V. 7. iyt!) ÈÀQ'ov Ospa-EÛafo aù-o'v
îi. Zahn, II, 307. Wellhausen, M/. 35; Le. 27. Pour une tournure analogue, cf. III, 14. Jn. IV, 48, pourrait être une interprétation théologique de Tliésitation de Jésus dans Matthieu .
de recevoir Jésus ; mais une telle démarche nest pas nécessaire. On sait bien ce qu'est la discipline : quoique simple centurion, officier subalterne-, lui-même se fait obéir, à la parole, des soldats qui sont sous ses ordres ; à plus forte raison une parole de Jésus, qui commande aux esprits mauvais, auteurs des maladies, doit-elle suffire pour délivrer un malade. Peut-être aussi le païen suppose-t-il que le Sauveur a des esprits sous ses ordres pour exécuter ses volontés. Son discours ne prouve pas qu'il eût une idée bien nette de ce qu'était celui dont il implorait l'assistance ; mais l'authenticité substantielle des paroles mêmes, et conséquemment de l'incident auquel elles se rapportent, n'en est que mieux garantie. Le centurion voit en Jésus un être revêtu de la puissance divine, et il recourt à lui avec une entière confiance. Tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit n'a inen que de naturel et de touchant.
Bien moins satisfaisante est la mise en scène du troisième Evangile. On sent que Luc a pour base de sa rédaction un récit identique à celui de Matthieu, où le centurion lui-même conversait avec Jésus, et qu'il a voulu le corriger en introduisant des détails qui ne sont pas en harmonie avec le cadre primitif. Le discours du centurion, même tel qu'il est reproduit dans Luc, n'a pu être tenu que par le centurion lui-même, et l'addition si singulière : « C'est pour cela que je ne suis pas venu te trouver en personne - », qui veut expliquer la conduite du centurion, ne fait que trahir l'artifice du rédacteur. Au lieu d aller demander à Jésus la guérison de son malade, le centurion déléguerait d'abord les anciens de Capharnaûm pour le prier de venir. Cette requête est en contradiction avec les sentiments que l'officier va exprimer dans quelques instants par l'organe de res amis ; mais elle correspond à l'intention que Jésus témoigne dans le premier Evangile, ou à la question qu'il fait -^ avant que le centurion lui dise d'opérer la guérison sans prendre la peine de venir chez lui. Pour décider Jésus,
1. V. 9. u-rj èÇouat'av (xB ajoutent Tajcjoacvo;). Ss. : » Je suis un homme ayant pouvoir et des soldats sous moi».
2. V. 7. Ce passage manque dans Ss. D et j)liisieurs mss. latins ; mais l'omission est aussi facile à expliquer que l'addition. Noter l'emploi du mot àÇiQjv dans la formule : 8io oj5s £jj.auTOv rjÇîfoaa îipô; a\ âÀOsîv, et cf. Act. xv, 38 ; XXVIII, 22.
3. V. 3. ipwxwv aùiov o-roç, iÀOtov oiaafôjr) xxÀ., fait écho à Mt. 7. iyto £/,0(ov Oî'ix-Ejaw. Cf. siipr. p. 649, n. 4.
LE CENTLRION DE CAPHARNAUM 651
les anciens allèg'uent les services rendus par celui qui les envoie : il a fait bâtir la « synagog-ue ». Inutile de chercher s'il y avait une ou plusieurs synag-ogues dans la ville. Pour Luc, le centurion a bâti la synagoo'ue de Capharnaûm, et ce n'est pas à l'évangéliste qu'il faut demander s'il n'y en avait pas auparavant, ni comment la charité d'un centurion a pu être indispensable pour une telle œuvre dans un milieu israélite. Ce centurion, ami des Juifs, ressemble beaucoup au centurion Cornélius, dont on dira tant de bien au livre des Actes K Lui aussi enverra quérir Simon-Pierre, et n'ira pas le chercher. Si le centurion de Luc fait de même, c'est peut-être que ce païen, et non seulement son serviteur, figurant les Gentils, ne doit pas se trouver en contact immédiat avec le Sauveur : car ce ne doit pas être uniquement pour faire valoir l'humilité du centurion, aux dépens de la vraisemblance, que l'évangéliste l'a retenu chez lui. Et si l'on parle de la synagogue, ce peut être à cause du chef de synagogue Jaïr -, le récit qui le concerne ayant été exploité par Luc pour l'élaboration de celui-ci. Le second message que le centurion dépêche à Jésus correspond, en effet, à celui que reçoit Jaïr pendant que le Sauveur se rend avec lui dans sa maison, et un même mot caractéristique se rencontre dans les deux, transposé de l'histoire de Jaïr dans celle du centurion. Celui-ci, quand Jésus n'est plus qu'à une petite distance de sa demeure lui envoie dire par ses amis de ne pas se déranger ■'', et les amis répètent, pour le compte du centurion, s'excusant de ne pas venir lui-même prier Jésus de ne pas entrer, ce que le centurion dit pour son propre compte dans Matthieu. Pourquoi, après avoir prié Jésus de venir chez lui, larrête-t-il à proximité de sa maison ? Pourquoi cette nouvelle ambassade qui change la requête de la première ? Pourquoi ce discours, essentiellement personnel, est-il prononcé par d'autres avec une glose de celui qui les envoie ? Que signifient ces deux ambassades derrière lesquelles se dérobe celui qui reste malgré tout le principal personnage de l'histoire? Conçoit-on que, si soucieux de ne pas déranger Jésus, le centurion semble tenir encore plus à ne pas se déranger lui-même, et que Jésus admire tant un homme qu'il ne
1. X, 2. Cf. Le. 0, Jésus marchant avec les envoyés du centurion, et Pierre venant avec les envoyés de Cornélius, Act. x, 20, 23.