X, 1 (Me. VI
Les anciens commentateurs ont expliqué diversement le motif qui avait conduit Jean à interrog-er le Christ, et le sens de la question qu'il lui a posée. Beaucoup, s'autorisant du quatrième Evangile et même de Matthieu, ont pensé que le Précurseur n'avait pas besoin d'éclaircissement pour lui-même, et qu'il envoyait ses propres disciples au Sauveur afin qu'il les instruisît. Telle n'est pas l'impression que donne le récit de Matthieu et de Luc. Le rédacteur du premier Évangile ne se souvient pas que, selon lui ', Jean, avant de baptiser Jésus, le connaissait déjà comme étant le Messie ; il reproduit, d'après la source qui lui est commune avec Luc, une série de textes d'oîi il ressort avec évidence que Jean n'a soupçonné que dans sa prison la mission du Christ, et que Jésus lui-même ne l'a jamais compté parmi ceux qui ont cru à l'Evangile. La question qui se pose devant son esprit, et qu'il fait adresser au Sauveur, n'est pas un doute survenant après la foi, mais le premier soupçon qui s'éveille dans son esprit touchant le grand rôle qui pourrait appartenir au prédicateur de Nazareth. A plus forte raison sa question n'est-elle pas un artifice, d'ailleurs inutile et inconcevable, pour transmettre ses disciples à Jésus. 11 eût été plus simple et plus sûr de leur dire d'abord que Jésus était le Christ, comme fait Jean dans le quatrième Evangile. L'hypothèse d'un doute se produisant après coup, parce que la conduite du Sauveur ne répondait pas à l'idée que Jean s'était formée du règne messianique '^, aurait dû s'exprimer autrement : elle est exclue par la teneur de la question, et ne peut s'appuyer sur celle de la réponse ; elle repose uniquement sur une autre conjecture, contredite par la tradition historique de l'Evangile, à savoir que Jean aurait reconnu Jésus en qualité de Messie avant de le baptiser, ou tout au moins à l'occasion de son baptême.
Jean est en prison, comme les trois Synoptiques l'ont dit plus haut '^ et Josèphe ^ nous apprend qu'il était enfermé dans la forteresse de Machéro, à l'est de la mer Morte, sur les confins du désert d'Arabie. Sa captivité n'était pas très dure : Antipas ne semble pas avoir eu d'abord l'intention de le faire périr, et craignait peut-être