‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 474 sur 829 · Ex. XXI, 24 ; Lûv. xxiv, ll»-2() ; Delt. xix · texte numérisé non relu

Ex. XXI, 24 ; Lûv. xxiv, ll»-2() ; Delt. xix

LE DISCOURS SLR LA MOMAGNE 587

va finir, ou k des hommes voués à une mission extraordinaire qui exige d'eux un renoncement aussi extraordinaire que leur destinée, non à une société qui doit vivre et se perpétuer dans Tordre.

Pour amener cette leçon de la patience en antitiièse à la loi du talion, Ton énonce une affirmation g-énérale qui n'est pas dans Luc, et qui doit appartenir au cadre du discours : >< Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant '. » Tous les exemples cités ne sont pas de méchants dont on subit 1 injustice : la corvée, et surtout la demande de secours ou d'emprunts ne sont pas des violences que l'on pourrait châtier en les rendant à leurs auteurs. La raison primitive du groupement n'est donc pas l'idée de non résistance au méchant. On doit noter aussi le chang-ement de nombre : le pluriel u je vous dis », dans la proposition générale, tandis qu'on a le singulier dans les recommandations particulières. Le singulier est primitif : car Luc l'a gardé, tout en transposant ce morceau dans un contexte où le pluriel est employé.

Si l'on reçoit un soufflet sur la joue droite, au lieu de le rendre, il faut présenter l'autre joue. Luc ne dit pas quelle joue est frappée d'abord, peut-être parce qu'il a pensé que l'insulteur, se servant de la main droite, frapperait plutôt la joue gauche pour commencer "-. Si l'on conteste k quelqu'un la propriété de sa tunique, l'habit de dessous, qu'il abandonne aussi le manteau, l'habit de dessus. Luc a un voleur au lieu du plaideur, et peut-être a-t-il gardé la leçon originale ; car, dans ce temps surtout et dans ce milieu, des habits étaient plutôt matière de vol que de procès ; mais le voleur commence naturellement par prendre le manteau, et on doit aussi lui laisser la tunique. Matthieu suit l'ordre inverse, afin de mettre la concession la plus importante en dernier lieu.

Un homme est pris en réquisition ^ pour une course d un miUe ; qu'il n'essaie pas de se soustraire k la corvée, et qu'il fasse deux milles au lieu d'un. Luc n'a pas cet exemple, soit qu'il ne l'ait pas

1. \ . .39. ïydj 0£ À^y'i' 'JU'-v [j.7| àvT'.UTfjvat t(>5 rovT,&()).

2. IIoLTZMANN, 441. Mais il esl possible aussi que Luc suive la source, et que Matthieu ait ajouté le mot " droite " i'Werxle, ()4), omis d'ailleurs dans D, Ss. lat. k.

3. Mt. 41. zat ojTt; Tî ày^apcj^î'. |jliX'.ov h. Le mot àyyaoEjc'.v esl venu du persan en grec et en latin; il signifiait dabord les réquisitions d'iiommes et de bêtes qui se faisaient pour le service des courriers officiels, établi dans l'empire perse. Un mille, ou mille pas, fait environ un kilomètre et demi.

trouvé dans la source, soit qu'il Fait jugé peu clair ou sans application pour ses lecteurs. Il faut donner à qui demande, et ne pas refuser de prêter ' . Ce dernier conseil prend une autre forme dans Luc '^, où on lit qu'il faut donner k qui demande, et ne pas réclamer à qui prend sans demander. Une telle recommandation conviendrait mieux, dans le premier Evang-ile, que le simple conseil de pratiquer la charité en donnant et en prêtant, puisqu'il s'agirait encore d'un dommage contre lequel on ne devrait pas protester.

La Loi 3 recommandait aux Israélites d'aimer leur prochain, c'est-à-dire les membres de leur nation, et elle voulait aussi qu'on eût des égards pour l'étranger * domicilié en terre Israélite, pourvu qu'il se soumît à certaines prescriptions. Elle n'ordonnait pas de haïr l'ennemi, c'est-à-dire les étrangers en général ; mais beaucoup de passages ' autorisaient à considérer cette haine comme permise ou même obligatoire, à raison des interdictions ou des mesures de rigueur édictées contre les peuples voisins. La haine de l'étranger ou de l'ennemi national avait fini par être regardée comme un sentiment louable et saint. Il n'était pas autrement défendu de haïr son ennemi personnel ou l'ennemi de sa famille ; en cas de meurtre volontaire, la Loi autorisait la vengeance privée, par l'immolation du meurtrier ''. ()ue le droit à la haine ait été formulé dans les écoles juives en la forme absolue que lui donne Matthieu, il est permis d'en douter, et il paraît beaucoup plus probable que la citation, faite d'ailleurs par le rédacteur évangélique, et non par Jésus, a été conçue en vue de l'antithèse poursuivie dans le discours. Quoi qu'il en soit, l'Evangile ne connaît pas d'étranger, parce que tous les hommes sont frères ; il ne permet pas non plus à ses adeptes la haine contre leurs persécuteurs ^, qui sont cependant les. ennemis de Dieu, parce que, pour avoir part au royaume des

1. Mt. 42. -G> aîrouvTi a£ ooç, /.al -ôv âÉÀovTa à-o aoCi 03cv;aaa6ai [x'f] à-oîToasr;:.

2. V. 30. ;iav-l aîroùvTÎ as 5i'Ô0'j, y.al à~ô toj al'povto; xà aà [j.t) à7;aÎT£'..

Page 1