Cf. QÉ
3. Col. iv, 10; Acr. iv, 36; xii, iii ; xiii. 5, 13 ; xv, 37-39. Le y Pétri. . . filius <> vient de 1 Pier. iv, 13.
4. J. Weiss, Da.s riltcste Evangelium, 401. L'épithète de y.oXo,jooàzTJ/oç est appliquée à Marc dans Philosophumena, vu, 30, et le surnom expliqué d'une infirmité naturelle dans le prologue du Cod. Toletanus : « Marcus qui et colobodactylus est nominatus ideo quod a caetera corporis proceritate digitos minores liabuisset. » La forme singulière du second Evangile, sans la finale deutérocanonique (Me. xvi, 9-20), serait-elle pour (}uel(pie chose dans l'invention de ce trait?
de ]jUC est couslriiite, pour iiue bonne partie, sur les Epitres de Paul, le prolot;ue du troisième l']van<;ile et les Actes'; on peut s'étonner que le rédacleur connaisse si bien le lieu de sa mort et Vàge où il est parvenu. Mais il n'est pas sans intérêt de noter que la tradition représentée par ces prologues assij^ne comme patrie à Matthieu la Syrie, à Jean l'Asie Mineure, à Marc l'Italie, à I^u • l'Achaïe. Quand même il y aurait encore une certaine mesure d'hypothèse et de système dans cette distribution, elle ne doit pas être tout à fait dépourvue de fondement par rapport au pays d'origine de chaque livre ou à son centre de diirusion.
Tertullien était déjà séparé de TÉg-lise quand il défendait contre les sectateurs de Marcion ^ le Nouveau Testament de la tradition catholique. Il croit et il afTirme, comme Irénée, que les quatre Evangiles du canon, et ceux-là seulement, sont en possession de Tusag-e ecclésiastique depuis le temps des apôtres. Ceux-ci ont eux-mêmes formé w l'instrument évang-élique », soit en publiant les livres qu'ils avaient composés, soit en approuvant et en couvrant de leur autorité ceux de leurs disciples^. Quant aux traditions concernant l'origine de chaque Evangile et les circonstances de sa publication, le docteur africain se contente de les mentionner à l'occasion, sans s'y arrêter. Il veut tenir pour un fait indiscutable, bien qu'il n'en puisse fournir la preuve directe, que l'Église jouit de ses quatre Évangiles depuis l'âge apostolique '. L'argument de pres-
1. (^e doit être à cause des Actes, et par conjecture, que l'on assigne Antioche pour patrie à Luc; le médecin vient de Col. iv, 14; la singulière assertion : « Discipulus apostoloruni, j)ostea Paulum secutus », semble résulter d'une fausse interprétation (qu'on trouve dans Eusèbe, Hisf. eccl. m, 4, 6) de Le. i, ■i, T.oL^^r^y.'j'/jjjbr^-KÙ-:'. àvfofJEv -àsiv, le dernier mot étant censé concerner, non les choses que Luc va raconter, mais les personnes dont il vient de parler, à savoir les témoins du Christ {cLsupr. p. 48, n. 3).
•2. Vers 207-2t2 (H.^rnack, H, 281-284).
3. Adv. Marc. IV, 2. « Constituimus in primis evangelicum instruinentum apostolos auctores habere, quibus hoc munus evangelii promulgandi ab ipso Domino sit impositum ; si et apostolicos, non tamen solos, sed cum apostolis et post apostolos. Quoniam praedicatio discipulorum suspecta fieri posset de gloriae studio, si non adsistat illi auctoritas magistrorum, imo Christi qui magistros apostolos facit. Deni([ue nobis fidem ex apostolis Johannes et Matthaeus insinuant; ex apostolicis Lucas et Marcus instaurant.
4. Adv. Marc, jv, .^. In summa, si constat id verius quod prius, id prius quod et ab initio, id ab initio quod ab apostolis, pariter utique constabit id esse ab apostolis traditum, quod apud ecclesias apostolorum fuerit sacrosanctum. ....
