Mt. XII, 41-42 ; Le. xi
gunient tiré des exorcismes juifs pouvant, en effet, avoir été sug^géré par ce que Marc raconte de l'exorciste étrang-er.
Il est probable que la source ancienne des discours du Seig-neur amenait, après les deux comparaisons du royaume divisé et du guerrier vaincu, la sentence concernant le péché contre le Saint- Esprit, si toutefois ce n'est pas Marc qui lui a le premier donné cette place, puis la description du démon chassé qui revient avec sept autres. Marc aura laissé tomber cette description, où il ne se retrouvait peut-être pas plus facilement que l'exégète model^ne, et il en aura gardé l'écho dans la remarque : « Parce qu'ils disaient : Il a un esprit impur. » Un rédacteur travaillant sur la source primitive aura exploité dans le discours l'anecdote de l'exorciste, par manière de question intercalée entre les deux comparaisons ; il aura retourné la sentence finale de l'anecdote pour la mettre entre la comparaison du fort et la parole concernant le péché contre le Saint-Esprit, comme elle est encore dans Matthieu; ou plutôt la sentence, primitivement indépendante : (* Qui n'est pas avec moi est contre moi », venait déjà dans la source à la place que lui donne Matthieu, et Marc l'aura omise avec intention. Luc, ayant jugé bon de transposer la parole relative au péché contre le Saint- Esprit, aura voulu relier à la sentence omise par Marc la description du démon qui revient, parce qu'il y voyait sans doute figuré le sort de celui qui ne s'attache pas entièrement à Jésus, après avoir pris quelque intérêt à sa parole, et en avoir recueilli quelque fruit.
Marc, m, 28. «Je Matth. xii, IM . k C'est Luc, xii, 10. (( Et
vous dis en vérité que pourquoi je vous dis : quicouque dit uue
tous les péchés seront « Tout péché et blas- parole contre le Fils de
pardonnes au fils des phème seront pardon- Phomme, il lui sera
hommes, ainsi que tous nés aux hommes; mais pardonné; mais à qui
les blasphèmes qu'ils le blasphème de l'Es- blasphème contre le
auront proférés; 29. et prit ne sera point par- Saint p]sprit il ne sera
celui qui aura blas- donné. 32. Et si quel- point pardonné. »
phémé contre l'Esprit qu'un dit uue parole
saint, n'aura jamais de contre le Fils de
pardon, mais il sera l'homme, elle lui sera
punissable dune faute pardonnée, mais à celui
éternelle. » 30. Parce qui parlera contre l'Es-
qu'ils avaient dit : « Il prit saint, il ne sera
a un esprit impur. » pardonné ni eu ce monde ni en l'autre. »
BEELZEBOLL 7 H
Marc et Matthieu ont considéré la calomnie soulevée contre Jésus à propos de l'expulsion des démons comme un blasphème contre le Saint-Esprit, par la puissance duquel Jésus chassait les mauvais esprits. Mais le rapport des textes donne lieu à un problème, difficile à résoudre, touchant la forme de la sentence qui doit être primitive. Selon Marc, tout blasphème est rémissibie moyennant pénitence, excepté le blasphème contre l'Esprit saint ; mais ce dernier blasphème est précisément ce que les scribes ont dit de Jésus : (( Il a Beelzeboul; il a un esprit impur. » Matthieu reproduit d'abord ce qu'on lit dans Marc ; puis il reprend une autre forme de la même sentence, qui se trouve être celle de Luc dans un autre contexte, où il est dit qu'une parole contre le Fils de l'homme, pourra être pardonnée, mais qu'une paiole contre l'Esprit saint ne le sera jamais.
La leçon de Luc et le texte composite de Mathieu permettent d'affirmer que la source commune des deux Evang^iles déclarait péché rémissibie le blasphème contre le Fils de l'homme, tandis que Marc regarde comme irrémissible ce blasphème, qui, pour lui, est le blasphème contre l'Esprit-Saint. ' Marc a-t-il craint de paraître favoriser le blasphème contre Jésus, et ses « fils des hommes » sont-ils un écho du « Fils de l'homme » 2'? Ou bien la source de Matthieu et de Luc aurait-elle compris dvi Fils de l'homme Jésus ce qui était dit des fils des hommes ou du ^ fils d'homme » en g'énéral ■'. Beaucoup jugent cette dernière hypothèse invraisemblable, parce qu'on aurait hésité à faire du blasphème contre Jésus un péché rémissibie, si la tradition n'avait pas été claire sur ce point. Cependant la distinction introduite entre le Fils de l'homme et l'Esprit paraît avoir un caractère théologique, en ce qu'elle oppose pour ainsi dire l'humanité du Sauveur à sa divinité,
1. V. 28. àji.ï|V }^£y(o jaiv OTt Tzavza xsr^^r'iiixcx.'. TOtç u'.o?; -iov àvOsfôijiwv xà à[jLapTr]'- ;j.aTa /.aï aï jBXaasYiijita'. fSs. omet x. a. [3.) oua âàv pXaaçyijxrJawj'.v. Wellhausen, Me. 28, observe que oaa se réfère à -âvia, et conjecture que xà à;j.apxTÎ[jLaxa x. a. i^À . aurait été importé de Matthieu ; mais ce peut êti-e une glose de Marc sur le texte primitif de cette sentence, dont la structure est gardée dans Le. 10. Il ne paraît pas plus nécessaire d'admettre, avec le même auteur {Mt. 63), que Marc aurait écrit x<o uuo xou àvOofôro'j, pour signifier : « a l'homme », et que la tradition aurait mis le pluriel pour éviter une équivoque.