LA FORME LITTÉRAIRE
orée, parfois tivec une médiocre invention, selon son propre génie '. Dans les récits, au contraire, il est sec, incolore et bret, enclin parfois à supprimer des détails nécessaires - ; il n'est pas conteur, et il manque de la vivacité quou trouve dans Marc, aussi bien que de Iharmonie artilicielle qui se renconli-e dans Luc. Il a des combinaisons sing-ulières, comme dans l'histoire des deux aveugles-* et dans celle des deux possédés '. Sa préoccupation des prophéties l'induit quelquefois à altérer le bon équilibre des récils primitifs ', et le soin qu'il prend de marquer l'accomplissement des prophéties anciennes cause des répétitions monotones. « Cela se fit pour que la parole du prophète fût accomplie'' ", tel est le refrain dont il ne se lasse pas. Les récits de la naissance du Christ n'ont guère plus de chai'me que la généalogie qui les précède : ce n'est pas une légende populaire, mais une série de combinaisons exégétiques '' . Son imagination parait avoir été aussi pauvre que sa foi était naïve : le grand ressort du merveilleux, dans ses deux premiers chapitres, est le songe révélateur; il en abuse véritablement. Certains récits ne sont pas exempts de gaucherie : Joseph découvrant l'état de sa liancée, l'étoile qui conduit les mages, la femme' de Pilate invitant son mari à ne pas assumer la responsabilité de la mort de Jésus, les défunls qui ressuscitent au tremblement de terre, les gardes à qui Ton lait dire que le cadavre de Jésus a été enlevé pendant leur sommeil.
Le vocabulaire de Matthieu est moins personnel que celui de Marc** ; son style est plus correct ; il n'évite pas, et Ton dirait même que, pour certains cas, il préfère des hébraïsmes que Marc et Luc ne connaissent pas, ou qu'ils n'ont pas voulu garder. Il suffit de rappeler ici l'emploi des formules : « royaume descieux », " Père des cieux " ». Cependant il n'affecte pas l'imitation du langage biblique ; sa phrase est généralement coulante, mieux construite que celle de Marc ; à cet égard, on peut dire que Mat-
1. Voir l'analyse [supf. pp. \'.ii')-['.il , et le commentaire des discours évangéliques.
2. Par exemple, au commencement de l'histoire du paralytique, ix, 2. :L IX, 27-31 ; XX, 29-34 {supr. p. 126 et p. 133).
4. vui, 28-34 (supr. p. 12.1'i. Noter aussi le double récit, ix, .■{2-;{4, et xn, 22- 24 [supr. p. 125).
"k Les deux ânes de Bethphagé, xxi, 1-7 isupr. p. 133;.