Ce témoignage étant acquis à l'Evangile de Luc\ eadem auctoritas ecclesiarum apostolicarum ceteris quoque patrocinabitur evangeliis, quae proinde per illas et secundum illas habemus, Johannis dico et Matthaei, licet et Marcus quod edidit Pétri allirmatur cujus interpres Marcus; nam et Lucae digestum Pauloadscribere^solent. Capit maLfistrorum videri (juaediscipuli promulgarint.»
o4 LES ÉVANGILES SYNOPTIQUES
cription juridique lui tient lieu de témoi^naj^'-es, et il ne cherche pas dans la léf;ende les moyens de suppléer aux ij^-norances, aux incertitudes ou aux obscurités de la tradition primitive.
L'attitude de Clément d'Alexandrie ressemble davantage à celle de Justin, si ce n'est que Clément connaît le canon des quatre Evan<;iles ecclésiastiques. Expliquant un passage de l'Évangile des Egyptiens, il commence par observer que ce texte « ne se trouve pas dans les quatre Evangiles qui nous ont été transmis ' )) ; après quoi il s'efForce d'y mettre un sens orthodoxe. Les nombreux emprunts qu'il lait aux apocryphes, alors même qu'il indique moins clairement ou qu'il n'indique pas du tout ^ la difîérence qui existe entre les livres canoniques et les autres, ne prouve donc pas que l'Eglise d'Alexandrie, vers la tin du second siècle, ait reçu des évangiles apocrvphes avec les quatre évangiles traditionnels. Les derniers seuls ont aux yeux de Clément lui-même
t. Sirnin. III, 13, 92. "ooi-ov ulîv oùv Èv toT; "apaoiooti.î'vot; T]a?v TSTTaç^jiv î'jaYyé- Xîo'.ç o'jx Ë/oacv x6 criTov, àlX' iv t(o za-' Aîyj'T'Ojç. Il s'agit de la parole du Christ à Salomé, supr. cit., p. 30, n. 2.
2. Il cite assez librement le texte des Evangiles, et il lui arrive d'alléguer comme paroles du Seigneur des sentences inconnues à la tradition canonique- Ainsi, Strom. I, 24, 158. al-di(is yâp, 0-7,3'', Ta tj.;yâÂa /.ai xà ijux-pà upLiv 7TpocjT66rja£Tai, xal atxstTE Ta ÈTCoupàvta zal xà ÈTr^ysia •j[j.ïv rpoaxsô-^'aîxa'. (même sentence dans Ori" GÈNE, De oral. 2, 2; 14, 1). I, 28, 177. sî/.ôxwç apa zaî f) ypaç/i xoiouxouç xtvàç îjaàç S'.aXszxr/.ouç ouxwi; ÈÔÉXo'jaa yevsaOai rapatvst" yt'vsaOs oè ôoxtaot xpaTïsÇïxai, xà jj.£v àizooo/ctijLalTovxEç, xô Se xaXov xaxi/ovxcç (la finale xà [jlsv à. xxX., est commentaire emprunté à 1 Thess. V, 21 ; la sentence est citée par Origène, les Homélies clémentines, le gnostique Apelles, la Pistis Sophia; cf. Ropes, Die Sprùche Jesu, 141). Strom.
I, 19, 94. ciôeç yâp, çtiI!, xôv àoEXtpdv aou, siSe? xov Geov rso-j (môme sentence dans Tertullien, De orat. 26. « Vidisti, inquit, fratrem, vidisti Dominum tuum. » Zahn, GK. I, 170, etRoPES, 49, doutent qu'il s'agisse d'une citation évangélique). Cf. Strom. V, 10, 64. TiaprîyyEtXsv 6 xypioç Iv xivt eùayysXûo" [jLuaxYjptov Èaov èaol xaî xoïçuïoïçxou ol'xou ixou (la sentence a été tirée d'Is. xxiv, 16 ; mais Clément la cite d'après un évangile apocryphe, et de même les Homélies clémentines, xix, 20; Zahn, GK., II, 740, pense à l'Évangile des ébionites). Rapportons ici, pour la comparaison avec I Clém., 13, 1, supr. cit. p. 16, n. 9, le passage de Strom.
