LES MAGES ET LA FUITE EN EGYPTE
là que rhistoire le trouve, Nazareth étant même, d'après la tradition apostolique, la patrie de Jésus. Matthieu y conduit le Christ à travers les péripéties les plus extraordinaires, et par un chemin fort détourné ; mais il a pu noter à chaque étape, l'accomplissement d'une prophétie, et il en trouve encore une, plus singulière que toutes les autres, au terme de ces merveilleuses pérégrinations.
Bien que. dans le fond. Joseph arrive à Nazareth pour faire droit il l'histoire et rejoindre la tradition primitive de l'Evangile. Matthieu dit que ce fut en vertu d'une nécessité providentielle, parce que les prophètes avaient dit que le Messie serait appelé nazaréen^. On est obligé de convenir qu'il n'y a pas là autre chose qu'un jeu de mots. Le (Christ, en effet, a été appelé Jésus de Nazareth, ou le Nazaréen, à cause du lieu de son origine, et d'après lui ses sectateurs ont ét('' dits Nazaréens. Mais la ville de Nazareth n'est pas mentionnée une seule fois dans l'Ancien Testament : aucun prophète n'a dit que le Messie habiterait Nazareth, ou qu'il prendrait son surnom de cette ville. Etant données les habitudes de l'évangéliste. la citation n'a pas besoin d'être textuelle ni dans le sens historique du passage qu'elle reproduit, et elle a chance d'être d'autant plus libre qu'on l'attribue aux prophètes en général, non ;» un auteur déterminé; encore est-il quelle doit avoir une racine quelconque dans Içs textes bibliques.
L'hypothèse d'un emprunt fait à un lisi-e apocryphe- n'est pas impossible en soi. mais elle est aussi purement gratuite, et elle I) explupie rien, à moins qu on n attribue en même temps à la source suj)posée une origine chrétienne. Saint Jérôme dit avoir appris des docteurs juifs que le passage \ isé plus particulièrement par l'évangéliste est ce qu'on lit en Isaïe ' : " Une tige montera de la S(tuehe d'Isa'i, et un rejeton^, sortant de sa racine, portera fruit. » D'autres j)i(>piièles, Jérémie et Zacliarie '. ont appelé le Messie rejeton, mais en employanl un autre mot hébreu ''. Matthieu aurait eu en \ uc surtout le texte d'isaïe. où le roi messianique l'st
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'i. naï. (ietle circonstance ne permet i;uèie de supposer (jiu* « les propliètes >• «le Mr. 2:! snnient Isnïe. Jéiéniii" et Z;uliiiiii> lliypotlièse de H. M'eiss. lor.cil.
376 I.ES ÉVAMill.KS SYNOPTini'ES
désigné par un mot qui a le même radical que les noms de Nazareth et de Nazaréen', en sorte qu une assonance aurait servi de base à l 'application prophétique .
Si précaire que soit le ra|>porl. il suiïirait à explicpu'r la prophétie en question, si la forme de la citation ne s'adaptait assez mal au passa§^e d'Isaïe. Ce n'est pas seulement le nom de Nazaréen que Matthieu prétend avoir lu dans l'Ancien Testament, mais : i< il sera appelé Nazaréen »: et Ton ne voit pas poin-quoi, pensant à Isaïe, il aurait dit « les prophètes ». Beaucoup d'interprètes, anciens et modernes, ont songé aux naziisde l'Ancien Testament, et les raisons par lesquelles on écarte cette conjectui-e sont loin d'être décisives. Il importe assez peu que les prophètes n'aient pas dit que Jésus serait nazir, et que Jésus ne l'ait pas été réellement; car. dans ce cas, comme dans l'hypothèse précédente, lévangéliste n'emprunterait qu'un mot et non une idée. On objecte aussi que la lettre sifflante n'est pas la même, en hébreu, dans imzir- et dans Nazareth : mais rien ne prouve que l'évanoéliste ne fonde pas son jeu de mots sur le grec des Septante, ou qu'il soit si scruj)uleux sur l'étvmologie hébra'ique. Les passages des Juges oii il est dit que Samson sera le nazir de Dieu ' pourraient rendre compte de la citation : l'évangéliste les prendrait, à son ordinaire, indépendamment du contexte : il s'attacherait au mot nazii-, peut-être dans une transcription grecque, et en faisant abstraction du sens de l'hébreu: il trouverait ainsi dans le nazir le Nazaréen, et il attribuerait la citation aux « prophètes ». parce que le livre des Juges est anonyme et (ju'il appartient, dans la Bible hébraï([ue . au recueil des m premiers prophètes «. (]ette explication s'accorde, tout aussi bien cpic l'autre, avec les procédés exégétiques de Matthieu, et peut-être rend-elle mieux compte des particularités de la citation.
On a pu voir comment les récits et prophéties de l'Ancien l'eslament ont déterminé la forme de cette légende. Cv n'est pas à