I.A FORME LITTÉRAIBE
peu près pour ceux qui n'aviiienl une i-onnaissance sj)é(iale n de Fune ni de Tautre.
Il va de soi que la lanjfue du Christ et des apôtres ait laissé sur la tradition évangélique une empreinte encore sensible à travers la translation i»Tecque ; mais cette influence n'est pas la seule qui se soit exercée sur le lang-ag'e des Évangiles, et en général sur celui du Nouveau Testament. Le grec dont se sont servis- saint Paul , les évangélistes et les autres auteurs des Ecritures chrétiennes, n'était pas le grec classique, ni même, à proprement parler, le grec vulgaire, la langue commune des pays hellénisés par la conquête d'Alexandre, c'était ce grec déjà adapté à la traduction des Écritures juives, et tel qu'il apparaît dans la version dite des Septante , c'est-à-dire un grec influencé directement par l'hébreu biblique, un langage dont le vocabulaire était bien, sauf un petit nombre de mots empruntés, celui du grec vulgaire, mais dont la syntaxe était fortement imprégnée d'hébraïsmes * . Familiarisés avef la version des Septante, les écrivains du Nouveau Testament y conformèrent tout naturellement leur style. C'est ainsi que les Évangiles synoptiques ne sont pas seulement pénétrés de sémitisme par l'araméen de Jésus et de ses premiers fidèles, mais par le grec de l'Ancien Testament, qui devient la langue du Nouveau. On y trouve des aramaïsmes et des hébraïsmes, quoique, vu l'affinité de l'hébreu et de l'araméen, nombre de sémitismes puissent être classés indifféremment dans l'une ou dans l'autre de ces catégories ^. L'influence de l'hébreu est même prépondérante, surtout dans les récits, parce que l'imitation de l'Ancien Testament a été souvent volontaire et n'a pas résulté simplement de l'emploi des Septante par les premiers chrétiens.
De même les mots et formules cités dans Me. v, 41 ; vu, 34; xv, 34 (Mt. xxvn. 46). S. Jérôme, C. Pelag. III, 2, écrit à propos de l'Evangile des Hébreux : « In evangelio juxta Hebraeos, quod chaldaico quidem syroque sermone, sed hebraicis litteris scriptum est, quo utuntur hodie Nazareni, etc. » Mais il ne fait pas toujours cette distinction, et il lui arrive de citer comme hébreu, et comme empruntées à l'original de Matthieu, des expressions et formules de cet apocryphe qui sont araméennes.
1. Sur le grec des Evangiles, voir la très remarquable étude de Wellhau- SEN, E. 15-34.
2. Cf. Dalman, 13-34. Noter la conclusion de cet auteur : « Les hébraïsmes des Synoptiques ne sont pas à nier, mais ils sont si peu une preuve en faveur d'un original hébreu que la proposition contraire est plutôt justifiée : moins il y a d'hébraïsmes, plus (le passage) est primitif ; plus il y a d'hébiaïsmes, plus grande a été l'activité des rédacteurs hellénistes. Il est à considérer que l'araméen, langue vivante des Juifs, hébraïsait beaucoup moins que le grec qu'écrivent les Synoptiques. »
2o6 LES ÉVA.\(;iLES SVN(»PTl(^H;i':S
Les enseiyuemeats de Jésus, nonobslant les f^loses el les rclnuciies qu'ils onl eu à subir, retiennent ordinairement une forme rythmée analogue à celle des écrits gnomiques de l'Ancien Testament. Cette circonstance, que Ton a dernièrement alléguée ' comme une preuve de la rédaction des LogÏH primitifs en hébreu, tient sans doute à des causes diverses. Il n'est pas vraisemblable que Jésus ait appliqué délibérément la forme rythmique à ses discours, mais le parallélisme était comme le balancement naturel de la pensée juive. t)n comprend que le Sauveur en ail usé pour frapper les sentences qui résumaient son enseignement, e( qui (levaient rester dans la mémoire de ses auditeurs-; peut-être est-il dîi en partie à la tradition elle-même, qui facilitait ainsi la conservation cl la transmission des sentences, tout en les rendant plus concises et plus incisives ; enfin Ton doit admettre l'influence de l'Ancien Testament sur les l'édacteurs évangéliques. Les paroles d'action de grâces après le retour des apôtres •'. le discours aux apôtres après la résurrection, dans le premier Evangile '. sont des morceaux rythmés que l'on peut considérer comme l'œuvre de prophètes chrétiens '. On conçoit que ces derniers aient été inspirés dans la manière des anciennes Écritures, et que. s'ils écrivaient, ils en aient délibérément imité le style.
Pour des motifs analogues, les récits évangéliques ressemblent à ceux de l'Ancien Testament. Ce sont des anecdotes qui se suivent, reliées entre elles par un fil très lâche. I^Ues sont, en général, très sobres de développements, ne contenant que des traits indispensables et significatifs. L'agencement de ces traits est des plus simples. Ils viennent le plus souvent comme dans une énumération dont les membres seraient reliés par la conjonction el. L'impression de ces narrations si dépourvues d'art, au moins en apparence, ne laisse pas d'être saisissante à raison de leur sim-
1. Briggs, The ethical Teaching of Jésus (New- York, 1904;. l^e livre de la Sagesse et le quatrième Evangile, livres composés en grec, contiennent des niorceauN d'un parallélisme très régulier. Voir, par exemple, le prologue de .lean.
2. On peul regarder comme primitives des sentences telles que les suivantes :
« Oui leclierche sa vie la perd, Et qui perd sa vie la trouve. » Mr. x, 39 (Le. xvii, 33).
« Ce n'est pas ce qui entre dans l'homme qui le souille : (>e qui souille l'homme est ce qui sort de lui. » Me. vu, tri (Mr. xv, 1 1 1.
« Les premiers seront les derniers, Et les derniers seront les premiers. » Mr. xix, 30 (xx, 16: Le. xm, 30 .