II, 18, 91. IXsàxe, spTjalv ô x'jpto;, i'va èXcTjO^'xs' àœtExs i'va àssô^ ujjliV wç -otsîxe, oux'u; TioiriOrJasxai 'jp-rv w; ôîôoxï, ouxw: ôoOrlasxat ujxtv wç xpivcxs, ouxwç xptOrJacaOî' w; ypïiaxE'jcaôï, oiixfo; y pYîaxïuÔrîaîxa'. Gaïv" to [J-sxpw [jLSxpetxe àvxiii.£xpT|OirÎ!T£xa'. Oij-ïv. 11 semble que Clément vise un évangile apocryphe et le cite avec une certaine défaveur dans Strom. IV, 6, 41. aaxâpiot., ^r^si^, ol SsSiwyfjLÉvot â'vîxev Stxatoauvr);, oxi aùxo'i uiol Oeou xXT)6YJaovxa'. (combinaison de Mt. v, 10, avec 9)" r] âiç xive? xoiv rj.£xax;- Oévxwv xà sùayyÉXia' ixaxâpiot, çriatv, oî 5£Ouoy|jL=vo[ utîo (uTrÉp?) xrji; Sixatoaûvï);, oxi auxot k'aovxai xsXEtof xat" i;LaxQcp!.o'. ot 0£5ifoy[i.£voi i'vExa £[Jt.ou, oxt âÇouat xdnov o;:ou ou 8tw/GrIaovxat. On trouve, Qu/.s dives, 40, la parole âo' oi; yàp av sjpo) u[i.àç, (priaîv, £711 Toxizoï; xal xpivw, citée par Justin, supr. p. 43, n. 8.
LA TRADITION ECCLÉSIASTIQUE o5
une autorité indiscutable, tandis qu'il est permis d'examiner, pour l'accepter ou pour le rejeter, le témoig'nag-e des livres que l'Église ne met pas ofïïciellement au rang" des Ecritures. On doit avouer seulement que la critique du docteur alexandrin n'est pas exigeante, et qu'il reçoit un peu de toutes mains les écrits qui s'ofl'rent à lui sous le couvert d'un nom respectable. Il paraît d'ailleurs évident que ce n'est point Alexandrie qui a fixé les limites du canon évangélique ; on y aura suivi plutôt que prévenu les décisions prises ailleurs, et bien que l'éclectisme dont font preuve Clément et Origène ne soit pas à prendre pour la tradition proprement ecclésiastique de la communauté alexandrine, on est autorisé du moins à y reconnaître comme une survivance d'un état moins réglé, d'un temps où le catalogue officiel des sources évangéliques n'était point arrêté. Les emprunts que Clément fait à l'Évangile des Egyptiens pourraient même induire à supposer que cet apocryphe avait été en grand crédit dans la communauté alexandrine, comme l'Evangile des Hébreux chez les chrétiens de Palestine qui ne lisaient pas le grec ', et que la constitution de l'Évangile quadriforme venait seulement de le reléguer en second plan, d'où il devait passer à l'oubli.
Clément, dans ses Hypolyposes^ rapportait une tradition des anciens d'après laquelle les évangiles qui contiennent des généalogies auraient été écrits les premiers ; Marc, qui avait longtemps assisté Pierre dans ses prédications, aurait été invité par les fidèles à mettre cet enseignement par écrit; il l'aurait fait du vivant de Pierre, sans que celui-ci prît sur lui de l'en empêcher ou de l'y encourager, bien qu'il ait dû ensuite recommander son œuvre ; enfin Jean, voyant que les trois livres déjà écrits ne montraient que le " le corps » de l'Évangile, et pressé par son entourage, puis soulevé par l'Esprit, aurait composé « l'Evangile spirituel- » : spéculations sur le recueil déjà constitué, en vue d'expliquer la différence qui se remarque entre les trois premiers Évangiles et le quatrième.
i. Cf. Harnack, 1,612-614, 621.
