‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 582 sur 829 · Dalman, I · texte numérisé non relu

Dalman, I

l'extérieur de son activité au principe surnaturel de ses œuvres. Une pareille distinction se comprend mieux chez les évang-élistes que dans la bouche de Jésus. 11 est donc possible que Jésus ait dit : parler contre un homme, « un fils dhomme », est faute pardonnable, blasphémer TEsprit divin est un péché sans rémission. L'emploi du mot <( hls dhomme » j)rêtait à équivoque; Marc évite l'inconvénient au moyen d'une paraphrase; la version dont dépendent Matthieu et Luc identifie le « fils d'homme » à Jésus, mais n'y trouve pas de difficulté parce quelle disting^ue la parole injurieuse à Jésus homme, de la parole injurieuse à l'Esprit divin qui est en lui. Et la distinction, bien que probablement étrangère au discours du Sauveur, ne fausse pas sa pensée. Si l'on accepte cette distinction, l'on devra supposer aussi que les trois évangélistes, et non seulement Luc, ont reproduit cette parole hors de son contexte primitif ; car. dans la circonstance indiquée par Marc et par Matthieu, c'est un propos fâcheux pour Jésus qui se trouve être un blasphème contre l'Esprit, et le Sauveur paraîtrait excuser ses adversaires en disant qu'un blasphème contre lui-même sera pardonné. Mais en quelque occasion que Jésus ait parlé de blasphème contre l'Esprit, il a dû avoir en vue ses propres œuvres, et l'expulsion des mauvais esprits étant celle qui convenait le mieux pour cette déclaration, la combinaison des deux premiers Evangiles doit avoir le genre et le degré de vérité souhaitables en pareille matière. Quand même la déclaration aurait été formulée à propos d'autres miracles, il ne serait toujours pas naturel que Jésus la compliquât d'une distinction entre sa personne et son œuvre. Il est donc probable que Marc a retenu l'idée primitive de la sentence, tout en la développant et en affirmant des péchés en général ce qui avait été dit seulement des paroles. La remarque finale, qui montre le rapport du discours de Jésus avec l'accusation des scribes, lui appartient en propre; mais on peut l'expliquer autrement que par l'intention formelle d'identifier le blasphème contre Jésus au blasphème de l'Esprit, et de corriger ainsi la distinction établie dans Matthieu. Au lieu de dire simplement que le péché contre l'Esprit ne sera jamais pardonné ', le premier Evangile décompose l'avenir en ses deux parties, le temps et l'éternité : ni

i. Me. 29. 6; o'av pÀaaçTj|j.Y]'ar|- eî; to Ttvsurjia to aytov, où/, k'ysi àoEaiv ei; tov aùTiva (D omet sU ~. '"■•)■, àÀÀà svoyo; Èttiv aîrovîou à[i.apTrJ|j.aTo: (Ss. omet àXÀx /.tX.).

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dans la vie présente ni dans la vie future le péché contre l'Esprit Saint ne sera pardonné K L'impossibilité de pardon est absolue en ce sens, c[ue l'endurcissement de ceux qui pèchent contre l'Esprit saint est prédestiné à un châtiment certain et inévitable. Les chances morales d'une conversion ne sont pas envisagées; on les tient d'ailleurs pour si précaires qu'elles n'entrent pas en compte.

Matth. xn, Xi. « Ou faites l'arbre bon et son fruit hou, ou faites l'arbre mauvais et son fruit mauvais; car c'est au fruit qu'on connaît l'arbre. 34. Race de vipères, comment pourriez-vous dire de bonnes choses, étant mauvais? Car la bouche parle de labondance du cœur. 35. L'homme bon tire de bonnes choses du bon trésor, etl'homme mauvais tire de mauvaises choses du mauvais trésor. 36. Et je vous dis que de toute parole oiseuse que les hommes auront prononcée ils rendront compte au jour du jugement; 37. car c'est d'après tes paroles que tu seras justifié, et d'après tes paroles que tu seras condamné. »

Le rédacteur du premier Evangile ajoute à ces considérations sur le blasphème contre l'Esprit saint une pensée qui peut s'adapter au présent discours, mais qui a dû être d'abord gardée à part. Elle concerne les paroles bonnes ou mauvaises, en tant que fruit du cœur, moyen de connaitre les hommes, et matière de jugement divin. Matthieu ou la source dont il dépend auront voulu donner un enseignement complet sur les paroles. La comparaison de l'arbre et du fruit s'applique ici au cœur et au langage. On la déjà rencontrée dans le discours sur la montagne -. Certains détails qui ont l'air de retouches, et qui servent à relier ce passage au contexte, s'expliquent peut-être mieux si lévangéliste a fait une transposition. Ainsi l'impératif : (( faites l'arbre bon -^ », est destiné à montrer que le discours s'adresse aux pharisiens, et lapostrophe : « Race de vipères, comment pouvez-vous dire de bonnes choses étant mauvais », procède de la même intention. Mais la locution : (( faites l'arbre bon » n'est pas très naturelle ; elle s'entend d'un jugement que l'orateur imposerait à ses auditeurs, et lévangéliste aurait pu aussi bien écrire : « dites l'arbre bon » ; mais le verbe « faire » vient sans doute de la source, oii on lisait : <( l'arbre bon

1. Mt. 32. ci? ôav el'jir) y.axà to'j ;:v£J[xa7o; toO âyîou, où/. àçeQrîaiTai auToi ojts £v TOÛTO) Tôi aîtovi oj'té âv Tw piÉÀXovTt. Développement de Me. 29 (cf. Dalman, I, 130). Le. Xir, 10. Tto 0£ eî; zà ây-ov -vjîaa |'îXa'3^r,;j./'|7avT'. où/. àœîOrj'jiTa'..

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