‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 245 sur 829 · Thèse de Zahn, II · texte numérisé non relu

Thèse de Zahn, II

5. £7;£'.orJ7;3G noX'kol lTzzj Eip-t\0(X'/ àvaiâÇaaÛai otrjyTjCTtv. Le majestueux i::£iori7:£p ne se rencontre nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament.

6. Luc emploie ici -ÀripoçopEî'jOai, comme expression plus sonore, au sens de -ÀripouaGa'.. Comme -Xr]po»op£ïv peut signifier <> certifier, convaincre », le sens de i> faits bien garantis » a été admis par Eusèbe et d'autres interprètes grecs ; mais il n'est pas autrement imposé par l'usage du Nouveau Testament; il n'est pas réclamé non plus par le contexte, iv f,[Jiïv supposant plutôt le sens de « faits accomplis », ainsi que l'a entendu la Vulgate : « Quae in nobis completae sunt rerum. » VA. Il Tim. iv, o, 17.

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lés. Dans la dernière hypothèse, on comprend peut-être plus facilement qu'il désigne comme « faits accomplis parmi novis » la matière de son histoire, la carrière de Jésus, considérée à part, ne répondant pas bien à cette définition. Il justifie son entreprise par Texemple de ceux qui l'ont précédé, et qui n'étaient pas mieux placés (pie lui pour la tenter. On doit donc reconnaître qu'il existait alors un assez grand nombre d'écrits ressemblant à nos Evangiles canoniques. L'abondance relative de cette littérature, qui s'est perdue presque tout entière et assez promptement, mérite d'être remarquée. L'ancienne tradition pensait que Luc avait eu en vue les évangiles apocryphes ; mais ces compositions sont plus récentes que les écrits de Luc. Il s'agit certainement de Marc et d'autres écrits qui n'ont pas été conservés : et si Luc a connu quelque rédaction de notre premier Evangile, antérieure à la rédaction canonique, il ne l'attribuait pas à l'apôtre Matthieu.

Tous les évangélistes connus de Luc se trouvaient dans les mêmes conditions que lui-même : ce n'étaient pas des apôtres ni des disciples immédiats du Christ ; ils n'étaient pas de ceux qui avaient vu le Maître et qui étaient devenus les prédicateurs de son Evangile après lui; ils avaient recueilli, directement ou indirectement, la tradition des témoins oculaires ' . Ceux-ci ont assisté Jésus « depuis le commencement », parce qu'ils se sont attachés à lui pendant son ministère, et dès les premiers temps, car Luc a principalement en vue les apôtres ; et ils ont été aussi « depuis le commencement » les « ministres de la parole » -, parce que ce sont eux qui, après que

1 . V. 2. /.xOfoç ;:ap;oo3xv fi[J.ty oî ôlt:' ^^'/fii aùtoTzrai xai. 'j-ripéxai. yîvojxevch xoïi Àoyou. Le pronom f)jifv ne se l'apporte pas spécialement aux écrivains évangéliques, mais désigne les clirétiens en général, comme au v. 1.

2. « La parole » désigne l'Evangile prêché (cf. Act. vi, 2; \in, 4, etc.;, non l'histoire de Jésus, et moins encore le Verbe johannique ; toû Xdyou dépend donc seulement de j-TipÉ-a'. ; mais, l'article oi n'étant pas répété, les aù-otl-ol'. sont les mêmes que les 'j-r,oi-:7.'. io5 Àoyou, et c'est aux deux qu'il faut rapporter xj:" x^/fj; et Yévo'jjLsvot. Le « commencement » dont il s'agit ne peut être que le commencement de l'Evangile, c'est-à-du^e le ministère de Jésus à partir du baptême de Jean, et les débuts de la prédication apostolique à Jérusalem : ces deux commencements n'en font qu'un dans la perspective, et les témoins du premier sont les acteurs du second. Il serait arbitraire de chicaner Luc sur ce que les apôtres n'ont pas assisté au baptême du Sauveur (cf. Act. i, 21-22; x, 37-42, où l'on voit ce que Luc entend par commencement et par témoins; il attribue à 1 Evangile le même ^ commencement <> que Mahc, i, I et de reculer le com-

le Sauveur est entré dans sa gloire, ont porté l'Evangile dans tout l'univers. Ces témoins n'ont pas écrit ; d'autres, les prédécesseurs de Luc, ont déjà recueilli leur enseignement.

