I.ENSKKliNEMKiNI' l>K JÉSIS '2'M
Le règne de Dieu est proprenienl l'ère de bonheur dans la jusliee. qui va être inaugurée par une manifestation de puissance, la subite Iransformation des choses, Texaltation du Messie. Mais étant donné que cette ère va commencer, que ri^vangile y prélude imniédialenienl, que les convertis tle Jésus sont les élus du royaume, que J('sus lui-même est le Christ qui va paraitre dans sa g-loire, l'Evang-ile esl une anticipation du règne, et Ion peut parler de ce royaume comme s'il arrivait, et même comme s'il était déjà commencé, non toutefois comme s'il était accompli et détînitivemenl org-anisé. Que TKvangile fasse pour ainsi dire corps a\'ec le l'oyaume, on peut le déduire, non de telle parole plus ou moins sujette à caution qui tend à expliquer le royaume de Dieu par la communauté chrétienne, mais par les paraboles où le royaume figure comme terme de comparaison imjdiquant toute léconomie de lœuvre divine, et sa préparation avec sa consommation. Il en est ainsi dans la parabole du Festin ', dans la parabole des Talents -, dans celle des Vierg-es •'. L'inséparabilité dei^ deux éléments, préparation et accomplissement, fait que l'un est inintellig^ible sans l'autre. Il n'en reste pas moins que le règ-ne de Dieu, dans sa pleine réalité, n'est pas acquis, mais qu'il doit, qu'il va venir. On fausse l'Evangile même et la notion du règ-ne de Dieu, en résumant la prédication de Jésus dans la foi au Dieu père. Cette foi n'est pas le règne de Dieu, elle est seulement un de ses postulats.
Entre l'Evangile et le règne de Dieu, la ti-ansition flevait se faire en un instant, mais cet instant était capital. .Avant l'ère de gloire, c'était le moment de la justice. Autant qu'on peut le conjecturer, Jésus ne se lig"urait pas le jugement de Dieu comme une grande séance où le sort de l'humanité tout entière serait débattu, et où chacun recevrait en présence de tous la sentence qui déciderait de son sort pour l'éternité '. Il concevait plutôt une sorte de sélection qui s'opérerait inopinément et en un clind'œil sur les hommes alors existants ; les justes seaient comme ravis à Dieu, transportés au lieu de la félicité messianique, mués en êtres immortels, tandis que les autres seraient abandonnés sans doute à leur châtiment, à un état de mort, qu! n'excluait pas la flouleur-'. Les justes défunts ressusciteraient en même temps.
L'idée de résurrection n'éveillait pas dans 1 esprit du populaire juif les difficultés qu'elle suscite maintenant dans le nôtre. Pas plus qu'aucune autre branche de l'humanité, la masse d'Israël n'avait pu se résigner