Voir le commentaire de Mt, i, l
LA TRADITlOiN KVANGÉLIQUE 197
Restaionl ;"i lixer les circonstances de cette origine mirai'uleuse. La tradition niessianiqne en fournissait qui n'étaient pas tout à fait d'accord ;ivec la tradilinn historique de lEvangile.. Celle-ci connaissait Nazareth comme pati-ie de Jésus, Joseph et Marie comme ses parents. Celle-là réclamait que le Christ descendît de David, et qu'il naquît à Bethléem. Jésus ne s'était pas donné comme appartenant à l'ancienne race royale ; il avait pi .i tôt enseigné que le Christ était plus grand que David, comme il était plus grand que Salomon, plus grand que Jonas, et qu'il n'avait pas besoin d'être issu du fils d'Isaï selon la chair. Néanmoins saint Paul se croit assuré que Jésus est du sang de David, et il lafBrme -. Les généalogies qui nous ont été consei'vées par Matthieu et par Luc, élaborées dans des cercles oîi l'on ne soupçonnait pas la conception virginale fin Christ, n'ont pas d'autre objet que de rendre sensible cette filiation davidique, en la déduisant, par une chaîne ininterrompue, depuis David jusqu'à Joseph, et par Joseph jusqu'à Jésus lui-même.
Le fond des récits de Luc repose sur cette donnée et sur celle de la naissance à Bethléem : l'annonciation de Jean-Baptiste et celle de Jésus sont imitées de l'Ancien Testament; une conjecture très artificielle et niédiocreincnt heureuse sert à expliquer comment Jésus de Nazareth a pu naître à Bethléem. L'ensemble des anecdotes, y compris celle de Jésus à douze ans, n"a rien qui dépasse les facultés moyennes d'invention des hagiographes populaires à toute époque et en tout pays. Aussi bien la légende n'appartient-elle pas à quelque grand courant de la pensée chrétienne. Lllc a souri dabord à la piété d'un groupe restreint, et elle sest répandue peu à peu, parce quelle flattait la piété commune, et que nulle tradition positive n"v contredisait.
Les récils de Matthieu sont moins bien liés comme légende et procèdent plus éti-oitement de la tradition apocalyptique, avec une préoccupation d apologie. Celui de la conception virginale, envisagée du côté de Joseph, est une défense assez faible contre la risée des incrédules et surtout des Juifs, à qui s'adresse directement la preuve tirée du prophète Isaïe. L'histoire des mages et d'Hérode exploite d'autres textes prophétiques, en les associant à l'idée apocalyptique du Messie en danger de mort à sa naissance ^. En supposant que les parents de Jésus habitaient Bethléem. e( que des circonstances indépendantes de leur volonté les ont amenés à Nazareth, lévangéliste témoigne un moindre sens de la réalité que la source de Luc. Ses pieuses fictions ont dii pareillement se former d'abord dans un {)etit cercle, et se répandre de là dans les communautés