C'est de cet enseignement que Luc lui-même prétend dépendre, non des rédactions qui en ont été déjà faites ; du moins les rédactions n'ont-elles de prix à ses yeux qu'en tant qu'elles représentent la tradition des témoins ; il ne se prévaut pas de relations directes avec les disciples immédiats de Jésus, et il a puisé, en réalité, presque tout le fond de son Evangile dans des ouvrages plus anciens; il a dû les utiliser selon le mérite qu'il leur attribuait ; le parti qu'il a tiré de Marc donne à penser qu'il voyait dans notre second Evangile un écho sincère de la tradition apostolique. Son intention, d'ailleurs, n'est pas d'indiquer ses sources ni de révéler ses procédés de composition : de ce qu'il dit sur les témoins et les rédacteurs de l'Evangile on ne peut rien conclure touchant le rapport de son livre avec la tradition orale ou les écrits antérieurs ; il indique seulement comme source dernière et autorisée de ses informations le témoignage apostolique.

Luc ne veut pas jeter le discrédit sur ses prédécesseurs '. Us ont essayé ce qu'il essaie lui-même, et avec les mêmes ressources. Il ne dédaigne en aucune façon le fruit de leurs travaux, mais il trouve leurs livres insuffisants, puisqu'il se décide à écrire. En indiquant la méthode qu'il a voulu adopter, il laisse deviner ce qui faisait, à son avis, la raison d'être et la supériorité de son propre ouvrage. Comme il avait suivi pas à pas, depuis l'origine, et dans le plus grand détail, tout le développement de l'histoire évangélique. il s'est proposé de la raconter avec ordre 2. Ce n'est pas à dire que, parmi les évangiles connus de lui, aucun ne fût bien ordonné, ou aucun ne racontât la naissance du Sauveur. Luc a rarement modifié la

mencement jusqu'aux premières années et à la naissance du t>hrist, afin de compter sa mère et ses frères parmi les témoins (Zahn, II, 363).

1. Les anciens entendaient ÈTTs/sîpriaav dans ce sens, et y voyaient la condamnation des évangiles apocryphes; mais le mot n'implique ni approbation ni blâme. Luc aussi se considère comme « entreprenant ».

2. V. 3. ï^oÇj xàfxol TiapYixoXouOrjy.ÔTt avtoOsv xàatv ày.pt[Bw; xaÔsÇfjç aoi ypoc'^at. Il fau( entendre Tixpf\y.oXovBr\x-jxi des recherches que Luc a faites avant de se décider à écrire, non d'une participation aux événements qui ferait de lui un témoin ; avtoOev, <( de haut », montre que l'auteur, dans ses investigations, est remonté le plus loin qu'il a pu, et avant même ce qu'il vient d'appeler « le commence-

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suiU' (le Marc, pour les récits qu'il lui emprunte, et quand il change cette suite, ce n'est pas au bénéfice de renchaîneinent régulier et historique des laits; mais, Marc n'ayant pas les récits de l'enfance, on peut dire qu'il est incomplet ; un autre évangéliste cpji avait ces récits pouvait manquer d'ordre, présenter sans suite les actes et les paroles de Jésus. Il s'agit d'être à la fois complet et bien ordonné. Mais l'ordre dont il est question n'a souvent que 1 apparence d'une suite historique et chronologique, bien que l'évangéliste ait pris soin de relever certaines dates ; c'est une économie régulière de la narration, où chaque fait et chaque sentence trouvent la place qui leur convient, (fui aide à les comprendre et qui les met en relief.

La personne de l'évangéliste setface derrière le grand objet qu'il donne à son (euvre littéraire, et derrière les hommes apostoliques, les témoins du fait chrétien. Que Ion soit en présence d'un disciple des apôtres, d un compagnon de Paul, d'un homme qui a dû connaître personnellement Pierre et d'autres disciples de Jésus, le prologue ne permettrait pas de 1 affirmer. Non seulement 1 auteur se range dans la catégorie commune des écrivains évangéliques, en qui l'on n est pas fondé à voir uniquement des convertis de la première génération, mais il n'entend pas se distinguer de la masse des chrétiens ses contemporains, si ce n est pour le soin qu'il a mis à recueillii' les souvenirs traditionnels, et le désir qu il a d'être utile à ses frères en faisant de ces souvenirs un recueil aussi parfait que possible. Quand il dit " nous ", il parle des chrétiens de son temps, dont beaucoiqi n'avaient pas connu les apôtres, et il se désigne simplement comme un de ces lidèles qui, depuis la lin de Tàge apostolique se préoccupaient de procurer à leurs frères et aux communautés chrétiennes les livres d'histoire évangélique dont on sentait le besoin.

