Il y en a quatorze dans tout le livre
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citation et le tait. Cependant les textes que Fonprésente ainsi comme des prophéties directes ont par eux-mêmes un autre objet que celui auquel la citation se rapporte dans son contexte primitif . L'ancienne exégèse s'efforçait de trouver que les citations étaient faites dans le sens même des auteurs cités, et, quand l'évidence était trop forte contre cette identité, la distinction du sens littéral et du sens spirituel ou typique arrivait à propos pour expliquer la divergence. Bien que cette distinction ait son point de départ dans l'Ecriture ellemême, l'historien ne peut eu faire usage pour les cas dont il s'agit, parce que les évangélistes, et surtout Matthieu, ne semblent pas y avoir songé. Les formules de citation ne suggèrent pas l'idée d'un sens accommodatice ou figuré, mais d'un sens propre et littéral, au jugement de celui qui fait la citation, le sens primitif et réel des passages en question étant simplemeni ignoré, non supposé derrière celui qu'on propose. Il est admis, sans autre examen, que les Ecritures sont pleines de mystères, et qu'elles se rapportent tout entières au Messie ; l'on n"a aucun souci de ce qu'elles ont pu signifier pour leurs rédacteurs et leurs premiers lecteurs. Dès qu'il s'y rencontre un passage qui peut s'adapter à un fait connu de la vie du Christ, à l'idée qu'on se forme de sa mission et de ce qui convient à sa dignité, on le prend sans égard au contexte, comme une prédiction absolue de la réalité évangélique. Les j)rincipes et la méthode sont ceux qui étaient en honneur chez les rabbins ; Jésus et les premiers prédicateurs du christianisme n'ont fait que les appliquer selon qu'il importait à leur enseignement. Mais il y a lieu de se demander quelquefois si c'est l'Evangile qui a prévenu et provoqué l'application, ou bien si ce n'est pas le texte de l'Ancien Testament qui a influencé et enrichi la tradition évangélique.
Le passage d'Isaïe que lévangéliste et la tradition chrétienne après lui rapportent à la conception virginale de Jésus est cité librement d'après le grec des Septante '. Le sens de l'original n'est
1. Is. VII, 14 (LXX, B). îooù îj TiapOJvo; iy ^(OiGxp\'ki\'liB-cai xai xéÇsTai u'.o'v, xaî /.aXi- !jct; T'j ovojxa aùtoj ' EixfAavourlX. Matthieu lit sÇsi (cette leçon se trouve dans plusieurs mss. des LXX, et les deux verbes sont employés couramment, avec èv yxcrpi, pour traduire l'hébreu mn), peut-être parce que ce mot convient mieux que ÀrJ^iTa; à la conception virginale ; il lit /.aÀsaouaiv au lieu de /.aXiast;, pour Taccommodatlon du texte, parce qu'on ne verrait pas dans la citation à qui le prophète s'adresse ; mais il y a comme une anticipation de xaXsasiç dans le discours de l'anae. v. 21.
