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LE DlSCOrRS SUR LA MONTAGNE 579
le rédacteur dans le récit de Marc. L'adultère de la femme permettrait le divorce. Ainsi Tentend l'Eglise g-recque, tandis que le concile de Trente ^ déclare hérétique celui qui dirait que l'Eglise se trompe en enseignant, conformément à la tradition évangélique et apostolique, l'indissolubilité du mariage, même en cas d'adultère de l'un des époux. L'exégès.' protestante défend l'interprétation des Grecs, qui est bien le sens naturel du passage, mais qui a aussi toute chance de n'être pas celui de Jésus. Serait-ce parfaire la Loi que d'adopter, eu lui donnant un peu plus de rigueur, l'opinion de Schammaï ? Un théologien subtil, mais non peut-être un critique sans préjugés, peut dire que la prohibition du divorce demeure absolue, parce que la femme adultère, ayant rompu l'union, n'a plus besoin d'être répudiée "-. En réalité, la Loi, par cette exception, rentre dans l'Evangile et le supplante. L'esprit qui a dicté plus haut les paroles sur l'immutabilité de la Loi se retrouverait-il dans cette correction apportée à la doctrine de Jésus ? Il serait risqué, semble-t-il, d'attribuer le tout à la même main ^.
11 est très remarquable que, dans les passages parallèles des deux autres Synoptiques, aussi bien que dans saint Paul '', l'exception d'adultère n'est pas mentionnée. Cette circonstance confirme l'idée d'une interpolation rédactionnelle, que suggère déjà le texte de Matthieu considéré en lui-même. Etant donné le point de vue où Jésus se place, une exception à la règle qu'il promulgue ne peut pas être admise, et elle n'a pu appartenir même à la première rédaction du discours. Il s'agit toujours d'opposer la perfection évangélique à l'imperfection de la Loi. La Loi défend le meurtre : l'Évangile défend même de s'emporter contre son prochain ; mais l'idée d'un meurtre commis par un membre du royaume céleste ne se présente pas à l'esprit. La Loi défend l'adultère : l'Évangile en défend jusqu'au désir ; mais l'hypothèse d'un adultère commis par un aspirant à la vie éternelle n'est pas à discuter. Bien plus, et c'est en cela que consiste la supériorité de l'Évangile relativement
i. Sess. XXIV, en. 7.