‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 350 sur 829 · Cf. p. 423, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 423, n

4. Luc aurait pu identifier « le Seigneur ■ au (Miiist, mais non li- i< Seigneur Dieu » (J. Weiss, .362).

TENTATION DU CHRIST i2o

entre le désert et Jérusalem. Selon Marc, la série indéfinie des tentatures se déroule toute entière dans le désert. Dans Matthieu et Luc, les deux dernières tentations su|3poseraient un déplacement de Jésus ; mais il est très remarqual^le que, selon Matthieu, Jésus, après la troisième tentation, se retrouve au désert, sans que Ton dise comment il y est revenu, et comme s'il ne s'en était pas corporellement éloig-né. La narration du premier livangile Hotte ainsi entre la réalité matérielle et extérieure de la tentation, et la réalité morale et psycliologique. La rédaction de Luc est beaucoup plus accentuée dans le sens de la réalité extérieure. Vu le rapport di's textes, le troisième Evangile est à expliquer par le premier, et tous les deux, au moins en partie, par le second.

Nonobstant leur tendance à extérioriser la tentation, les évanaélistes n'y voient pas une simple conversation de Jésus avec Satan, où le Christ aurait eu toujours le dernier mot. Ils disent et ils pensent que Jésus a été tenté. Les paroles qu'ils attribuent au démon n'ont pas seulement frappé les oreilles du Christ ; l'idée que ces paroles contiennent s'est présentée à son esprit ; il l'a perçue, et l'on doit dire même qu'il l'a sentie, parce que l'apparition d'une idée agréable ou désagréable ne peut manquer d impressionner l'esprit humain qui la conçoit. L'élévation et la pureté d'un âme augmentent sa sensibilité plutôt qu'elles ne la diminuent. Jésus n'a pas été insensible devant la mort. De même, la perspective des diflicultés qu'il devait rencontrer, des moyens par lesquels il pouvait essayer de s'y soustraire et qu'il ne devait pas employer, des honneurs qu'on voudrait lui offrir et qu'il ne devait pas accepter, n'a pu manquer de frapper son imagination, mais sans provoquer une inquiétude durable dans son esprit, un trouble dans sa conscience, une incertitude dans sa décision. En ce sens, la tentation a été intérieure, et, pour qu'elle ait été réelle, il n'est pas néces.saire que le démon se soit montré visiblement à Jésus, lui ait parlé, l'ait transporté sur le faîte du temple ou sur la montagne. Cette tentation a eu sa raison d'être pour Jésus et lui a été utile ; elle l'a préparé et formé à son rôle de Messie et de Sauveur. Ainsi l'avait compris la tradition apostolique, qui s'est représenté Jésus, dans cette retraite préliminaire à sa prédication, comme livré au pouvoir de deux esprits, l'Esprit de Dieu, qui s'était emparé de lui au baptême et ne devait pas le quitter, l'esprit du mal qui s etl'orçait de le soustraire ;» rintluence divine et de l'entraîner dans le tourbillon des intérêts

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humains, de le séduire par l'appât de la puissance et de la i;-loire. Jésus sortit victorieux de la tentation ; mais il n'aurait pas été victorieux s'il n'avait réellement combattu.

Mattii. IV. II. .Alors le diable le Llc, iv, I i. El le diable, ayant

laissa, el des anjj^es s'approchaienl épuisé toute tentation, s"éloi<,'^na de de lui et le servaient. lui |)0ur un temps.

Matthieu introduit les anges, d'après Marc, mais seulement au bout des quarante jours, et à la fin de toutes les tentations, parce que la première suppose que Jésus est resté sans secours dans le désert pendant les quarante jours. L'artifice de l'arrangement se trahit en ce que le service des anges est encore décrit comme habituel et universel, sans relation particulière avec la tentation de la faim, bien qu'on amène les esprits célestes au moment où, dans la })erspective du lécit, Jésus va c[uitter le désert et n'aura plus besoin de leur assistance '. Mais la suite montre que les quarante jours sont un chifîre de convention ; les évang'élistes ont dit que Jésus était resté au désert pendant quarante jours, et ce n'est pas d'après ces quarante jours que sera daté son retour en Galilée ; l'on dira vaguement cju'il revint après l'emprisonnement de Jean. Luc, ayant conduit Jésus à Jérusalem, et ne voulant pas le ramener au désert, n'a plus besoin des anges ; il se contente de dire que le diable, après avoir épuisé les tentations possibles, s'éloigna de Jésus et s'abstint de le tenter « jusqu'à un temps » déterminé par la Providence -, temps qui, dans la pensée de l'évangéliste, doit être l'agonie de Gethsémani, la tentation suprême. Il est curieux que Luc semble avoir réservé l'assistance angélique pour cette dernière tentation \

La façon dont il relie à celle-ci la tentation du désert en apprend

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