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422 LES ÉVANGILES SVMJPTKJI IvS
la leiTe"auraient été représentés. Nos idées de possible et d'impossible n'ont pas ici d'application légitime. La mise en scène des trois tentations manque de réalité ; la seconde en manquait plus (|ue la première, et la troisième en manque plus encore que la seconde.
Le discours du diable est un peu paraphrasé dans Luc. mais il ne contient rien qui ne soit implicitement dans Matthieu. Satan promet .tout, parce que tout lui appartient encore en ce monde ; à l'instant où il parle, toutes les nations adorent de faux dieux, et Israël même est soumis à un peuple idolâtre ; de plus, Satan est le maître du monde par les légions d'esprits qui s'v meuvent librement ; on peut dire qu'il se vante en étalant complaisamment son pouvoir, et qu'il exagère ou se trompe en supposant que ce pouvoir, à lui donné ou plutôt laissé par Dieu, est absolu et inamissible ; mais on ne peut pas dire qu il mente. Il offre donc au Fils de Dieu 1 empire de l'univers', à condition que le Fils de Dieu lui rende hommage. L'empire du monde, en elîet, était dû au Messie, et Jésus pouvait se demander pourquoi le Père céleste tardait à le lui don- 'ner. Mais chercher l'empire pour l'empire, sans attendre l'heure de Dieu, entrer dans les intérêts et les passions du monde, se faire d'abord l'écho des aspirations populaires, le champion de l'indépendance nationale, poursuivre une royauté vulgaire et prendre les moyens qui peuvent y conduire, à savoir la politique humaine, la ruse et la violence, ce serait vouloir régner par Satan et non par Dieu, ce serait abandonner la cause du Père céleste pour celle du diable. C'est pourquoi Jésus, à celte limite extrême de la tentation, chasse le tentateur : k Arrière, Satan - ! »
La suite de sa réponse est encore empruntée au Deutéronome '^ ;
1. Mr. Ss. : " et il lui montra tous les royaumes de ce monde; W. et il lui (lit : :< Tu os vu ces royiiuines et leur gloire; je te les donnerai ■), etc.
2. Mï. 10. G-aye aatavàt. Plusieurs témoins ajoutent i-hr,, aoj. d'a[)rès xvi, 23. Ss. supposerait o-i'aw soj.
3. VI, 13. La citation doit être laite librement d'après le grec. On lit dans l'hébreu et dans LXX (B) : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras... 14. vous ne suivrez pas d'autres dieux. » La substitution de -oovxjvr^ae;: à çopïiOrjairj est pour la spécialisation du cas (cf. Ex. xx, o. LXXi et la correspondance avec la proposition du démon ; laddition de ;j.dv(;) est dans l'esprit du texte cité, et s'est imposée aussi pour l'adaptation de la réponse. LXX A lit comme Matthieu et Luc: mais ce peut être par influence des Évangiles.
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elle est conçue dans Tesprit de la eliristologie jiidéochrétienne. qui se représente le Christ comme chef de Ihumanité élue : le devoir de nadorer que Dieu s'impose au Christ comme k tous les hommes, et même à plus forte raison. Le Christ doit être tout à Dieu ; il n'ira pas vers la crloire de ce monde, à la suite de Satan, dùt-il pari ce renoncement aller à la mort. Cette tentation est interprétée plus' loin, au cours de l'histoire évang-élique : lorsque Jésus parle, pour la premièi'e fois, de sa mort nécessaire, et que son disciple Pierre veut le détourner dune telle pensée pour le ramener aux espérances du messianisme commun. Jésus le repousse en disant : « Arrière, Satan ' ». Cette scène est déjà un commentaire de notre récit.
