‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 295 sur 829 · NAISSANCE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

NAISSANCE DE JÉSUS

i.uc, II. 1-;^!)

Matthieu, on vient de le voir, ne s'est pas arrêté k décrire en détail les circonstances dans lesquelles est né le Christ. Luc a voulu avoir ini récit aussi complet pour Jésus que pour Jean-Baptiste.

Jac, II, 1. Va il adviiil, en ce leinps-là, que parul un édil de César- Augusle, pour le recensement de ruiii\ei's entier : '2. c était le |)remiei' recensement, Cyrénius élanl i^ouverneur de la Syrie ; 'A. el tout le monde allait se faire enregi-strer, chacun dans sa ville; 4. et Joseph aussi vint de la Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David qui est nommée Bethléem, parce qu'il était de la maison el de la l'amille de David, 5. pour se faire enregistrer a\ec Marie, sa femme, qui était enceinte. 6. Or, pendant qu'ils étaient là, le terme où elle fle\ait enfanter arriva, 7. et elle enfanta son tils premier né, et elle ienx elo|)|)a fie lange> el le coucha dans une crèche, pari-e qu il n y avait pas de place dans le logis. 8. Va il y a\ ait, dans la même contrée, des hergers qui étaient dans les champs, veillant la iniit sur leur troupeau; 9. el un ange du Seigneur parut auprès d'eux, et une clarté du Seigneur resplendit autour d'eux, et ils furent saisis d'une grande frayeur; K». et l'ange leur dit : Il N'ayez pas peur, car je vous annonce une grande joie qui sera poui' tout le peuple : 11. c'est qu'il vous est né aujourd'hui un sauveur, qui est le (]hrist Seigneur, dans la ville de David. El ceci m»us sera le signe : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. >> t3. Et tout à coup il v eut a\ee lange une trou|)e nombreuse de l'armée céleste, louant Dieu el disant : \i. « (rloire dans les hauteurs à Dieu, et sur la terre paix aux honnnes ses i élus ! » 15. 1^1 quand ils les eui-enl quilles ( poui' i-entrer) dans le ciel, les bergers se dirent entre eux : « .\llons donc à Bethléem, el Noyons cette chose qui est arrivée, que le Seigneur nous a fait sa\oir ». t(i. l'>l ils \inrenl en toute hàle, et ils trouvèrent Marie et Joseph, el l'enfant couché dans l;i crèche ; 17. et l'ayant vu, ils racontèrent ce qui leur a\ail été dit louchant cet enfant; 18. el tous ceux qui les entendirent s'étonnèrent de ce ijui leur était dit j)ar les bergers; 19. mais Marie i-etenait toutes ces

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paroles, les niédilanl dans son cd'ur ; '2(1. el les bergers s'en retournèrent, iilorilianl el louant Dieu pour tout ce qu'ils avaient enleiulu et vu, selon (|u'il leur avait été dil. ^

La donnée chronologique placée, avec une sorte de complaisance, par l'évangéliste en tète de ce récit, a créé beaucoup d'embarras aux commentateurs. Un recensement général de l'empire romain aurait été prescrit par Auguste, et ce recensement, exécuté en Judée par les soins ou du temps de Cyrénius, plus exactement Quirinius. légat de Syrie, aurait amené k Bethléem Joseph et Marie, parce que Jose|)li. descendant de David, ét;ùt obligé de se taire enregistrer eu cet endroit. Or. si! est vrai que l'empereur Auguste a tait faire à diverses reprises le recensement des citoyens romains, il paraît également certain qu'il n'a jamais fait exécuter un recensement universel et simultané de l'empire. Quirinius, au rapport de Josèphe ', a fait en Judée un recensement qui provoqua une sédition, la mesure étant nouvelle et blessante pour le sentiment religieux et patriotiqvu^ des Juifs. Luc lui-même en parle dans les Actes, rappelant aussi la révolte de Judas le Galiléen, et il 'dit " le recensement ». comme s'il n'y avai! pas moyen de se tromper sur le fait en question ■. Mais ce recensement eut lieu après la déposition d'Archélaûs. (ils dlïérode, en Lan 6 de notre ère ; et si c'est par cet événement que Luc veut dater la naissance du Sauveur, il contredit Matthieu et se conti'edit lui-même, puisqu'il rapporte au temps d'Hérode la naissance de Jean-Baptiste et la conception de Jésus. Hérode étant mort au printemps de l'an 4 avant notre ère, il y aurait entre les deux dates un écart de dix années environ.

