‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 542 sur 829 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

rénumération pour l'adapter à ce qu'il a fait réellement, le prophète ne parlant pas de lépreux guéris ni de morts ressuscites. Il importe peu que les termes employés dans Isaïe soient symboliques ou non '. Ni Matthieu ni Luc ne les entendent de miracles spirituels, mais de faits sensibles. L'évang-élisation des pauvres, annoncée pareillement dans Isaïe "', serait le seul trait d'ordre moral que Jésus introduirait dans la définition de son œuvre présente. L'association d'idées n'est pas très naturelle, quand même on admettrait, ce qui est vrai dans une large mesure, que Matthieu et Luc ont regardé les miracles d'ordre physique comme symbole des fruits spirituels de l'Evang-ile. Ce mélange d'allégorie peut faire l'unité du discours dans la pensée des évangélistes ; il ne se conçoit guère dans la bouche de Jésus, qui aurait pu parler entermes métaphoriques de son œuvre spirituelle, mais non pas envelopper dans une allégorie peu intelligible l'idée qu il voulait suggérer à Jean. Le Sauveur ferait entendre au Baptiste que le règne de Dieu ne consiste pas seulement dans le jugement général et dans le triomphe des justes, mais qu'il doit être inauguré, selon que les prophètes l'ont annoncé, par les œuvres, miracles et prédication aux pauvres, que Jean n'a pas su reconnaître pour des preuves du Christ. Le règne de Dieu serait arrivé dès maintenant, et il faudrait s'en remettre au Père céleste pour l'accomplissement final. Jean, comme tout autre, aurait tort de contester à Jésus la qualité de Messie, sous prétexte qu'il n'amène pas incontinent la plénitude du règne messianique.

Le sens de cette conclusion n'est pas douteux. C'est un avertissement donné à un homme trop préoccupé de la signification eschatologique du royaume : Jésus voudrait lui faire comprendre la réalité spirituelle, et néanmoins très messianique, de son action dans le présent. Mais le but même de la réponse invite à distinguer le sens que Jésus y a voulu mettre, de celui que les évangélistes y ont trouvé, (^ue Jésus, à un moment quelconque de son ministère, se soit publiquement prévalu de ses miracles, et qu'il ait allégué en témoignage de sa mission le grand nombre d'aveugles à qui il avait rendu la vue, de lépreux qu'il avait guéris, de morts ((u'il avait

1. Onn'aaucune raison d'y voir de pures métapliores. Cf. Dvhm^ Jesaia^, 223 Marti, 247.

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