Cf. Mr. VII
."j. Le diable correspond aux oiseaux dans l'explication de la parabole : on n'a pas voulu le désigner comme « oiseau du ciel » (JiiLicuEn, 11, :il7). Ss. D omettent tou oùpavoy dans Le. 5.
6. Cf. Jkb. XVII, 8 (LXX). kr.' îxaàca paXst diÇa; aùxoj. Ce rappochement ne prouve pas que Marc et Luc dépendent de Jérémie. Ss. a entendu, comme Luc, t.i-qm^jî; au sens de -iroa.
7. Ji'iLicHER II, .519, se demande si ote àvsrîtXev ô fjXtoç ne serait pas ajouté pour l'allégorie, car le grain n'a pas levé en une nuit, pour être brûlé aux premiers rayons du soleil ; on |)eut faire néanmoins la part du style poétique.
montent plus vite et rétoulîent. Ces épines ne peuvent être ni un buisson dans le champ, ni une haie alentour, mais desronces dont on n"a pas extirpé la racine, et qui repoussent dans le champ après les semailles K Marc seul mentionne expressément le manque de fruit; mais ce détail est supposé plus loin, dans l'explication de la parabole, par les trois évangélistes. Enfin le grain qui est tombé en bonne terre, où il n'y a ni pierres pour l'empêcher de s'enraciner, ni épines pour l'empêcher de grandir, pousse, atteint un entier développement, et rapporte trente, soixante, cent pour un -. Ce que Marc appelle fruit n'est pas le grain mûr de l'épi nouveau, mais l'épi ou le grain se formant dans l'épi ; c'est pourquoi il dit que le fruit monta et grandit ; Matthieu et Luc ont évité ces expressions peu claires, qui s'appliqueraient mieux peut-être aux fruits de la parole, aux bonnes œuvres, qu'à la croissance du blé. La variété des chilfres, qui sont approximatifs et n'ont rien d'exagéré, signifie l'abondance de la récolte. S il n'y avait eu d'abord qu'im chifîre, et le plus élevé, comme dans Luc, Marc ne l'aurait pas diminué, pour ainsi dire, en lui associant deux chilfres inférieurs; on conçoit, au contraire, que Luc, abrégeant la conclusion, ait retenu le chiffre le plus fort. L'inversion des trois nombres dans Matthieu ne paraît pas avoir de conséquence pour l'idée -^ D'après ce qui arrive ordinairement, on ne peut supposer que les quatre parts du grain répandu par le semeur aient été égales, et il n'est pas dit que la quantité de semence utile soit inférieure à celle de la semence perdue.
Dans Marc, la pause finale, qui précède l'invitation à pénétrer le sens de la parabole, est indiquée par la formule : « et il dit », qui fait ressortir en même temps l'avertissement; cette formule est
1. Ss. omet, dans Le. 8, ajvœjEraat a-, à/.avOai, prob.ibleinent en supposant que les épines étaient déjà poussées quand le grain fut semé.
2. Me. 8, lire za'. àXXo ï-£3£v, comme aux vv. o et 7,1a leçon aXÀa (x BCL) étant due à la réflexion, pour fournir un sujet pluriel aux trois chiffres de la fin. s'.;z;AiY.o'j-j. /.-A. ne signifie pas : n jusqu'à trente dcIc, c'est une formule hébraïsante représentant un adverbe de nombre. Julicher, II, o2I. D lit iv, et Well- HAUSEN, Me. 31, adopte cette lecture, qui paraît autorisée par Me. 20 et par Mr. 8 (qui a compris i'v et l'a remplacé par o [j.h, o oé . Welluausen, ML 67, approuve Matthieu, et renvoie à Dan. m, 19).
3. On peut dire que Marc fait ressortir davantage l'abondance, cl Matthieu la diversité. C'est l'abondance qui importe le plus, et Luc l'a compris ainsi. JULICUER, 11, 522.
omise dans Matthieu, et très fortement accentuée clans Luc ' ; ravertissement a aussi moins d'emphase dans le premier Evangile 2.
