Voir 11' eoimueiilaire île Me. v
LA TRADITION ÉVANGÉIJQUE 1 (S.'i
tisme. C'est iiinsi que les souvenirs priniilil's s'idéalisèreuL, prirent uue couleur messianique, se complétèrent, sY'larj^irent en symboles de doctrine, de puissance et de divinité.
Dès que la manifestation messianique de Jésus était anticipée dans son ministère, il était indispensable qu'on en marquât le début, et il importait que ce début lut signiticatif. Par là s'expliquent la mise en scène du baptême et rinterprétation chrétienne des rapports que Jésus avait eus avec Jean *. Celui-ci prêchait le baptême de repentance en vue du royaume qui allait arriver. Jésus vint, comme beaucoup d'autres, se l'aire baptiser dans le Jourdain ; sans doute il était déjà préoccupé lui-même du jugement prochain e( du règne de Dieu ; quand Jean eut été emprisonné. Jésus, à son tour, annonça le prochain avènement du royaume céleste ; mais Jean n'avait pas soupçonné qu il baptisait « celui qui devait venir - », el il n'eut pas conscience flavoir été le précurseur du jeune pèlerin de Nazareth, l^a tradition primitive avait le sens très net de la relation qui avait existé entre le Baptiste et le Christ : Jean avait marqué la tin de l'ancienne économie du sahil ; il n'était pas entré dans la nou\elle •*. Mais hi démarche de Jésus restait acquise et devenait plutôt un embarras pour la foi grandissante, si on n'en relevait la signitication. 11 fut admis que le baptême de Jésus par Jean ;nait été vraiment le baptême du Christ, sa consécration messianique par la descente fie l'Esprit divin, qui s'était dès lors emparé de lui. Par une adaptation facile de ce que le Baptiste a\ait réellement enseigné, on lui fit annoncer le Messie iiu lien du royaume, ce qui faisait de lui le précurseur du Christ, et l'on supposa bientôt qu'il avait vu l'Esprit flescendre sur Jésus, ou bien même qu'il n'ig^norail pas sa qualité de Messie avant de le baptiser, et que la démarche du Sauveui- était pour l'éditication commune '. En tous cas, Jean a\ait rempli à l'ég-ard de Jésus le rôle que la tradition prêtait à Elie, et que Jésus lui-même avait formellement reconnu au Baptiste à l'égard An royaume ■^.
Ij'anticipation du sacre messianique enti'aîna celle de la tentation du Christ. Il était admis que le Messie devait lutter contre Satan et le vaincre. J/.\pocalypse johannique contient la description de ce combat et de ce triomphe. La carrière de Jésus n'avait présenté que des épreuves morales, et il fut reconnu d'abord que la bataille suprême d'où il était sorti
t. Voir le coinnientairc de Me. i, t-13, et parallèles. 2. Mt. XI, '.i.
H. Cf. Mt. XI, lt-t3; Le. vn, 28; xvi, 10.
4. (^f. Le. in. 21-22 (Jn. i, 29-34); Mr. m, 14-15. "Voir, dans le lommentaire, le fragment de l'Evang'ile dos Hébreux sur l'impeccabilité du (Ihiist. .^. Me. IX, 13 'Mt. xvii, 12-13); cf. Mt. xi, 14-, el le coniiuenlaire.
victorieux élail la inorl *. Mais, si on le considérait comme Christ dès le baptême, on devait lui ménager aussitôt une rencontre avec le démon. De là cette grande scène de la tentation au désert, où les perspectives apocalyptiques et un sentiment très juste du véritable caractère de rKvangile ont contribué au développement dune donnée traditionnelle beaucoup plus simple.
Quand la consécration messianique sera reportée à la conception même de Jésus, le baptême et la tentation perdront une grande partie de leur signilîcation. C est ce qui arrive dans Matthieu et dans Luc, quoique la tentation y garde sa place, quelle ne retiendra pas, pour un autre motif, dans le quatrième Evangile. Les deux derniers Synoptiques systématisent en quelque façon l'activité du Christ thaumaturge : on a vu plus haut -' comment Matthieu a organisé, entre le discours sur la montag^ne et le discours de mission, sa série de miracles spécimens, dédoublant au besoin les récits traditionnels pour donner corj)s à son énumération. Le trait de Pierre marchant sur les eaux •' ne fait que développer le merveilleux symbolique du récit emprunté à Marc. Le miracle de la pièce de monnaie trouvée dans la bouche du poisson ' est du caractère le plus commun : on en trouvera de semblables dans les év,uigiles apocryphes. La pèche miraculeuse de Luc est un miracle symbolique, tout à fait analogue à la multiplication des pains, mais qui doit avoir son point de dép irt dans un des incidents qui ont contribué à jiroduire chez les disciples la foi à la résurrection du Sauveur '. Le troisième Evangile est plus rempli d'allégories que le premier : c est chez lui que la prédication de Jésus à Nazareth, transposée, amplifiée, dramatisée, devient une prophétie typique du sort qui est réservé à TEvangile auprès des Juifs el auprès des Gentils *' ; cest lui qui a la mission des soixante-douze disciples ', pour figurer Févang-élisation du monde. Il ne sest pas défendu d'ajouter aux miracles de Marc la résurrection du jeune homme de Nain ^. La vérité du symbole passait avant celle de rhistoire. Tout n'est pas faux dans l'hypothèse mythique de Strauss; mais l'œuvre de la tradition a été beaucoup plus complexe et variée que le célèbre critique ne l'avait supposé.
Le travail qui s'est exercé sur le souvenir des faits s'est pareillement exercé sur celui de l'enseignement. Tant que Jésus prêcha, nul ne son-
1. La mort est le -ï'-paaiio;. Voir siipr. p. 101, l'analyse du récit de Gelhséluani, et le coninientaire.