JOSEPH 'V-V
par un arg^ument négatif: les futurs époux n'habitaient pas encoi-e ensemble quand la conception se produisit ; et par une explication positive : cette conception était un eifet de la puissance divine. Mais l'explication n'avait pas été donnée à Joseph, qui ne connaît ainsi que la circonstance par laquelle est exclue sa paternité. Si le narrateur s'est préoccupé de la manière dont le fait avait pu être envisagé par Marie elle-même, on peut croire qu'il ne la suppose pas autrement instruite des motifs de ce c[ue Dieu a fait en elle ; si elle eût été avertie la première, comme dans Luc, et qu'elle eût été bien fixée sur les desseins de la Providence, on n'admettrait pas qu'elle ait pu laisser Joseph dans une perplexité otlensante pour lui et dangereuse pour elle-même . La situation est tout autre que dans Luc, où l'évangéliste ne prend même pas la peine de dire que Marie a communiqué à Joseph le message de Gabriel, parce que cette communication allait de soi, et aussi parce que, dans la source, elle n'était pas indispensable. Ici Marie n'a reçu aucun message céleste ; ce n'est pas à elle que le nom de l'enfant va être révélé ; ce n'est pas elle cpii lui donnera ce nom ; son personnage, nonobstant la conception miraculeuse, a moins de relief que dans la source du troisième Evangile, et Joseph, dont le rôle est tout à fait secondaire chez Luc, reste ici au premier plan.
Joseph s'aperçoit de l'état où est sa fiancée ; le narrateur l'aj^pelle déjà mari', et plus loin l'ange appellera Marie sa femme, par une sorte d'anticipation, et parce que la situation légale des fiancés était à peu près la même que celle des époux. C'était un homme juste - : par conséquent il n'était pas indifférent à une faute que l'on regardait comme un adultère ; il ne pouvait être disposé à donner suite aux fiançailles qu'il avait contractées. D'autre part, il ne voulait pas diffamer sa fiancée, en publiant l'infidélité dont lui-même était victime. Il se résolut donc à la renvoyer secrètement. Bien qu'on ne doive pas trop insister sur la portée des termes employés par l'évangéliste, ce renvoi ne peut guère être qu'un