‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 526 sur 829 · LE CENTURION DE CAPHARNAUM · texte numérisé non relu

LE CENTURION DE CAPHARNAUM

Matth. VIII, 5-13. Luc, vu, 2-10.

Selon Matthieu, Jésus, en descendant de la montagne, rencontre le lépreux dont Marc a raconté la guérison ; puis il entre à Capharnaûm ' et se trouve en présence du centurion. Luc, en suivant le second Evangile, a mis la guérison du lépreux avant le discours des béatitudes ; et le premier miracle que Jésus fait après le discours est celui qu'il accorde au centurion de Capharnaûm. Il est à noter que, dans Marc et dans Luc, la guérison du lépreux précède aussi une guérison de paralytique, mais opérée dans des conditions tout autres que celle dont il s'agit maintenant. L'histoire du centurion ne pevit se placer dans les premiers temps du ministère galiléen. Si la dépendance de Luc à l'égard de Matthieu était établie par ailleurs, on pourrait supposer que le rédacteur du troisième Evangile, ayant rapporté plus haut, d'après Marc, la guérison du lépreux, l'omet ici, et, prenant dans Matthieu le récit du second miracle après le discours sur la montagne, a rattaché directement le miracle au discours. Mais comme cette dépendance trouve précisément ici un indice qui comporte d'autres explications, et que l'arrangement des récits de Matthieu entre le discours sur la montagne et le discours de mission apostolique est très artificiel, il est beaucoup plus probable que les deux évangélistes dépendent d'une source commune, rédaction peut-être secondaire des discours du Seigneur, dont Matthieu aura changé la disposition, parce qu'il voulait mettre en première ligne la guérison du lépreux. On ne saurait indiquer les motifs qui ont pu le déterminera placer tel miracle avant tel autre. Étant donné que l'histoire du centurion prélude, pour lévangéliste, à la conversion des Gentils, on peut conjecturer qu'il a mis en premier lieu la guérison du lépreux, parce quelle représente en

1. V. J).Ss. (et lat. A-) lit : « Et après cela, un chiliai'que vint à lui », etc. au lieu de : EiacÀOo'vxo; os ajxoj sic Kaœapvaoja. Les deux leçons se trouvent réunies dans plusieurs mss. latins : « post haec autem cum introisset etc. ».

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quelque façon l'orifi^ine de la communauté judéochrétienne, qui a précédé Tévang-élisation des païens. Déjà dans la source, le rapport établi entre l'histoire du centurion et le discours devait marquer la destination de l'Evangile aux Gentils ; à evix aussi Jésus avait apporté le salut sans venir chez eux; il les avait guéris à distance, comme le jeune païen de Capharnaùm. Ce symbolisme du récit a été senti par es deux évangélistes, et n"a pas été sans influence sur leur rédaction.

Matth. vni, 5. El quand il fut Luc, vi, 2. Or un centurion avait

entré à Capharnaùm, un centurion un serviteur malalade, sur le point

s'approcha de lui, le suppliant 6. et de mourir, qui lui était cher; 3. et

disant : « Seigneur, mon enfant est avant entendu parler de Jésus, il lui

couché à la maison, paralysé, et il députa des anciens des Juifs, le

souffre horriblement. »7. Il lui dit : priant de venir sauver son serviteur.

« Je vais aller le guérir. » 8. Et le 4. Et ceux-ci, étant venus trouver

centurion, répondant, lui dit : n Je Jésus, le prièrent avec instance,

ne suis pas digne que tu entres sous disant : « Il mérite que tu fasses

mon toit; mais dis-le seulement, et cela pour lui; 5. car il aime notre

mon enfant sera guéri. 9. Car je nation, et c'est lui qui nous a fait

suis, moi, un subalterne, ayant sous bâtir la synagogue.» 6. Et Jésus

moi des soldats; et je dis à celui- alla avec eux. Et comme il n'était

ci : « Va V, et il va; à un autre : déjà plus loin de la maison, le cen-

« viens », et il vient; à mon servi- turion envoya des amis, lui disant :

teur : « fais-ceci )),etil (le)fait. » 10. « Seigneur, ne prends pas de peine;

Et Jésus, entendant (cela), fut dans car je ne suis pas digne que tu entres

l'admiration, et il dit à ceux qui le sous mon toit. 7. C'est pour cela que

suivaient : « Je vous (le) dis en je ne me suis pas permis de venir

vérité, je n'ai trouvé chez personne à toi moi-même. Mais dis-le, et que

autant de foi en Israël, il. Et je mon serviteur soit guéri. 8. Car je

vous dis que beaucoup viendront suis, moi, un subordonné, ayant

d'orient et d'occident, et prendront sous moi des soldats, et je dis à

place avec Abraham, Isaac et Jacob celui-ci : «Va», et il va; à un

dans le royaume de cieux ; 12. et les autre : « Viens », et il vient ; à mon

fils du royaume seront jetés dans les serviteur : « Fais ceci », et il le

ténèbres extérieures. Là il y aura fait. » 9. Et Jésus, entendant cela,

les pleurs et le grincement des fut pris d'admiration pour lui, et, se

dents. » 13. Et Jésus dit au centu tournant vers la foule qui le suivait,

rion : « Va, qu'il t'arrive selon que il dit : « Je vous le dis, pas même

tu as cru. » Et l'enfant fut guéri à en Israël je n'ai trouvé tant de foi. «

cette heure. 10. Et s'en étant retournés à la maison, les envoyés trouvèrent le serviteur en bonne santé.

Le récit de Matthieu est, dans rensemble, beaucoup mieux é([uilibré que celui de Luc. Un centurion, non sans doute un officier de l'armée romaine, mais quelque officier dHérode Antipas, à la tétrarchie duquel appartenait la Galilée, avait chez lui un jeune homme atteint d'une maladie nerveuse ou paralysie, qui le faisait horriblement souffrir^. Le mot- que Tévang-éliste emploie pour désigner le malade peut sig-nifier « enfant » ou <( fils », et (( serviteur » ; et comme, en d'autres endroits, il est pris tantôt dans le premier sens'^ tantôt dans le second'*, la probabilité plus grande de l'une ou de l'autre acception résulte seulement de l'ensemble du récit. Le centurion parle de son « enfant » avec un intérêt qui est plutôt celui d'un père pour son (ils ([iie il'un m lître pour son esclave. Aussi bien Luc, qui parle d'un serviteur, a-t-il soin d'observer que son maître l'aimait beaucoup '. Dans le discours qu'il tient à Jésus, le centurion, décrivant l'obéissance que lui rend son serviteur, se sert d'un autre mot'' pour le désigner. Le « serviteur » et le (( jeune homme » semblent donc être deux personnes distinctes, le « jeune homme » étant le fils du centurion, et non un esclave. Ainsi l'a compris l'auteur du quatrième Evangile, dans la transposition qu'il a Faite de ce récit ^. Si la substitution du serviteur au fils n'a pas été voulue par Luc, elle pourrait s'expliquer soit par une méprise sur le sens du mot grec, que l'évangéliste aurait voulu remplacer par un synonyme non équivoque, mais mal choisi ^, soit par une double traduction d'un mot hébreu'' ou araméen^", (jui offrait le même double sens que le terme grec de Matthieu.

L'idée d'une substitution volontaire est peut-être moins invraisemblable qu'elle ne paraît. En d'autres détails, Luc est secondaire

1. V. 6. "/.ûpte, ô r.CLÏi [xou péêXriTai Èv -r^ oî/.ta :uapaXuTiz6;, ôsivo); jiajaviÇo[Aevo;.

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