Les découvertes archéologiques n'ont pas résolu cette diflicultt'-. lue inscription fragmentaire trouvée à Tibur, en 1704, et décrivant la carrière d'un personnage qui a été deux fois légat en S^a-ie, peut appartenir à Quirinius '; dans cette hypothèse, la piemière légation se placerait entre les années 3 avant et 3 après Jésus- (]hrist : elle serait déjà postérieure à la mort d'Hérode et coïnciderait avec l'administration d'Archélaûs. Le recensement n'aurait donc ])as été etfectué par les autorités romaines, et. s'il

1. Ani. XVll, lli. :;; X\III, I, \: i.i: XX. :'., 2; lU-ll. jud. II. s, I

2. Acr. \. MT. ■j.'ii'j-r^ 'loJôaç ô l'aA'.Àaïo; iv Taï; r/jL;pa'.; tv,; ino-oa^/,; '■\. (if. MoMMsiiN. lien (jostnc D. Aiit/iii^ll -, l('(l-tX2.

'Mi LES KVANdlLKS SYNOPTIOlKS

avait eu lieu, il u'aurait pu manquer d'avoir le même ri^ultal que <( le recensement » des Actes. I^]n Eg-ypte, la population était recensée pour la statistique tous les quatorze ans ' ; mais l'Kgypte n'est pas la Syrie, surtout la Judée. On se heurte de toutes parts à des impossibilités. Luc parle dun recensement universel de l'empire, exercé par l'autorité romaine, en Judée, censée province romaine. Par conséquenl le recensement dont il s agit est bien celui dont parlent Josèphe et les Actes, qui eut lieu par l'ordre de Quirinius. après la déposition d'Archélaiis, poin- l'incorporation de la Judée a l'empire. Or ce recensement était particulier à la Judée ; il n'atteignait pas Joseph, qui, à Nazareth, était sujet d'Hérode Antipas : et (fuand il eut lieu, Jésus, d'après Matthieu et l<? premier chapitre de Luc, avait au moins dix ans.

La taçon dont le receiisemenl est compris loiahe au comble dr l'invraisemblance ; car si tous les habitants de reinj)ire avaient dû se transpoi'tei' dans l'endroit (fu'habitaient leui-s ancêtres mille ans avant l'ère chrétienne, jamais on n'aurait \u pareille migration de peuples. Hn supposant même que le dénombrement se soit prali- «pu' pour les Juifs selon les grou|)ements g-énéalog-iques, il n'était ni possible ni expédient de remonter si haut. \ avait-il donc ;i Bethléem un reg-istre de la famille davidique, régulièi'ement tenu depuis le temps d'Isaï. d'Obed et de Booz ? La préseiu-e de Marie n'était aucunement nécessaii'e, bien c[ue l'c'vangéliste semble presqui' le dire ; mais e'est elle qu'il fallait amener ;i Bethléem, atin (|ue Jésus naquît dans la ville de David, conformément à la pmphétie de Michée et à la foi commune des Juifs. (]'est de ce côlt', non du côté de l'histoire, (pie la combinaison de Luc peut trouvi-r ime explication plausible.

Partant de la prophétie selon hu[uelle le (^hi-ist devait naître à Bethléem, Matthieu y a domicilié les parents de Jésus : il n'a donc pas besoin de les y amener: mais il sera forcé de dire pourquoi on les trouvera plus tard à Nazareth, et c'est à (juoi servent le massacre des enfants de Bethléem et la fuite en Egypte. La tradition suivie par Luc maintient les parents de Jésus à Nazareth ; mais, pour faire droit à la prophétie, elle a été contrainte de diie comment Jésus avait pu naître à Bethléem. On aurait tort de chercher comme base du récit quelque opération statisti((ue dont Hérode aurait pris

\. Hams.w. W.is ( llirlsl horn ni Hcffilrhcni ;i/>. IIoi.tzmann. .{K» .

NAISSA.NCI': IJK JKSLS '.i'^■'\

l'initiative, ou qui lui aurait été demandée par rautuiilé impériale. Le texte ne parle pas d'Hérode, mais de (juirinius, et pour arriver à celui-ci. on n'a pas eu besoin de passer par celui-là. (^'est parce qu'il était Messie, tils de David, que Jésus devait naître î» Bethléem ; il fallait une raison qui eût obi ijj^é Joseph, tils de David, et avec lui Marie, et avec Marie Jésus, à se rendre à Bethléem; et quelle raison pouvait se présente)- plus naturellement à l'imagination chrétienne que celle d'une inscription des da\ idides au siè^^e ti'aditionnel de leur race ? La famille de David ne pouvait être dénombrée sans les autres ; il avait donc fallu un dénombrement de toutes les familles. Or il y avait un dénombrement qui était resté dans toutes les mémoires, le premier recensement, celui de (^)uirinius : c était le recensement de (Juirinius (pii avait fait venir Joseph et Marie à Bethléem, et c'est ainsi que Jésus y était né. De ce qu'avait été en fait ce lecensement, on n'avait plus <4uèrc de souvenir précis, mais ou |)arlait toujours du recensement et de Judas le (raliléen.

