Jiii.iciiiai, Die (ïleichnisrcflen Jpsii, I
LA TRADITION KVANGKI.IQUi; I S9
pro<;rt'ssivc qui se manilesle clans la tradition concernant la vie, les actions et la mort de Jésus. La parabole primitive n'était qu'un récit moral, une l'.ible, simple et claire, dont Tapplication se rap|)ortail au royaume (les cieux '. Les évangélistes y voient tout autre chose : selon eux, le (Miiisi aurait adopté le j;enre parabolique atin de dérober aux Juifs» réprouvés <le Dieu, la connaissance des véi'ités s:dutaircs. Cette conception ihéorique -. inacceptable au point fie vue de la psycholo<;ie et de l'histoire, a servi à expliquer I insuccès de la prédication évangélique auprès des Juifs. Elle se tonde sur une idée non réelle de la parabole, qui es( censée avoir été un enseignement obscur et plein de mvstère. Cet eiiseii:neinenl n'est devenu obscur et mystérieux qu'à distance, pour des gens c|ui n'en avaient pas reçu l'impression directe, et qui n'a^■aient pas nièiue le sentinienl des circonstances dans lesquelles il s'était produit.
Kien n'était moins mystérieux que l'objet des paraboles. Jésus voulait, au moyen de comparaisons et d'apolog'ues, persuader à ceux qui Fécou taieril de se tenir prêts pour l'avènement du royaume céleste, les gagner à cette espérance, leur inspirer confiance dans la miséricorde divine et dans l'elUcacité de la prière. Ces principes très simples étaient illustrés par des comparaisons et des récits plus simples eiu'ore, tout populaires de fond et de forme. Jésus prouvait la nécessité d'être prêt pour le rovaume (les cieux, en alléguant l'exemple du propriétaire qui aurait pu prévoir la visite du voleur, en racontant l'histoire des dix jeunes filles dont cinq manquèrent le festin nuptial à cause de leur négligence; il prouvait et justifiait la bonté de Dieu à l'égard du pécheur repentant, en citant le cas du berger qui retrouve sa brebis égarée, ou bien celui du père qui se réjouit quaud revient le prodigue qui l'avait quitté; il prouvait l'exaucement de la prière par l'exemple du juge qui finit par faire droit à la requête de la veuve importune. Mais avec le temps, le sens primitif des récits, fut moins bien compris, et Ton ne pouvait croire non plus que la parole du Christ n'eût pas un objet plus vaste et plus profond ; comme on y cherchait une réponse à toutes les questions qui se posaient, on l'v trouva, on l'y mit en la trouvant. L'interprétation allégorique était le moyen tout indiqué ; on l'employa tout naturellement sur les paraboles, comme on l'employait sur l'Ancien Testament et même sur les faits de l'histoire évangélique. De même, par exemple, que le récit de la prédication à Nazareth, qui est, dans Marc, un incident fin ministère galiléen où ron fait ressortir l'incrédulité des concitoyens de Jésus, comme on a signalé plus haut celle de sa famille, devient expressément, dans Luc, une
I. Sur la question des paraboles, voir Jûlicheh, I, et dans Etudes f^vaiiyéliques, le chapitre concernant les paraboles de i Evangile. 1. Voir le commentaire de Me. iv, 40-12, et parallèles.
Iî)0 LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES
li^ivire de l'accueil lail à l"Evaiii;ile par les Juifs, et de la réprolialion tllsraël au jirolîl des Geutils, la fable du Festin, dans Mathieu, el celle de'> Mines, dans Luc, sonf devenues de |)etites apocalypses où Jésus est censé avoir prophétiquement annoncé la ruine de Jérusalem, la conversion des Gentils, l'institution de ri\i;lise'. Les additions allégoriques troublent l'économie des paraboles, comme elles altèrent la physionomie de l'histoire évauf^élique : mais les rédacteurs n'en ont pas conscience. L'unité se fait dans leur esprit, et ils ne sonj^ent pas à mesurer l'écart qui existe entre leur pensée et la réalité de l'histoire. Comme l'allégorisation des faits, partielle dans les Synoptiques, devient, dans l'Évangile johannique, un système qui embrasse toute l'histoire du Christ, el dans tous ses détails, Fallég-orisation des paraboles aboutit, dans les discours du quatrième Kvang-ile, à l'alléf^orie pure, qui se substitue à la parabole primitive. On voulait que Jésus eût révélé aux siens non seulement sa destinée mais la leur, les desseins de la Providence sur les élus et sur le monde, tout ce qui intéressait le bon ordre des communautés chrétiennes et la (lij^nité transcendante de leur fondateur immortel. On ne se borna pas à gloser les paraboles primitives, on en créa quelques-unes. Celle de rivraie - peut avoir été conçue à partir d'une donnée traditionnelle : dans la forme que lui a donnée Matthieu, c'est une allégorie qui suppose l'Evangile déjà réjiandu dans le monde, et les communautés chrétiennes déjà constituées ; elle contient une leçon à l'adresse de cellesci. qui ne réussiront à être entièrement saintes que par la purilicalion du jugement dernier. La parabole des 'Vignerons meurtriers •* est une vision d'apocalypse où se sont résumées, à l'occasion et avec l'aide de paroles authentiques du Sauveur, les spéculations du christianisme primitif sur la destinée de Jésus et l'endurcissement des Juifs. Le commentaire du Semeur'' veut expliquer l'insuccès de Jésus auprès de ses compatriotes, et la théologie prédestinatienne, probablement par l'iniïuence de Paul, intervient pour montrer dans cet échec une volonté providentielle qu'est censée avoir servie l'obstîurité intentionnelle de l'enseig'nement parabolique. Quelques paroles d'encouragement aux disciples sont devenues des instructions précises et développées sur la conduite a lenir durant les persécutions, où l'on voit les préliminaires de la catastrophe finale. C'est ainsi qu'on peut les trouver à la fois et dans le discours de mission compilé par Matthieu, et dans le discours apocalyptique par lequel les trois évangélistes ont voulu couronner la prédication du Sauveur ''. Le
L \'oir le commentaire de Mt. xxn, 1-14, et de Le. xix, 11-27.
2. Voir siipr. p. 129, et le commentaire de Mt. xin, 24-30, 36-43.