La série des tentations est parfaitement «graduée, dans Matthieu, pour que de l'ensemble résulte une vue claire des difficultés morales que Jésus a trouvées sur son chemin, des moyens qu'il a choisis pour accomj)lir son œuvre, et du véritable caractère de sa vocation. Dans la forme où elles se présentent, ces tentations ne sont pas de celles qui peuvent atteindre tous les hommes. Bien que la question du salut se pose pour chacun en des termes analogues, à savoir, se chercher ou se renoncer soi-même, il y a ici un cas unique, le cas du Sauveur promis à Israël, qui, voyant nettement que le salut est chose spirituelle, et se dégag-eant par là du cercle étroit et décevant où s'enfermait le messianisme i.sraélite, accepte le renoncement absolu qu'exige sa vocation extraordinaire, (^est l'idéal messianique de ses contemporains et de son entourage qui a été sa tentation. On ne concevait pas que le Messie pût être pauvr^^jjg j^asseï* de signes éclatants et de royaume en ce monde ; et Jésus a regardé comme une suggestion diabolique l'idée de ijrétendre, en sa^ualité de Messie, aux biens terrestres, ou de se faire valoir par des miracles, ou de rechercher la royauté ; il s'en est remis à la volonté du Père, comprenant que sa mission présente était de se placer luimême et d'attirer les hommes dans les conditions morales qui étaient requises pour l'avènement du royaume des cieux. Il a vu ce
1. Me. viii. 33; Mr. xvi, 23. Il esl dillicilc tle dire si lapostroplie est primitive dans le récit de la tentation. Matthieu peut l'avoir ajoutée d'après Me. VIII, 23, comme il est possible que Luc l'ail supprimée en changeant l'ordre des tentations. Il parait difficile d'admettre avec Wiîlliialsen .)//. lOi que la troisième tentation serait dérivée de Me. viii, 32-33, où elle est supposée plutôt qu'énoncée.
que le monde pouvait lui offrir, la royauté que ses compatriotes étaient tout disposés à lui donner ; et il a vu aussi, il a choisi librement le rôle tout spirituel, à la fois humble et périlleux, que la volonté de son Père lui assignait. Ce fut bien la tentation du Christ ; nul autre que Jésus n'a pu être tenté de la sorte. Dans l'économie du récit, les tentations ne semblent porter que sur la façon de remplir la vocation messianique, mais le doute sur les moyens implique, dans les deux premières tentations de Matthieu, un doute sur la vocation même '.
On ne saisit pas clairement pourquoi les deux dernières tentations ont été interverties dans le troisième Evangile. Comme le développement logique de l'idée prime toute autre considération, et que Luc est secondaire en d'autres détails relativement à Mattliieu, l'ordre suivi dans le premier Evangile est le meilleur et doit être primitif. Luc a pensé peut-être que la tentation sur le haut du temple était la plus importante, parce qu'elle s'autorisait d'un texte biblique, ou plutôt encore parce que la réponse : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu », lui a paru être la conclusion la plus naturelle de cette scène, et le congé donné par Jésus au nom de Dieu même '. Ce congé lui aura paru plus digne du Christ que lapostrophe : « Arrière, Satan ! » qu'il n'a pu mettre dans la tentation des royaumes -^ Le précepte du Deutéronome serait censé s'appliquer à Satan aussi bien qu'aux hommes ; et comme Satan n'a pas le droit de tenter Dieu, il ne doit pas tenter le Christ, car, ce faisant, il tente Dieu lui-même : non que l'on veuille identifier le Christ à Dieu ^ mais parce que Satan veut tenter Dieu |)ar le Christ.
A l'idée de cette combinaison artificielle, il tant joindre sans doute une considération géographique. Luc aura trouvé avantageux, puisque la première tentation avait lieu au désert, de mettre la dernière à Jérusalem, afin de ramener de là Jésus en Galilée, en plaçant la tentation des royaumes, non plus sur une montagne, parce qu'il n'en voyant pas d'assez haute dans la région, mais dans les airs.
[. Wendt, Die Lehre Jesu, 100, met le doute au premier plan; mais il n'est pas facile de le trouver dans la troisième tentation.