XI
peut-être qu'il n'aura pas voulu déranger l'économie de l'instruction sur les œuvres par une addition trop longue, et qu'il tenait à garder l'invitation et la promesse pour la conclusion générale du grand discours. Rapportons ici la parabole qui précède l'exhortation dans le troisième Evangile.
Luc, XI, 5. Et il leur dit : « Qui d'entre vous aura un ami qui viendra chez lui au milieu de la nuit et lui dira : « Ami, prête-moi trois pains, 6. parce qu'un mien ami m'est arrivé de voyage, et je n'ai rien à lui olFrir », 7. en sorte que l'autre, lui répondant de l'intérieur, dise : « Ne me cause pas de peine; ma porte est déjà fermée, et mes entants sont avec moi au lit; je ne puis me lever pour te donner » ? 8. Je vous le dis, quand même il ne se lèverait pas pour lui donner parce que c'est son ami, à cause de son importunité il se lèverait pour lui donner tout ce dont il a besoin. »
Les mots : « et il leur dit ' », sont la transition qui joint cette petite parabole à l'Oraison dominicale, de même que la formule : u et moi je vous dis », après la parabole, relie celle-ci à l'exhortation. De telles formules, qui marquent simplement la distinction des sentences, devaient exister déjà dans la source. Il ne serait pas plus facile, et même il est moins naturel de rattacher l'exhortation à l'Oraison dominicale. La parabole olFre, dans Luc, le premier exemple d'un apologue pris de la vie humaine, et nullement édifiant en soi, qui sert à illustrer une vérité religieuse. Ce récit et d'autres du même genre manquent dans Matthieu ; mais leur nature même peut expliquer qu'on les ait omis, et il est tout à lait risqué de soutenir qu'ils n'appartenaient pas à la première collection des discours du Seigneur, ou que le rédacteur du premier Evangile ne les a point connus.
La construction grammaticale de la parabole est un peu embarrassée par le jeu de dialogue, qui se trouve subordonné à une interrogation du narrateur ; mais le récit lui-même n'en est pas moins clair '. L'interrogation n'est ici qu'une façon de parler oratoire et