LE CENTURION DE CAPHARN\UM
par rapport à Matthieu, et les modifications qu'il introduit dans le récit primitif semblent réfléchies ^ Dès le début, au lieu de dire simplement que le malade était atteint de paralysie, il le représente comme étant sur le point de mourir : trait emprunté à l'histoire de la fille de Jaïr % mais qui vient ici beaucoup moins pour le relief du miracle, que pour ménager une sorte de gradation dans les péricopes qui vont se succéder. On trouve, en effet, dans l'histoire du centurion un homme sur le point de mourir, qui va être guéri; puis un mort, le tils de la veuve, sera ressuscité; après quoi Jésus dira aux envoyés de Jean-Baptiste que les morts ressuscitent à sa voix. Cette combinaison ne peut être fortuite : ne serait-il pas possible que Luc, ayant à présenter en second lieu un tils ressuscité, ait voulu se contenter, en premier lieu, d'un serviteur guéri, les deux faits qu'il raconte équivalant, en quelque façon, dans l'économie de sa relation, au fait unique de Matthieu?
Apprenant que Jésus, le grand thaumaturge, arrive dans la ville, le centurion vient lui demander la o-uérison de son fils •^. On doit supposer que l'état du patient ne permettait pas qu'on le transportât auprès du Sauveur. Jésus répond avec bienveillance, et se montre disposé à suivre ce père affligé ^. L'enchaînement du récit est peut-être meilleur si l'on entend la réponse comme une interrogation ^ : (( Faut-il que j'aille le guérir? » L'intention avouée de faire un miracle n'est pas dans les habitudes du Christ synoptique, et Jésus pouvait ne pas être décidé à entrer chez un païen ; la question avait sa raison d'être pour amener le centurion à une déclaration formelle de sa foi et de son désir. Le centurion manifeste l'une et l'autre avec une franchise toute militaire, et l'humilité convenable à sa situation de non juif. Sans doute il avait craint que Jésus ne voulût pas entrer chez lui, et on vient de voir que la réponse du Sauveur peut s'entendre dans ce sens. Sa maison, à lui pécheur qui se sent loin de Dieu, n'est pas digne, il le reconnaît,