2. Dans Eusèbe, Hist. eccl. vi, 14, o. auGi; 8' sv toT; «Gtoï; ô KÀriii-r,; [îi[îÀiot; TCcpt Trj; TotÇew; xàiv sùayyeÀîwv "apdooatv xwv àvc/.a6£v -pîajjUTcptov tcôeiTai toOtov lyouaav Tov -poTwOV rpoyEypoEsâa'. k'ÀsyHv fvar. s'Àîyov) Ttov EÙayycXiwv xà TZEpiéy ow-ol ta; y£V£aÀoy(aç, 6. xô ok xaxà Mapzov (xa-jxir)v) £CT/T|Xcvac xtjv o!y.ovo|i.i'av. xoO' tlÉxpou OTjtjLoaîa èv 'PojtxTj y.rip'j^avxo; xov Xo'yov, xa\ 7;v£'jijiaxi xo sùayyiXiov i?£[7:ovxoî, xoùç -apo'vxa; -oÀ- ÀO'j; ovxaç -apa/aÀi^a; xov Mâp/.ov, waàv àKOÀOjOrjcjavxa aJxo) Tzôpo'ùHs'j zai a£;jLVY|[X£vov xiov À£-/â£vxwv, àvaypat'iat xà £Ïpr|[i.£va" Tiotrjaavxa 6È xo EÙayyÉÀiOv tj-cxaSouvai xoï; 0£0[j.£voi; auxoS, 7. o-£p £;:tyvo'vxa xov tlixiov 7:poxp£~X'.Z(o? [J-i^xi z'oÀuaa-. ti.r|xc rpoxpi'^^aaGa'.. xov aivxo'. 'loxvvïjv àV/axov auv.oovxa oxt xà 'ZtoiiT.-v/.à. £v xoï; zùayyEXi'o'.; 0£Or|XtiJxat, ~poxpa7:ivxa 'jtzo xoJv yvojpt'fxtuv, 7:v£'j;j.axi 6cO3;opri0£vxa, -v£uijLaxty.ôv Tzoïrjaai £'jayyiXtov. Hi/pot. in I Petr. v, 13. « Marcus, Pétri sectator, praedicaiite Petro evangelium palam Romae coram quibusdam caesareanis equitibus et multa Christi testi-
S6 LES ÉVANGILES SYiNOPTIQUES
La priorité de Matthieu et de Lac à Têtard de Marc ne peut pas être une « tradition » bien solide, et elle est contredite par d'autres « traditions » en ce qui concerne Luc. Ce qu'on dit de Pierre est assez sinj^ulier : est-ce le témoignante de Papias qui a donné lieu à cette explication, de la part de gens qui ne voyaient pas que, selon Jean l'Ancien, Marc n'avait écrit qu'après la mort de Pierre? l'st-ce un premier essai pour rapprocher de Pierre l'œuvre de Marc, en la faisant composer avant la mort du prince des apôtres? Tous ces motifs ont pu concourir à une formation légendaire qui ne semble pas être a itre chose que le commentaire, plus ou moins réussi, des propos de Jean l'Ancien dans Papias.
