‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 461 sur 829 · Ex. XX · texte numérisé non relu

Ex. XX

3. En réalité, la citation associe : Ex. xx, 13; xxi, 12 (Lév. xxiv, 17); Deut. XVI, 18. Que les anciens protestants n'aient pas pu croire que Jésus traitât si librement le texte biblique, on peut se l'expliquer; mais on comprend moins que les critiques de nos jours s'appuient sur cette liberté de citation pour soutenir que Jésus vise l;i tradition interprétative et non la Loi.

4. V. 22. T.àiç Q cipyiÇoysvo; xto àotXcpw aÙTou sî/.fj. Ce dernier mot manque dans N B ; au dire de s. Jérôme, il manquait dans la plupart des mss. anciens; il a dû être ajouté de bonne heure, car on le trouve dans Ss. Se. s. Irénée (lat.) et la grande majorité des mss. grecs. La restriction conviendrait peu à la solennité du discours (Schanz, 184).

doit la considérer de la même façon que le meurtre, comme un vrai crime, qui appelle un châtiment terrible. Que si du sentiment hostile on passe aux paroles injurieuses, le crime est plus grand encore. C'est ce que marque la gradation des trois tribunaux : celui de la localité, pour la colère ; celui du sanhédrin, pour le mot raka ', « imbécile » ; celui de Dieu, ou le feu de la « géhenne », pour le mot c( insensé - », qui implique, ainsi qu'il arrive souvent dans les livres sapientiaux de l'Ancien Testament, le sens de vaurien et d'impie. Jésus n'entend pas déférer aux tribunaux de ce monde les péchés de colère. Les fautes indiquées relèvent toutes du jugement de Dieu : la distinction des tribunaux sert à marquer le degré respectif de ces fautes, qui sont toutes à regarder comme très grandes. La dernière seule néanmoins est expressément menacée dune punition éternelle, le supplice de la « géhenne'^ ».

Ce nom vient de l'hébreu, où il se lit et signifie « vallée de Hinnom », ou « vallée du fils » ou « des fils de Hinnom * ». Il désignait originairement un ravin au sud de Jérusalem, où l'on avait pratiqué jadis les sacrifices d'enfants en l'honneur de Moloch. L'endroit fut souillé par Josias ', devint un lieu d'immondices, et resta en exécration dans le souvenir du peuple. On le mit en rapport avec l'enfer des damnés ; de là l'emploi du nom pour désigner le châtiment éternel.

Avant de passer à une autre explication du principe établi par le Sauveur, l'évangéliste a jugé bon d'insérer deux réflexions qui ont avec le sujet traité une certaine analogie de fond ou de forme. La

1. Np^T « vide » d'intelligence. Cf. Jac. ii, 20. On dirait que Tévangéliste n"a pas su traduire le mot.

2. [Afopi. Plusieurs veulent voir dans ce naot l'hébreu miQ " rebelle » ; mais c'est un mot araméen qu'il faudrait. Cf. Field, Notes, 3.

.3. £vo/oç ÏQxai sli Tri'v y=£vvav xoS -jpo'ç. Ordinairement svo/o; ne se construit pas avec zlc. Pour les cas précédents on a k'voyoç... tt] xpiaet... xw ouvsôpûo. On indique ici la peine, au lieu du tribunal, peut-être pour éviter le nom divin; quoi qu'il en soit, la construction est irrégulière; il s'agit d'un individu coupable devant Dieu, et destiné à la géhenne.

4. DJn 13., DJn "12 U, D27] "iJ2 U- « Vallée de lamentation » ou « des gémissants » (?). Cf. II Rois, XXIII, 10;Jér. vu, 31-32; xix, 2-5. Si le culte pratiqué en cet endroit à été d'abord celui de Tammuz, ou un culte analogue [E B. III, 2071), l'étymologie ordinaire y conviendrait ; il ne serait pas nécessaire de supposer une altération du nom primitif.

.'i. II Hois, XXIII, siipr. cit.

première concerne le bon accord avec le prochain ; la seconde est une espèce de parabole où il est question de juge et de jug'ement, comme dans le texte qui vient d'être commenté.