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p.is tout à tait clair, mais il lest assez poui- quOn puisse le dire autre que celui de l'évangéliste. Le prophète montre Acliaz, roi deJuda, menacé par Phacée, roi d'Israël, et Razin, roi de Damas ; il veut le rassurer au nom de lahvé, et il lui donne un signe : " Voici la jeune femme' enceinte ; elle donnera le jour à un (ils. et elle l'appellera Enimanuel... (]ar avant que l'enfant sache rejeter ce (jui est mauvais, et choisir ce qui est bon. le pavs dont tu crains les deux rois sera désolé. » La prédiction est à courte échéance, et le signe d(mné par Isaïe n'est pas un miracle : un enfant ([ui doit naîti'e bientôt pourra être appelé « Dieu avec nous ». parce que lahvé délivrera Jérusalem de ses ennemis avant que l'enfant ait l'usage de la raison. Le mot hébreu a/ma ne signifie pas vierge, mais jeune personne d âge nubile ; il se rapporte k Tàge. non à la condition du sujet ~ ; mais quand même la alnici disaïe aurait été vierge '. le texte ne signifierait pas qu'elle a dû rester vierge en devenant enceinte. On chercherait vainement dans l'interprétation messianique un signe pour Achaz. et Jésus ne peut |)as être l'enfant dont la naissance et les premières années correspondent au temps où le roi d'Israël et le rt)i de Damas seront vaincus par les Assyriens. L'évangéliste a donc appliqué à la conception de Jésus un texte, qui. dans la pensée d'Isaïe. avaitun tout autre objet. Le texte d'Isaïe est messianique, parce qu'il fait valoir la protection de lahvt' sur sonpeiqDle. Matthieu le prend pour tel. parce qu il a trouvé dans le grec le mot « vierge ». et qu'il a identifié cette viei'ge avec Marie ; il a été amené ainsi à identifier Emmanuel avec Jésus, et d'autant plus facilement que Jésus « Dieu sauve «. est l'équivalent d'Emmanuel « Dieu avec nous ». Jé.sus est celui pai- qui Dieu se rend présent à son peuple en le sauvant. Inutile de dire
I. rr^n .T^'^"" nj~. La ponctuatiou massorétique suppose (juc nxip est à lin; comme troisième [)ersonne du féminin : « elle appellera ■. et le contexte favorise cette lecture. La seconde personne du masculin aurait plus de vraisemblance si la n^SlT était femme d' Achaz, mais cette hypotlièse est liratuite.
1. Le nom peut désigner une jeune tille (Gen. xxiv. 43 : Ex. ii, 8). une jeunt; femme Cant. vi. H) et même une prostituée iPiiov. xxx. 19). Le mot hébreu qui siunifie vierge n'est pas "'2;". mais n'nr2. Bien que les Pères en aient été scandalisés, l'interprète Aquila avait eu raison d'employer ici le mot vEav.:.
■i. (a' nost pas le cas, vu que la m2''27, peut-être une jeune femme quel- «■onqvie. à qui le nom de ."ÎQ^" peut convenir, est supposée enceinte an moment où le prophète parle.
A. I^<»is-^ . — Aex EviinyUes syiiii/tliiiiies. 22
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que Févangéliste, en citant et expliquant le nom d'Emmanuel, ne s(mg'e pas à lincarnation du Verbe. Il intei"prète le nom. parce qu il s'adresse à des lecteurs qui ne savent pas l'hébreu : mais l'étymologie correspond à celle du nom de Jésus, elle se rapporte à la mission dvi Christ, non à la constitution de son être.
Il n'y a pas lieu de s'étonner que certains critiques, en voyant l'insistance qu'a mise Matthieu à taire valoir la prophétie, et la façon dont il adapte son récit même au texte d'Isaïe, aient pensé que la prophétie avait non seulement créé le récit, mais 1 idée de la conception virginale '. On ne peut nier que, de très bonne heure, le passage d'Isaïe soit devenu comme l'argument traditionnel de la croyance, au point que Justin, par exemple, suivant en cela Matthieu lui-même, semble presque prouver la croyance par la prophétie, plutôt que par la tradition évangélique -. Mais il est malaisé de conqirendre comment le texte prophétique, même dans le grec. ;mrait suggéré l'idée de la conception virginale à ([uelqu'un qui ne lavait pas encore. L'application était facile dès qu'on avait l'idée, et elle pouvait même contribue^ à la fixer ; mais encore fallaitil être préparé à entendre ces mots : « la vierge concevra «, comme s'ils signifiaient : ^< elle concevra en restant vierge » ■'.
Pour rendre l'hypothèse plus acceptable, on a fait appel au symbolisme du langage apocalyptique ''. La femme de l'Apocalypse' est l'Israël spirituel, et elle est la mère du Messie ; elle est la vierge lille de Sion ; le Christ était le fils de cette vierge mère ; en réalisant cette inétaphore, que l'on avait commencé par retrouver dans le texte d Isaïe, on aurait ])ensé que Jésus avait dû naître, était né lie Marie vierge. Ce symbolisme n'est pas niable ; il existe dans
1. IIaunacu, Lchrbuch dcr JJ<><jinenfjeschichle -^ I, *Jo-90.