Eusèbe raconte qu? l'évèque Sérapion d'Antioche (vers 190-220), A'isitant la petite ville de Rhossos, trouva aux mains de certains chrétiens un évangile attribué à Pierre ; croyant ces gens orthodoxes, l'évèque leur avait permis de garder l'ouvrage en question et d'en user pour leurs lectures ; avisé ensuite que les partisans de l'évangile apocryphe étaient suspects d'hérésie, il s'en proc ira un exemplaire auprès d'une secte qui s'en servait, le lut, et, jugeant que le livre, bien qu'orthodoxe pour la majeure partie, ne laissait pas de contenir certaines particularités sus-
monia proferente, petitus ab eis, ut possent quae dicebantur memoriae commendare, scripsit ex his quae Petro dicta sunt evangelium ([uod secunduni Marcum vocitatur. » On ti'ouve quelque difficulté à concilier ce que dit Eusèbe dans le passage ci-dessus, et ce qu'il dit plus haut (ii, 15) en invoquant de même rautorité de Clément : -oioùxo o' sjrfÀaaj/sv -aïç xwv ày.poaTrT)v toÎ Ilirpou 8iavo;a'.; Eua£|ΣÎa; ©iyyoç, fî); [x/j xr; EÏjâ-a; ixavéoi; ïyv.'/ àpxstaÔaL àxoi^, [J-'i]oï --, àypâçw Tou 6etou y.rjpjyaaxo; StôaaxaXi.t, -aoa/.XrlaeCTi Se Travxotaiç Mâpxov, rrj xo ;ùayycXtov ©ÉpErat, àxoXouÔov ovxa IIéxgo'j Àtrapïjaat, wç av xaî otà ypasviÇ -j-oavYijjia xrj; ôià Ào'you -apaSoÔEi'ar]; auxol; xaxaXEÎ'|oi ÔiôaaxaXia;, a/j -poxEpov xe àvEtvat îq xaxEpyaaaaOat xôv âvSpa, xaî xaûxT] atxîoyç yEvÉaÔai xi^; xoy XEyojjLÉvou xaxà Màpxov EÙayyiÀîou ypa^ïjç. yvo'vxa oÈ xci xpay^ÔÉv oaai xov à;ïoaxoXov à;i:oxaX'J']<avxo; aùxto xou TïVEÛiJiaxo; TjaOfjvat xfj xtSv àvopiov 7cpo9u;j.îa, xupojjat xî x/|V ypa5/|v eÎ; £vxE'j?tv xat; ÈxxXrjai'atç. KÀrjar): Èv £XX(|) xwv J-ox'j7:fiJ7£'')v -ipariOs'.xa'. x ',v '.Jxopiav" TjvE-fj.apxupEt ô' aùxto xal 6 'lEpaT:o- Ài'x7)ç îrJ.'jy.or.oi ûvo;i.xx[ Uax'aç. Papias est loin de confirmer tout ce qu'Eusèbe dit avoir trouvé dans Clément. IIahnack, I, 687, et Zahn, II, 215, pensent que la reconnnandation aux Eglises est un trait qu'Eusèbe ajoute à la notice tirée des Hypotyposes. Mais ce trait ni' contredit aucunement la notice, il y est naturellement coordonné. On ne con(,'oit pas que Clément ait voulu signifier que Pierre avait persévéré dans une réserve absolue à l'égard de l'Evangile une fois éci'it. Eusèbe, l'apportant plus loin la tradition de Clément sur l'origine des Evangiles, a pu omettre la circonstance de la recommandation ultérieure, parce qu'il se souvenait de l'avoir indiquée. Ce qui est dit vr, 14, de l'attitude de Pierre, se rapporte, non à ce (ju'il fit après la composition de l'Evangile, mais à la façon dont il se comporta auparavant, n'adressant à Marc ni encouragement ni défense.
pec'tes, il écrivit à ses fidèles une lettre pour les prémunir contre cette œuvre équivoque : « Nous recevons, dit-il, Pierre et tous les apôtres comme le Christ; mais nous rejetons de science certaine les livres qui leur sont faussement attrib lés, sachant bien que nous ne les avons pas reçus par tradition '. » Ce chef d'Kglise n'était donc pas beaucoup moins indulgent que Clément po ir la littérature apocryphe; mais il savait où se reprendre quand sa complaisance menaçait de lui créer des embarras. Si les quatre évangiles du canon étaient authentiques au sens moderne du mot, et si l'r^vangile de Pierre ne Tétait pas, c'est une question qui ne se posait point pour lui comme elle se pose pour nous, et qu'il aurait été fort empêché de discuter : pour lai, les évangiles reç is étaient orthodoxes et autorisés; les autres n'étaient pas sûrs ni pour la doctrine, ni pour l'autorit'; il était assez inutile de rechercher la provenance de ceux-ci ou de ceux-là, les livres de l'Eglise ne pouvant venir que des apôtres, et ceux des sectes n'olFrant pas les mêmes garanties.