Lévangéliste a dû trouver ce récit tout fait et même écrit, comme les précédents, bien que l'origine en soit probablement distincte. Mais on peut se demander si, dans la source, le recensement de (Juirinius n'était pas limité à la Palestine, et si ce n'est pas le dernier rédacteur qui a écrit « tout l'univers », au lieu de « tout le pays ». afin de proportionner le cadre à la naissance du Sauveur du monde. Quoi qu'il en soit, ce qu'il convient de rechercher dans cette histoire de recensement universel est la pensée de la tradition évangélique, non les circonstances réelles d'un fait qui aurait sa place marquée parmi les événements du règ^ne d'Auguste.

D'après le sens naturel de la [)hrase, un recensement universel de l'empire a été [prescrit par Auguste ' : ce recensement est prati- (pié en Syrie sous la direction du gouverneur (^uirinius, et c'est le pi-emier recensement ■', celui qui est resté dans toutes les mémoires.

t. \'. I. ivivETO 0£ £v 77.'.; fja:oa'.; Ï/.z-./t.:; s^rj/.Osv ooyaa -ac-à \\y.'.TyLyj; Aj^^'t-j'jzuj à-ovç-âccjOa". nàia/ tt,v o'./.oj[j.£v/,v.

2. \ . 2. ■xj-i, à-ovpaç/, ny-'^Tr, !-'£v:to fjY^ji-'JvEJovTo; tï,: ^jc.'.?.; Kjiv,v'.oj. La plupart (les niss. onciaux oui liiiiitic f, devant à-OYpasrj ; xlil) l'ouielLerit; aUl ÈvEVc-o -of.jTT, ; l), ajTT| i-'Év^To 'JL~.o-^ ç,az.i, -ofor/,. Ss. « et ce fut le premier recensement ». Tertili.ien, Marc. IV, tl), rectifie l'indication de Luc, en disant : « (^ensus constat actos sub .\^uyuslo nunc in Judaea per Sentiurn Snluniinuiii. » La léf^ation de S. Saturninns se place 9-6 av. .L-C.

34H LES ÉVANGILES SYNOPTIOUES

([ui u pi()V()(jué la révolte de Judas le Galiléen, et dont on s'entretient encore dans le milieu où s'élabore le récit évang-élique. Ce n'est pas sans quelque sulitilité qu'on \eut extraire du texte l'idée de plusieurs recensements exécutés par les ordres du même gouverneur Quirinius ' ; et il est tout à fait arbitraire de traduire : « ce fut le premier recensement avant que Cyrénius fût gouverneur de Syrie ' ». Le recensement est dit premier, parce que, du point de vue juif et palestinien, il n'y en avait pas eu d'autre auparavant ; mais l'auteur n'a pas eu la connaissance distincte d'un nombre déterminé de recensements qui auraient eu lieu ensuite. (]omme la perspective ouverte sur le monde sest rétrécie aussitôt sur la province de Syrie, on peut croire qu'elle se resti*eint à la Palestine et à la population juive lorsqu'il est dit que « tous allaient se faire enregistrer, chacun dans sa ville ■' ». (^e ([uil faut entendre par la ville de chacun, résulte de ce qui est dit à propos de Joseph.

Le recensement romain, comme tout recensement ayant pour objet de réglementer l'impôt, se serait fait pour chaque individu au lieu de son domicile. On procède ici, non pas précisément à la juive, mais selon une conception juive de dénombrement par groupe familial, où chacun devrait être catalog-ué d'après sa souche g-énéalogique, et inscrit au lieu où habitait l'ancêtre de sa famille. Moyen peu pratique, et qui obligea déterminer arbitrairement l'ancêtre et lendroit qui serviront de point de départ. Dans le cas présent, l'ancêtre est David, et 1 endroit Bethléem, pour les raisons qui ont été dites plus haut : l'on ne s'inquiète pas de la difficulté qu'il y aurait eu pour la masse des Juifs à retrouver leur arbre généalogique, le nom de l'ancêtre contemporain du lils d'Isaï. et la patrie de cet ancêtre oublié depuis des siècles. L auteur semble croire ([ue les g'énéalog'ies de la Chronique auraient permis à tous les Juifs de se débrouiller dans ce chaos. On n aurait pu s'en tirer qu'en créant à chacun une généalogie tictlve, comme la tradition la fait pour Joseph. La ville de celui-ci n'est donc [)as Nazareth, où il habite, et où sa famille habitait probablement de|)uis plusieurs générations.

1. .1. \\'i:iss, 'M'^. (]"ost riiitrr|iii'-l;iti()ii lii^ourcusciiuMil j;riiiiiinaliciilc du pjissage ; mais la conslruclioii |);ii;iil cmhaniissrc, cl la Iradition (lu Icxlc n'est pas très sûre.

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