Son but principal est le même que celui de Marc et de Matthieu. Ces premiers historiens de Jésus n'avaient pas l'intention de composer ime biographie du Sauveur telle qu'on voudrait pouvoir l'écrire

ment » ; -àaiv se rét'èie aux ^ choses accomplies parmi nous - ; a/.ot[3w£ concerne surtout le soin de < tout » recueillir exactement, et il est certain que Luc est le plus complet des Synoptiques; x*6£çri;,du moment qu'il s'agit d'histoire, signifie Tordre chronologique, mais Luc ne conçoit pas cet ordre à la façon d'un historien moderne, et une combinaison didactique avantageuse est pour lui une chronologie satisfaisante. Pour l'emploi de eÔ'jjîs, cf. Act. .\v, 22, 25, 28.

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aujourd'hui. Ils ont voulu faire connaître Jésus par son histoire, prise d'un certain point de vue, qui est celui de l'édification, atin de gagner les âmes à la foi, ou de les entretenir et les affermir dans la foi acquise. Leur œuvre de narrateurs est elle-même insj)irée par la foi et le zèle apostolique. Luc a donc pensé qu'un livre, de proportions ordinaires, où, grâce à une bonne distribution des matériaux, on trouverait intégralement reproduits les discours de Jésus et les récits de son existence terrestre, serait un utile complément des instructions orales données par les prédicateurs chrétiens. La doctrine que ceux-ci enseignent reposant sur des faits et sur l'enseignement de Jésus lui-même, un ouvrage où sont exposés ces faits et cet enseignement démontre la solidité de la doctrine, la certitude de la catéchèse dont on nourrit ordinairement la foi '.

Tel est le fruit qu'en retireront Théophile et les autres lecteurs. Car Luc n'a pas écrit pour un seul individu ; mais son prologue laisse entendre qu'il a écrit à l'instigation de Théophile et pour lui. Ce Théophile devait être un homme assez haut placé, qu'il serait superflu de vouloir identifier. L'épithète honorifique jointe à sou nom - conviendrait peu à une personnalité fictive, au chrétien idéal. On ne voit pas pourquoi le Théophile de Luc serait moins réel que les personnages mentionnés par les écrivains de ce temps dans leurs dédicaces ; il est de même peu vraisemblable que le nom soit inventé •^, attendu que, si lévangéliste avait pu craindre de compromettre quelqu'un, il aurait plutôt pris le parti de ne dédier son livre

1. V. 4. ?va â-'.yvw; TZiçil t<y/ /. aTY, y^rîôr]; Àdyo>v t/jv àjsâX^iav. Les Ào'yo'. iio sont pas les TipâyfjLaTa que Luc se propose de raconter, mais les éléments du Xdyo; dont il a été question v. 2, c'est-à-dire de la catéchèse apostolique, de la doctrine chrétienne, des vérités que l'on propose à la foi. On doit construire : î'va Ijtiyvw; TTjv àcTçâXsiav TiEoi Xdywv où; /.a-riyrjôr;;, « pour que tu reconnaisses l'inébranlable certitude qui appartient aux doctrines dont tu as été instruit )>.

2. xpot-ia-t ©cdçtXs. Cf. AcT. XXIII, 26; xxiv, .3; xxvi, 25. L'épithète ayant dans les Actes un caractère honorifique, il est peu probable quelle soit ici une expression d'amitié. Luc ne l'a pas répétée au commencement des Actes. Ce n'est pas raison toutefois pour admettre, avec Zahn (II, 359, 384), que Théophile n'était pas encore chrétien quand l'Evangile fut écrit, et qu'il était déjà baptisé quand Luc écrivit les Actes.

3. D'après Renan {Évangiles, 256), le nom de Théophile « peut n'être qu'une fiction ou un pseudonyme pour désigner quelqu'un des adeptes puissants de l'Eglise de Rome, par exemple un des Clemens ». Mais l'Evangile et les Actes ont-ils été composés à Rome? Cf. snpr. p. 174.

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à personne. Mieux vaudrait supposer que la dédicace aurait été pour l'auteur un moyen de déguiser son identité, si le nom de Théophile devait évoquer celui de Luc, dont le rédacteur aurait voulu prendre le personnage. Mais ce ne serait qu'une hypothèse 1.

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