Telle est bien la signification du témoignage traditionnel : on y apprend que l'i'.'glise a d'abord accepté puis retenu les q latre évangiles du canon, parce qu'elle y reconnaissait sa propre tradition, parce qu'elle s'y retrouvait elle-même. De savoir au juste quand, comment et par qui ces livres avaient été composés, c'est ce dont elle parait d'abord s'être peu souciée; elle ne s'en souvenait guère quand elle s'en préoccupa. Ainsi s'explique le caractère théologique et légendaire de sa tradition. Elle avait apprécié les livres pour leur contenu, elle les couvrit elle-même, quand il en fut besoin, de sa propre autorité : elle les avait depuis l'origine ; c'étaient des livres d'apôtres ou d'hommes apostoliques; on avait des noms; on conjectura bientôt et l'on raconta l'histoire des évangélistes ; on se pers ;ada que ri"]glise tenait d'eux directement les quatre formes de l'Évangile du Christ. Au fond, l'Église avait été guidée dans son choix comme par un instinct supérieur à toute critique Ihéologique ou littéraire; mais, entre 150 et 170, lorsque le canon évangélique fut délinitivemenl arrêté, elle ignorait les circonstances de la composition des livres qu'elle attribuait à Matthieu, à Marc, à Luc et à Jean. Le défaut d'opposition pour ce qui regarde l'attribution des Synoptiques ne
t. Ilist. eccl. VI, 12. TjiJ-îî'ç yâp, àoEÀ^oi, xaî IliT^ov zai TOJ; àÀXo'jç à-o^ToÀciuç à-oor/oasOa w: Xo'.jtov, Ta oï ovôaaTi a'jTwv -ie'joî-Lypa^a to; ïa-s'.po'. r:aç.aiTO-j[x£0a, v^voWx.ovTcÇ OT'. ri TO-.aO-a où nap£Xâjîo[X£v. lyto yào ysvotxsvo; -ap' uaiv j-^voojv to5; Tnâvxa; ôpOf; Tk-'ats'. TrpOjsépEaÔai, xal aï) otsÀ6wv xo -j-' aùxtov -poazo'J'xvjrr/ ovoaxf. flixpo'j E'jayYîXiov îI-ov oxi, h'! xouxo sax; ijiqvov xo Oo/.oyv Gaïv r.aoi/zr/ [A'.y.po|-j/{av,
àvaY'.vwa/ÉTOf.o P/x/r'fir^'xE^j yàp Ttap' a.\X'>y/ X(ov àay.riTOcvx'DV xoijxo xo s'jayyÉAiov
7or|'7âu.cvo'. TTao' a'jxwv, ouÀOîïv, /.a'. Eupsiv xà [jlcV -Xiirr/y. xoO opOoO Aoyou xoù a-DXr po;, xtvi oï -ooaouaxal'j.Éva, a zaî j-Exâraaîv Oaïv.
prouve pas la certitude de cette attribut! n. L'on aurait eu presque autant de facilité à contester le premier Evangile à Matthieu que n'importe quel apocryphe à Tauteur dont il se réclame. Matthieu n'est pas l'évangile de Matthieu; Marc n'est pas l'évangile de Pierre; Luc n'est pas l'évangile de Paul. Rien ou presque rien des rapports conçus par la tradition ne subsiste devant la critique. Restent à expliquer les véritables rapports des noms aux livres, l'origine de ceux-ci, et celle de la tradition qui les concerne.