V. Me. viH, 29. Voir le commentaire
l.A TRADITION ÉVANGÉUQUE 193
appliqué à lui-même, en de très rare? occasions, les titres de « Fils de Dieu » et de « Fils de l'homme ». ces formules n'ont été pour lui que des synonymes de Christ', et Ion est d'autant moins autorisé à y chercher des nuances particulières de sa pensée, l'expression toute personnelle de ses sentiments les plus intimes, que la plupart des passiges où elles se rencontrent ont chance d'appartenir à la g-lose traditionnelle de son ensei- ■^nemeni.
Ce n'est point sans doute par un efl'et du hasard que les l'ormules de " Fils de Dieu » et de « Fils de l'homme » remplacent, dans le jugement du Christ par Caïphe ^, celle de " roi des Juifs », qui est employée dans le récit du jugement du Christ par Pilate. La première génération chrétienne disputait avec les Juifs sur le droit de Jésus à la qualité de Christ, à la royauté glorieuse annoncée par Daniel ^, dans le fameux passage relatif au >< fils d'homme » qui figure et introduit le règne des saints. On ne se lassait donc pas de répéter, on ne se lassa pas de faire dire à Jésus quil était le « Fils d'homme » que Daniel avait vu en esprit, le Christ de la parousie, celui que les chrétiens attendaient toujours, et dont Caïphe avait méconnu la prétention légitime. L'emploi réitéré du titre de « Fils de l'homme » dans les discours de Jésus tient à cette préoccupation des rédacteurs évangélistes. La comparaison des textes invite à penser qu'il s'est introduit dans la tradition écrite, et qu'il n'appartient pas d'ordinaire à la plus ancienne rédaction des discours évangéliques. Avec le temps, la spéculation christologique a pu s'insinuer dans cette notion apocalyptique du Messie, comme elle s'insinua dans la notion traditionnelle du Fils de Dieu, qui exprimait à l'origine une sorte de rapport vicarial entre le roi théocratique et le Dieu d'Israël. Les deux s'opposent déjà dans Matthieu, comme si l'une pouvait servir à définir le Christ dans sa manifestation terrestre, et l'autre dans son être transcendant : sorte de prélude à la théologie des deux natures^.
Les idées qui entrèrent dans la christologie préexistaient à l'Evangile. Jésus ne s'est jamais donné comme la manifestation historique d'un être qui subsistait en Dieu avant de se révéler aux hommes. Mais, au moins dans certains cercles messianistes, on ne croyait pas seulement que Dieu avait l'intention de susciter bientôt un Messie à Israël, on se figurait ce Messie prédestiné comme attendant au ciel l'heure fixie pour son apparition terrestre ■'. Et l'on ne pouvait manquer de se demander ce qu'était