‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 180 sur 829 · Mt. XI. 27 \.<:. X.22): supr. p · texte numérisé non relu

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LA TRADITION ÉYANGÉLrQUK 19?)

(".(' sont les (ipinidu^ qui sont emportées dans le iiioiivemenl de la toi. Paul et les autres théologiens de l'âge primitif sont étrangers à la recherehe scientifique et même à la réflexion philosophique, lis ont fies intuitions qui les ravissent; leurs théories sont des visions; ils n'en scrutent pas les antécédents, ils n'en déduisent pas les conséquences. La prière du Chris! nii se trouve la parole sur la connaissance réciproque du Père et du Fils pourrait figurer dans une apocalypse : le prophète chrétien qui la cduçue n'avait pas le moindre doute sur la vérité de son objet, sur sa conformité à la pensée et à l'enseignement de Jésus, et la question de savoir si Jésus l'avait ou non prononcée était pour lui tout à fait accessoire; on peut dire même que la question ne se posait pas plus pour lui que pour Paul, quand celui-ci énonçait au nom de Jésus les paroles de l'institution eucharistique. L'impression actuelle de la foi était la vérité de l'Evangile. En l'état d'exaltation où vivaient les premiers croyants, tout ce travail, qui déroute l'analyse par sa complexité, s'est opéré, spontanément et rapidement, dans la région subconsciente des âmes où se préparent les songes de tous les hommes, les hallucinations de quelques-uns, les intuitions du génie. On ne peut guère douter que certaines paroles attribuées au Christ n aient été perçues par des enthousiastes dans les transports de leur prière extatique. On peut dire la même chose pour certains récits de miracles, et, jusqu'à un certain point, pour tous, la transfiguration involontaire des souvenirs dans l'imagination croyante étant une manière de vision. Paul présente comme réelle sa description de la dernière cène, mais il n'hésite pas à dire qu'il la tient du Christ lui-même. D'après ce cas certain et défini, on peut conjecturer ce qui est arrivé pour d'autres moins importants. Si l'on ne tient pas compte de ces conditions psychologiques, le développement de la tradition évangélique sera inintelligible : entassement progressif d'idées disparates, dont le succès parait d'autant plus extraordinaire que la base rationnelle en est plus fragile.

La partie la plus tardive de ce développement, considéré seulement dans les Synoptiques, est probablement celle que présentent les récits de Teiifance. C'est également celle où la tradition évangélique se rapproche le plus des légendes communes et des fictions libres, plus ou moins réfléchies, qui se rencontrent dans les évangiles dits apocryphes. Ces récits contiennent un élément de croyance, l'origine surnaturelle du Christ par la conception virginale, qui appartient à l'histoire de la christologie, tout en empruntant son symbole à la tradition mythologique en même temps qu'à la tradition apocalyptique. Comment le Christ, être divin, était-il entré dans le monde? Fallait-il lui attribuer une origine semblable à celle de tous les hommes? Les témoins de sa vie n'y avaient eu aucune répugnance : leur foi était satisfaite en admettant que Jésus était entré dans

la fïloire de son rôle par la résurrection ; au bout d'un certain temps, les croyants de la seconde génération se persuadèrent qu'il avait été sacré Messie au moment de son baptême '. Ceux qui cherchaient à expliquer la manifestation du Christ par la révélation de la Sagesse pouvaient adopter ce cadre, et Fauteur du quatrième Evangile paraît s'y être conformé ^, ou bien s'en tenir à leur idée générale, qui ne réclamait pas la détermination nette du rapport qui avait existé entre la Sagesse et Jésus antérieurement à son ministère. Mais la foi commune exigeait un symbole plus concret, avec une date précise. Fils de Dieu et Dieu, le Christ avait dû naître de Dieu, sans la participation de Ihomme.

Lidée d'opérations miraculeuses de l'esprit divin dans la formation des hommes prédestinés était déjà familière à la pensée juive ; celle même de la conception virginale du Messie ne lui était probablement pas étrangère, au moins comme métaphore, et devait tendre à se réaliser dès que la foi messianique se porterait sur un individu déterminé. La vision de l'Apocalypse où la carrière du Messie est figurée par la femme en travail dont le dragon surveille l'enfantement^, et dont le fruit est ravi au ciel, a été empruntée par le prophète chrétien à la tradition messianique ; et l'on est autorisé sans doute à remonter plus haut encore, la mise en scène devant provenir de quelque légende mythologique ', comme en provient celle du combat de Michel contre le Dragon. On peut douter cependant que l'idée de la conception virginale provienne de l'ancien fond mythologique. La mythologie connaissait des déesses-mères, que l'on pouvait en même temps qualifier de vierges en un sens très large. Mais il semble que l'adaptation même du symbole à son objet israélite ait renforcé la notion de virginité, parce que la déesse-mère est devenue le judaïsme, la vierge fille de Sion , mère du Messie. Comme il est arrivé en bien dautres occasions, le symbole a été individualisé ; on a regardé comme vierge la femme qui avait donné ou qui devait donner le jour au Christ. Il n'est d'ailleurs aucunement établi que l'idée de la conception virginale du Messie, dans le sens strict des mots, soit antérieure au christianisme. Le fameux texte d'Isaïe, où les interprètes grecs ont trouvé la mention d'une vierge, a pu fournir un appui à cette idée; il n'aurait jamais pu la créer ^. Rien n'empêche d'admettre que le rédacteur de Matthieu ait été le premier à y découvrir l'idée de la virginité gardée dans la conception.

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