LE SABBAT
lin travail défendu; d après Jésus, c est un bienfait, une bonne (euvre; or faire du bien est un devoir et un droit de tous les jours, contre lequel il n'y a pas de loi; si 1 on n a qu à vouloir pour sauver la vie d un homme, et qvi on s en abstienne, on le tue; la défense de lui faire du bien équivaudrait, dans ce cas, à vin ordre de faire le mal ; empêcher qiielqu un de guérir un malade le jour du sabbat, lorsque cela dépend de lui, est vouloir qu'il abandonne le malheureux à la soutfrance qui 1 accable, et à la mort qui le menace; telle ne peut être la volonté du Père céleste. Arg'ument ingénieux, pies([ue subtil, mais fondé sur le bon sens et le principe de la pure charité. Les pharisiens se gardent bien d y répondre ; ils ne peuvent ni nosent le contester, et ils ne veulent pas y adhérer. Jésus promène sur eux un regard où il y a de l'indig-nation et de la tristesse ', car il sent que ses paroles de vérité et d'amour g-lissent, sans y pénétrer, sur ces intelligences étroites et ces cœurs froids ; puis il s adresse de nouveau à l'infirme, lui commandant d'étendre sa main inerte et repliée. L'homme étend sa main, redevenue vivante et libre -.
Ni Luc ni Matthieu ne parlent du sentiment éprouvé par Jésus, et de la colère qui animait son regarcL Que ces traits descriptifs soient adventices dans Marc et n'y aient pas encore existé quand les deux autres évang'élistes y ont puisé ce récit •^, on le croira ditlicilement ; car on devait être, avec le temps, beaucoup plus enclin à omettre qu'à ajouter des détails de ce g-enre, qui sont vraiment humains, et où l'on soupçonnerait parfois l'impression du témoin, mais qui n'ont aucune signification pour la christologie. Le jeu muet des pharisiens qui observent Jésus se transforme chez Matthieu en question insidieuse : <( Est-il permis de faire une cure le jour (lu sabbat '? ". Les pharisiens pensent que non; ils sont
1. Me. ."'). zai -iv.|ijÀri/âij.3vo: aJToJ; u.et 'opvy^;, ^jvÀjTToJasvo; ï-'. Trj ~I'>z,(Ô'jV. iD et probablement Ss. v^xç-fW:-.) -■?]: x.apoia; aJTtov, ÀiyHi tw àvOcw-fo. Le. 10. xal -êi;jîÀèyâu.îv'j: nâvTaç aùroj; ce regaTcl circulaire n'a plus de signification, et Luc aurait mieux t'ait de le supprimer entièrement i ^T-^v ajToi. \It. 13. totî Xi-vî'. -m àvf)Of.')-(.).
2. Me. Le. ■/.%[ 7L-By.7.-i^-iHr, f, yv.o ajTOj. Mr. /.al à-îxaTJ'JTâôr, jy'.ï,; roç t, «ÀÀr,. Le cas de .léroboam (1 Rois, xiii, 6i, allégué par Holtzmann, ^i(i, comme source partielle du présent récit, est assez différent de fond et de forme.
A. J. Weiss, .383.
I. \ . I(t. /.y.': ï-Tr.('\-.t,'3i.j ajTOv /.i"0VTH; " i: 'icin-r/ toï: 'j'i<'/j').ir/ 0;oa-33ora'. ; ïva
51 s LES ÉVANGILES SYNOPTIOUKS
aussi censés croire que Jésus ne pourra pas jîrouver le contraire, et que s'il ose soutenir l 'affirmative, il se mettra en contradiction avec la Loi. Mais la vraie raison est que l'évang-éliste, voulant augmenter le discours du Sauvevu- au moyen d'un arg^ument que Luc ' rapporte à propos d'autres guérisons sabbatiques, n"a rien trouvé de pkis expédient que de transformer en dialogue le monolog'ue de Marc, et déplacer dans la bouche des pharisiens la question concernant ce qu'il est permis de faire le jour du sabbat, sauf à ramener l'argument de Marc par manière de conséquence. Une combinaison de même sorte s est déjà rencontrée dans le récit précédent '. Celleci a pour résultat d'éliminer l'apostrophe de Jésus à l'infirme.
Quand une brebis, répond le Sauveur, tombe dans une fosse le jour du sabbat, on la retire : on peut bien aussi, le jour du sabbat, tirer un homme de l'infirmité où il est tombé ; et donc, puisque o-uérir est faire du bien, on peut faire du bien le jour du sabbat. Les deux arguments, que l'on peut dire paraboliques, puisqu'ils sont fondés l'un et l'autre sur une comparaison, perdent quelque chose de leur force par cette liaison artificielle. Celui que Matthieu a voulu introduire signifie par lui-même : on croit pouvoir sauver ime bête le jour du sabbat ; {)our(juoi n aurait-on pas le droit de sauver un homme? Mais pour amener la conclusion de Marc, à savoir qu'il est toujours permis de faire du bien , lévangéliste paraît interpréter comme un acte de charité envers la bête ce que le propriétaire fait pour s épargner un dommage '.
Selon les trois évangélistes, les pharisiens auraient formé dès lors un complot contre Jésus. Cette circonstance inviterait à reporter le fait dans les derniers temps du ministère galiléen. Les hérodiens dont parle Marc ^ doiA^ent être des fonctionnaires d'Hérode x\ntipas. Mais on voit par la suite que l'attention d'Hérode ne fut pas attirée sur Jésus avant la mort de Jean-Baptiste ', Il est probable que la
/aT/iyoprja'o'jtv auToi. Interprétation libre de Me. 2, et transposition maladroite de Me. 4. Matthien enlève au discours de Jésus sa pointe, afin d'en l'aire la question des pharisiens Holtzmann, 241 .