Me. X
o. Mt. XIX, 27-28. Cf. supr. p. 132.
posant que le rovaume pourrait tarder encore, et en se dérobant au danger par le silence. Il avait dit pour lui-même aussi bien que pour ses disciples : -< Qui cherche sa vie la perd, et qui la perd la gagne' ». S'il était dans les desseins du Père que le Christ n'entrât dans sa gloire que par la mort. Tavènement du royaume n'était pas encore payé trop cher. Mais ce n'était là, semble-l-il, qu'une prévision éventuelle, non une certitude. La puissance de Dieu était plus grande que la malice des hommes : on pouvait tout craindre de celle-ci, mais on pouvait aussi, et mieux encore, on devait tout attendre de celle-là. Jésus ne voyait, ne voulait voir que son idéal et son espérance. Aimerait-on mieux que, prenant le monde pour ce qu'il était, considérant l'hésitation de ses disciples, la puissance invincible de Rome, l'impitoyable dureté des prêtres politiques, la haine obstinée des pharisiens, l'impossibilité autant dire physique fie taire ce qu'il voulait, soulever la terre jusqu'au ciel et rendre Dieu visible à l'humanité, il s'en fût retourné tranquillement dans son atelier de Nazareth ? Il n'avait même pas ce choix, car une telle idée ne poavait sofFrir à son esprit. Il suivait la loi de sa vocation, il allait à la gloire, c est-à-dire, d'abord et nécessairement, à la mort.
Le temps de la Pâque approchait ; les pèlerins commençaient à affluer à Jérusalem ; Jésus s'y rend avec ses apôtres et une foule que sa prédication avait ralliée sur le chemin. La confiance avait repris le dessus dans l'âme des disciples. Toute la troupe était persuadée que le royaume des cieux allait se manifester 2. Il semble que Jésus lui-même ait voulu le signifier en réalisant volontairement une partie du programme messianique tel qu il était déterminé dans les prophéties. Zacharie avait représenté le roi idéal en prince pacifique et doux, ayant pour monture un âne^, au lieu d'être porté sur un char de guerre. D'autre part, le mont des Oliviei's était le lieu indiqué pour la manifestation du Messie ''. Jésus, arrivé sur la pente de la montagne, envoie chercher un âne ; les disciples le couvrent de leurs manteaux ; le Sauveur s'assied sur le tranquille animal ; la troupe cueille des branches aux arbres voisins, les bras s'agitent, et l'acclamation messianique retentit : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celdi qui vient au nom du Seigneur ''. » Ainsi la consigne provisoire qui avait été donnée à Césarée de Philippe était maintenant rompue. I..'heure était imminente, et la voix du peuple ne faisait que préluder à la voix de Dieu.