Mattii. V, 23. « Si donc tu portes ton offrande à lautel, et que là Lu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, 24. laisse là ton offrande devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère; tu viendras ensuite apporter ton offrande. »

Cette sentence n'a qu'un rapport éloig-né avec le contexte '. 11 ne s'agit pas précisément des égards à observer envers le prochain, mais des soins à prendre pour entretenir la charité, et le conseil n'est en rapport avec aucune prescription légale dont il serait le perfectionnement : en laissant entendre que le devoir de l'union fraternelle doit passer avant l'obligation du rite sacrificiel, on ne modifie ni n'améliore celui-ci. 11 ne convient pas qu'un disciple de l'Evangile laisse l'ombre d'un ressentiment s'interposer entre lui et son frère. Si, arrivé dans le temple et sur le point d'ofïrir un sacrifice, il se souvient d'avoir donné à son frère quelque sujet de plainte, de lui avoir causé quelque tort qui empêcherait le sacrifice de plaire à Dieu, il doit laisser sur place l'objet de son offrande, se réconcilier avec celui qu'il a offensé, et présenter ensuite son oblation.

L'authenticité de cette parole étant admise, il s'ensuivrait que Jésus ne songeait pas à dispenser des sacrifices légaux les disciples de l'Evangile. Le cas supposé n'a rien d'invraisemblable, puisque le Sauveur a observé jusqu'à sa mort les rites du culte mosaïque. Bien qu'on n'offrit de sacrifices qu'à Jérusalem, tous les Juifs étaient assez familiarisés avec les pratiques du temple pour qu'un enseignement aussi populaire que celui du Christ y pût faire allusion ou y prendre des termes de comparaison. Ce n'est pourtant pas l'ordinaire, et l'on peut se demander jusqu'à quel point cette sentence, qui ne suppose pas nécessairement les sacrifices en vigueur, mais qui est plus facile à expliquer s'ils se pratiquaient encore au temps de sa rédaction, ne serait pas née dans le milieu judéo-

1. Elle sei'ait mieux dans le voisinage de vi, 14-1^), bien qu'elle ne send)le pas d'ailleurs procéder tout à fait du même esprit que ce commentaire de rOraison dominicale, où Ton ne soniie nullement aux sacrifices.

LE DISCOURS SUR LA MONTAGiSE 573

chrétien où fut rédigée la parole qvii canonise toutes les prescriptions légales. Durant l'âge apostolique, une telle recommandation n'était littéralement ol)servable que pour les judéo-chrétiens ', principalement pour ceux de Jérusalem, qui seuls vivaient auprès du temple, et elle pourrait s'être produite là comme une interprétation évanlique de la parole d'Osée que Matthieu a mise deux fois ' dans la bouche de Jésus : « Je veux la bonté, non le sacrifice. » Jésus luimême a-t-il oiîert des sacrifices depuis le commencement de son ministère? 11 semble que non: il a prié et enseigné dans le temple, mais on ne voit pas qu il ait pris part à aucun acte sacrificiel.

Matth. V, 25. « Mets-toi vite en Luc, xn, 57. « Et pourquoi, de

bon terme.>^ avec ton adversaire, vous-mêmes, ne jugez-vous pas juspendant que tu es avec lui sur le tement ? 58. Car quand lu vas avec chemin, de peur que l'adversaire ne ton adversaire devant le magistrat, le livre ;ui juge, le juge au sergent, tais en sorte, en chemin, de te déet que tu ne sois jeté en prison : 26. gager de lui, de peur qu il ne te je te (le) dis en vérité, tu n'en sor- traîne au juge, que le juge ne te tiras pas que tu n'aies payé le der- livre à l'huissier, et que l'huissier nier liard. » ne te jette en prison : 59. je te (le)

dis, tu n'en sortiras pas que tu n'aies payé jusqu'à la dernière obole. »

Cet autre exemple concernant la nécessité de l'accord n'a qu'uuQ ressemblance extérieure avec le premier. Le troisième Evangile le présente dans un contexte tout différent, et l'on peut croire que, ni chez Matthieu ni chez Luc, il n'est dans son cadre historique. Comme pour la plupart des autres sentences paraboliques, la tradition n'avait pas gardé le souvenir de la circonstance particulière où il avait été formulé ; il est même assez difïîcile de dire jusqu'à quel point elle en a retenu le sens primitif. Pour Matthieu, c'est une invitation à la concorde, et de là vient qu il s'en sert pour commenter le précepte : « Tu ne tueras point ». L'adversaire correspond au frère offensé, dans le premier exemple, et la conciliation fait contraste à ce qui a été dit plus haut contre la colère. Il ne s'agit donc pas d'une parabole, et le conseil est d application directe. Un vrai disciple doit se réconcilier avec sa partie, pendant

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