L'AVEUGLE DE JÉRICHO
Marc, x, 46-32. Matth. xx, 29-34. Luc, xviii, 33-43.
Le miracle de Jéricho est lié de la façon la plus étroite à larrivée de Jésus à Jérusalem. Il contribue à exalter lenthousiasme de la foule, pour la manifestation messianique sur la montagne des Oliviers. Dans Marc, il se trouve faire pendant à Taveugle deBethsaïde, et il prépare l'entrée messianique du Sauveur, comme le miracle de Bethsaïde prépare la confession de Pierre. Il est probable que Tévangéliste reconnaît au second miracle comme au premier une portée symbolique.
Marc, x, 46. Et ils arrivèrent à Jéricho; et comme il sortait de Jéricho, avec ses disciples et une foule nombreuse, Bartimée, — le fils de Timée, — aveugle qui mendiait, était assis au bord du chemin. 47. Et apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier en disant :
« Jésus, fils de David, aie pitié de moi. » 48.
Et plusieurs le reprenaient durement pour qu'il se tût. Mais il n'en criait que plus fort:
« Fils de David, aie pitié de moi. » 49. Et Jésus, s'arrêtant, dit :
« Appelez-le. » Et on appela Faveugle en lui disant : « Courage î lève-
Matth. XX, 29. Et comme ils sortaient de Jéricho, une foule nombreuse les suivit ; 30.
et voilà que deux aveugles, assis au bord du chemin, ayantappris que Jésus passait, crièrent en disant : « Aie pitié de nous, fils de David.» 31. Et la foule les repritdurement pour qu'ils se tussent. Mais ils crièrent plus fort, disant : « Seigneur, aie pitié de nous, fils de David. » 32. Et Jésus, s'arrêtant, les appela et dit : « Que voulez -vous que je vous fasse ? »
33. Ils lui dirent : « Seigneur, que nos yeux soient ouverts. » 34. Et Jésus, ému de compas-
Luc, xvni, 35. Or, comme il approchait de Jéricho, un aveugle était assis au bord du chemin, demandant l'aumône. 36. Et entendant passer la foule, il demanda ce que c'était.
37 Et on l'informa que c'était Jésus de Nazareth qui passait. 38. Et il cria, disant : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi. » 39. Et ceux qui marchaient devant le reprenaient durement pour qu'il se tût.
Mais lui criaitbeaucoup plus fort: « Fils de David, aie pitié de moi.»
40. Et Jésus, s'étant arrêté, ordonna qu'on le lui amenât. Et quand il se fut approché, il
toi; il t'appelle. » 50. sion, leur toucha les lui demanda : 41. « Que Et jetant son manteau, yeux; et aussitôt ils re- veux-tu queje te fasse? >» et se levant prompte- couvrèrent la vue et le Et il dit: « Sei^^meur, ment, il vint auprès de suivirent. que je voie. » 42. El
Jésus. 51 . Et Jésus, lui adressant la Jésus lui dit: « Vois. Ta foi t'a parole, dit : « Que veux-tu que je te sauvé. » 43. Et aussitôt il recoufasse ? » Et l'aveugle lui dit : vra la vue, et il le suivit en glori- « Maître, que je voie. »52. Et Jésus fiant Dieu; et tout le peuple, voyant lui dit: « Va, ta foi t'a sauvé. » Et cela, adressa des louanges à Dieu, aussitôt il recouvra la vue, et il le suivit dans le chemin. »
Nonobstant les divergences notables que présentent les trois relations, il s'agit évidemment d un même fait, et non de trois ou de deux miracles distincts ^ Mais pourquoi Matthieu parle-t-il de deux aveugles au lieu d'un, et pourquoi Luc place-t-il la guérison de Taveugle à l'entrée de Jéricho, tandis que les autres Synoptiques la mettent à la sortie, c'est ce qu'on n'explique pas d une manière satisfaisante en disant qu'il y a eu réellement deux aveugles, dont lun au moins demanda sa guérison au Sauveur avant l'entrée à Jéricho, et qui furent guéris tous deux à la sortie. La tradition de Marc ne connaît qu'im seul aveugle. Le rédacteur du premier Evangile en a mis deux, suivant un procédé dont on a remarqué déjà plusieurs fois l'application 2. H est très vraisemblable qu'il a voulu introduire deux aveugles dans le récit emprunté par lui à Marc, parce qu'il avait omis de raconter séparément la guérison de l'aveugle de Bethsaïde. Quant à la transposition opérée par Luc, elle a son origine dans une licence de rédaction : l'évangéliste a voulu amener plus convenablement l'histoire de Zachée, en la faisant précéder par la guérison de Taveugle. La visite à Zachée ne pouvait se faire que dans Jéricho. Luc ménage au Christ une entrée solennelle, préludant à la manifestation sur le mont des Oliviers, et il met le miracle auparavant, afin d'expliquer la présence de la foule autour de Jésus, dans Jéricho. Le rapport des récits avec la parabole des Mines invite à penser que l'évangéliste a voulu figurer dans la guérison de l'aveugle la conversion des
1. « Omnia enim sunt adeo similia, ut non videantur diverse esse posse miracula. » Maldonat, I, 420.