‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 188 sur 829 · Mt. III, 12; Le. m · texte numérisé non relu

Mt. III, 12; Le. m

LA CARRIÈRE DE .lÉSlS 207

pour ce règne de justice dont le Baptiste prédisait la \eiinc imminente. Il se fit baptiser et resta ensuite quelque temps au désert.

On ne saurait dire s'il eut avec Jean des relations suivies. 11 paraît plus probable que non'. 11 n'est pas certain davantage que l'instant même de son baptême lui ait apporté la révélation subite de sa vocation messianique. Ce rapport n"a rien d'impossible, mais il a pu aussi être établi ou du moins précisé par la tradition. Ce qui paraît le plus vraisemblable est que Jésus, de plus en plus dominé par la préoccupation du royaume céleste, a passé quelque temps dans la solitude ; là il fut poursuivi par la conscience de plus en plus nette de sa propre vocation ; un événement dont il ne pouvait manquer d'être frappé, la captivité de Jean-Baptiste, lui fit prendre un parti définitif^ : puisque le prophète du royaume était condamné au silence, il allait prendre sa place, et à un titre d'autant meilleur qu'il se sentait prédestiné lui-même au rôle d'agent principal dans le royaume, à la fonction de Messie.

La Galilée, son pays d'origine, lui parut un terrain préférable, pari-e que plus sijr, à celui où Jean avait exercé son activité. Il y revint donc, mais non dans la région de Nazareth. Il commença à prêcher au bord du lac de Tibériade, à Gapharnaûm et dans la banlieue. Ses premiers disciples furent recrutés parmi les pêcheurs du lac. Sa prédication ne différait pas sensiblement de celle du Baptiste ; lui aussi annonçait le prochain avènement du royaume ; mais on dut sentir, dès le début, qu'il s'attribuait dans cet avènement une place considérable que Jean ne se réservait pas. En tout cas, son action personnelle fut plus puissante sur l'imagination populaire que celle de Jean, et ce n'est pas seulement sa parole qui impressionna d'abord les masses : Jésus enseignait et il faisait des miracles.

Il en faisait presque malgré lui. Dès son premier séj(jur à Gapharnaûm -^ on lui amène des malades à guérir. Sa propre popularité l'effraie; il craint que le thaumaturge ne fasse tort en lui au prédicateur du royaume, et il s'éloigne de Gapharnaûm '. Vaine précaution. L'élan une fois donné, le mouvement ne s'arrête pas; Jésus veut prêcher et convertir, il faut qu'il guérisse. Pourrait-il se refuser au soulagement que Dieu opère par ses mains ? Il agit avec une efficacité particulière sur la catégorie de malades que l'on regardait comme spécialement possédés du démon, les malheureux atteints d'affections nerveuses et de troubles céré-

i. Voir le coiumentaire de Me. i, 'J-l'-i. et Mr. xi. 2-3.

2. Me. 1, 14 (Mr. iv. \2;. Sur le démenti de .Tn. m. 24. voir QK. :{H2-:{.3"i.

M. Me. I. 34.

braux, de dérang-ements d'esprit '. Il leur parlait aA^ec autorité, ordonnant aux démons de les laisser, et le calme revenait, au moins pour un temps, dans ces âmes inquiètes.

On n'a aucune indication sur la durée de la prédication au bord du lac. On ne risque guère de se tromper en évaluant cette durée à quelques mois. Il est invraisemblable qu'elle ait été plus longue, d'une année par exemple, ou davantage ; elle pourrait, au contraire, avoir été plus courte et n'avoir pas dépassé quelques semaines '-. Le cadre géographique a été aussi très limité : Jésus a prêché surtout à Gapharnaum et dans les villages environnants, c'est-à-dire dans la région nord-ouest du lac de Tibériade; il ne semble pas être jamais entré dans la ville même de Tibériade, ni dans les autres villes plus ou moins hellénisées de la région. La tradition avait gardé le souvenir d'une pointe infructueuse sur Nazareth "*.

Il est évident que le mouvement ne pouvait gagner en extension et en intensité sans attirer l'attention du pouvoir politique, c'est-à-dire sans être immédiatement comprimé. L'exemple de Jean montre ce dont était capable à cet égard le tétrarque Antipas, et celui de Jésus n'y contredit point. C'est parce qu'il s'adressait à de petites gens, dans un cercle restreint, en prêchant une doctrine morale où rien n'était une menace directe pour les autorités constituées, que Jésus a pu suivre librement, pendant un certain temps, son inspiration. Il parla d'abord de préférence dans les synagogues '•, puis partout où le peuple s'amassait autour de lui pour le voir et l'entendre, dans les maisons particulières, sur les chemins, au bord du lac. Il vivait familièrement avec les quelques disciples qu'il avait recrutés, et, quand il était à Gapharnaum, il demeurait dans la maison de Simon, dit Pierre •'', qui fut le premier de ses douze apôtres. Les habitants de la rive orientale du lac se montrèrent réfractaires à la bonne nouvelle^; les tentatives que le Sauveur pul faire de ce côté n'eurent aucun résultat.

Mais le succès parut d'abord considérable dans la région de Gapharnaum, à tel point que Jésus bientôt crut opportun de s'adjoindre des auxiliaires pour son œuvre de prédication. Parmi ceux qui s'étaient plus particulièrement attachés à lui, il choisit douze hommes qu'il jugeait

1. Me. I, 23-27, :U, 39; ii, 11-12; m, 22-30; v, 1-20. Pour la juste appréciation de ces témoignages, voir le commentaire.

2. Sur le sens qu'il convient d'attribuer aux indications chronologiques de Jean, voir QE. 60-66.

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