu'on aura de fort i bonne heure complété la relation de Luc, jugée insuffisante, par celle de la première aux Corinthiens, et que l'apparente nécessité de l'addition lui aura valu son succès. Les divergences des témoins attestent des efforts successifs, et plus ou moins heureux, pour établir l'accord du troisième Evangile avec les deux premiers et avec la forme traditionnelle de la cène chrétienne.
La tradition qui plaçait la bénédiction de la coupe avant celle du pain n'est pas attestée que par Luc, on la trouve aussi dans la Doctrine des apôtres ~, où est indiquée en premier lieu la prière qui
i. YVestcott-Hort. Ap. 63-64. Cf. B. Weiss,LA-. 634; J. YVeiss, AE. 295-299; Brandt, 301, 387-388, 584 ; YYendt, 496-497 ; Zahn, E. II, 357-359. Cet auteur considère comme texte primitif de Luc celui des deux mss. la t. h e(supr. p. 527, n. 3), dont le témoignage lui semble confirmé par Se. Le texte de D et des autres mss. lat. accuserait une conformation (?) voulue au texte ordinaire, et le souci d'établir une correspondance extérieurement plus satisfaisante (?) entre les vv. 15-16 et les vv. 17-18. Que Luc n'ait pas voulu exposera un païen (?) le mystère chrétien (op. cit. II, 376), c'est une hypothèse bien risquée ; car la parole : « Ceci est mon corps », serait de trop, et la sobriété du récit peut s'expliquer suffisamment par la fidélité relative de l'évangéliste dans l'emploi de la source qui lui a paru la plus autorisée.
2. Didaché, 9 (cf. I Cor. x, 16). Plusieurs pensent que les prières indiquées dans ce chapitre de la Didaché ne se rapportent pas à l'eucharistie proprement
doit être prononcée sur la coupe. Pour être moins explicite que celle des deux autres Synoptiques et celle de Paul, la relation de Luc ne laisse pas d'avoir absolument le même sens. La formule : « Prenez ceci et distribuez-le entre vous • », si elle était isolée, n'aurait qu'une signification vulgaire ; mais les paroles qui suivent : « Car je vous dis que je ne boirai plus désormais du fruit de la vigne, jusqu'à ce que le royaume des cieux soit arrivé », dont le rapport avec l'eucharistie est garanti par Marc et par Matthieu 2 aussi bien que par Luc, montrent déjà que la circonstance donne à la distribution de cette coupe une importance exceptionnelle ; et le fait que la distribution de la coup 3 est associée à celle du pain, dont le Sauveur dit : « Ceci est mon corps », prouve que la coupe et le pain forment, dans la pensée de Tévangéliste, un tout indivisible, un symbole unique, recouvrant la même réalité mystérieuse. Seulement, c'est au symbole du pain rompu3 qu'a été rattaché, comme au signe le plus expressif, selon l'esprit de la tradition suivie par Luc, la signification profonde du repas eucharistique. Cette relation plus abrégée, si elle n'est pas encore entièrement homogène, a toute chance d'être plus conforme à la rédaction de l'Evangile primitif et à la vérité de l'histoire.
On a supposé que Luc avait transposé la bénédiction du pain et celle du calice 4, comme il a transposé les deux dernières tentations du Christ5. Ici, la transposition, pour autant qu'on voudra l'admettre, ne doit probablement pas être imputée à Luc. L'évangéliste aurait, dit-on, pensé que la coupe eucharistique était la première coupe du festin pascal : mais pourquoi n'aurait-il pas cru aussi bien que c'était la dernière, si la tradition évangélique avait été ferme sur ce point? La transposition s'explique presque aussi natu-
dite, mais à l'agape préliminaire : cette distinction parait introduite arbitrairement dans un texte qui ne la connaît pas. Paul et Jean (cf. QÉ. 710) l'ignorent aussi.