PROLOGUE DE LUC
(Luc, I, 1-4)
La belle phrase classique ' par laquelle Luc inaugure son récit est la seule de ce genre qui existe dans tout le livre. L'auteur s'y réfère au commencement des Actes, dont le préambule ne manque pas non plus de solennité, mais se perd, en quelque façon, dans la narration qu'il introduit. La préface de l'Evangile est bien caractérisée comme telle, et délimitée relativement à l'ouvrage qu'elle annonce. Elle tend à classer celui-ci dans la catégorie des œuvres personnelles, et l'on peut dire qu'elle tend pareillement à en faire une œuvre hellénique, au lieu d'un écrit impersonnel et sémitique, comme les deux premiers Evangiles. Il y a là toutefois plus d'apparence que de réalité, les procédés de composition employés par
1. P. DE Lagabde (Psalterium Juxt. Hebr. Hieronymi, p. 165) a signalé la grande ressemblance qui existe, au point de vue de la forme, entre le prologue de Luc, et celui du traité De materia medica de Dioscorides. On en a conclu que Luc avait imité Dioscorides. Mais le thème de ces phi'ases dédicatoires étant partout le même, Luc a pu employer des formules plus ou moins stéréotypées, sans les copier dans un auteur particulier. Dioscorides ne doit pas être le seul écrivain de ce temps qui ait parlé de ceux qui l'avaient précédé, ou du soin avec lequel il avait composé son œuvre, ou de la méthode qu'il avait suivie.
Luc n'étant pas sensiblement différents de ceux dont usent Marc et Matthieu.
Luc, I, I. Plusieurs ayanl ciilrepris de composer un i-écit des choses qui se sont accomphes parmi nous, "J. d'après ce que nous uni transmis ceux qui ont élé, depuis le commencement, témoins oculaires et ministres de la parole, '.i. j'ai trouvé bon, moi aussi, après m'être informé soit^neusement de tout depuis Forigine, de te l'écrire avec ordre, excellent Théophile, 4. pour que tu connaisses la certitude des enseif;nements que Ton t'a donnés.
On admet volontiers que ce prologue ne vise que l'Evangile et non les Actes. Il est vrai pourtant que l'auteur, n'a pas, à proprement parler, de préface poui" les Actes ; il désigne assez nettement ce livre comme la seconde partie ou le second tome d'un ouvrage c[ui en comprend plusieurs ', et l'objet du premier livre, qui est rappelé au commencement du second, à savoir « ce que Jésus a commencé à faire et à enseigner » '^, peut sembler n'être pas tout ce que Fauteur annonce dans « les choses accomplies parmi nous « '^. Que Luc ait eu déjà l'intention d'écrire les Actes quand il se mit à écrire l'Evangile ', on ne peut l'afTirmer avec certitude, mais il peut y avoir quelque témérité à le. nier.
Quand l'évangéliste rédigea son œuvre, beaucoup d'autres'' lavaient précédé comme historiens des choses qui s'étaient passées'' chez les chrétiens, c'est-à-dire des faits concernant Jé.sus et, si l'auteur a déjà en vue les Actes, la fondation des premières communau-
t. AcT. I. I. Tov a=v -poiTov Àoyov i-0'.ï,'j'z;j.ï|V. On entend o;énéralenient ::p(oxov au sens de ::poTçpov, Iaic n'ayant écrit ([ue deux livres. Zahn (E. II, 371, 386) allègue l'emploi de -po)xo; pour soutenir ([ue Luc avait l'intention d'en écrire un troisième.
2. Ttïpl râvTwv (ov fjpfaro 'Irjaou; -Ciuîv t£ /.ai ôiôaa/.civ.