Marc, iv, 10. Et Matth. xhi, 10. Et Luc, vnr, 9. Et ses
quand il fut seul, ceux les disciples, s'étant disciples lui demanqui rentouraient, avec approchés, lui dirent : dèrent ce qu'était cette les Douze, linterro- « Pourquoi leur parles- parabole, 10. et il dit: gèrent au sujet des tu en paraboles? » 11. « A vous il a été paraboles, 1 i. et il leur II leur répondit en di- donné de connaître les dit : « C'est à vous sant : u Parce qu'il secrets du royaume de qu'a été donné le secret aous a été donné de Dieu ; mais aux autres du royaume de Dieu ; connaître les secrets du i^on les présente ) en mais à ces gens du royaume des cieux ; paraboles , alin que, dehors tout arrive en mais à eux, cela voyant, ils ne voient paraboles, 12. afinqu'ils n'a pas été donné, pas, et entendant, ne regardent bien et ne 12. Car à celui qui a comprennent pas ». voient pas, qu'ils l'on donnera, et il sera écoutent bien et ne dans l'abondance; mais comprennent pas, de à celui qui n'a pas, peur qu'ils ne se con- même ce qu'il a lui sera vertissent, et qu'il ne ôté. 13. C'est pourquoi leur soit pardonné. » je Icurparleen paraboles; parce que, voyant, ils ne voient pas, et entendant, ils n'entendent ni ne comprennent. 14. Et en eux s'accomplit la prophétie disaïe qui dit : « ^'ous écouterez bien, et vous ne comprendrez pas; vous regarderez bien, et vous ne verrez pas; 15. car le cœur de ce peuple s'est appesanti, et ils ont l'ouïe dure et les yeux fermés, de peur qu'ils ne voient de leurs yeux, qu'ils n'entendent de leur oreilles, qu'ils ne comprennent avec leur cœur, et que je ne les "guérisse. » 16. Mais heureux vos yeux, parce qu'ils voient, et vos oreilles, parce quelles entendent I 17. Je vous dis en vérité que beaucoup de prophètes et de justes ont désiré \ oir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l'ont pas entendu. «
Désig-née par son objet pour la place que la tradition lui a donnée en tète du recueil, la parabole du Semeur devait, à raison de cette place, au moins autant que pour la leçon qu'elle contenait, attirera elle les idées générales que les premières générations chré-
1. V. 8. -aC»Ta /iy.)-/ jçwvî'.. Jésus a élevé la voix pour dire ce qui suit.
2. V. 0. ô £/'..'/ (ÔTX à/.ouîTO). Marc et Luc ont de plus àzojc-.v après (oxa.
A. LoisY. — /.es Evangiles synopliifues. i"
tiennes se formèrent ;ui sujet de renseignement parabolique. Considérée en elle-même, l'histoire du Semeur oiFre un sens des plus faciles : de même que la semence dont une partie se perd, et une partie profite, selon la nature du terrain oîi elle tombe, la parole évang'élique, l'annonce du royaume céleste, est inutile aux uns et salutaire aux autres, selon leurs dispositions. L'accent de la comparaison ne portant pas sur la proportion, mais sur la différence des résultats, si l'on n'en peut conclure que la prédication évangélique soit utile au plus grand nombre, du moins est-il évident qu'un succès notable est supposé dans l'application. 11 en est de la parole comme du grain ; sa réussite ne dépend pas uniquement du prédicateur, mais de l'auditeur ; à chacun de voir l'auditeur qu'il veut être; la parole fructifie dans l'auditeur de bonne volonté.
Telle étant la signification de la parabole, il est impossible que la déclaration touchant le but général des paraboles, qui serait l'aveuglement des auditeurs, se rattache historiquement k l'histoire du Semeur. Celle-ci dit que la parole porte fruit, et il n'est pas douteux que l'intention actuelle du prédicateur soit conforme à celle du semeur ; les semailles se font en vue du grain qui poussera ; la prédication est donnée pour les auditeurs qu'elle touchera. On ne conçoit pas que Jésus ait pu déclarer, dans la parabole, qu'il semait la parole pour qu'elle rendît son fruit, et qu'il ait dit, aussitôt après, qu'il parlait en paraboles pour empêcher son auditoire de comprendre la vérité qui aurait pu le sauver ; à quelques minutes d'intervalle, il aurait démenti devant les disciples ce qu'il venait d'affirmer devant le peuple. Ce qu'on lui fait dire sur le but des paraboles appartient à un autre ordre d'idées que la parabole : théorie de théologien, rattachée à un trait d'observation réelle; dans celle-ci apparaît l'expérience du prédicateur, et dans celle-là les préoccupations apologétiques des temps qui ont suivi. Les étapes que la tradition a faites, en allant de la réalité historique à la théorie théologique, sont reconnaissables dans le texte de Marc.
Selon la mise en scène que l'évangéliste a esquissée au début du chapitre, Jésus, assis dans une barque sur le lac, a commencé à dire des paraboles ; il a raconté l'histoire du Semeur ; avant qu'il passe à une autre, il est censé se retirer k l'écart et être interrogé par les Douze et les autres personnes de sa suite ordinaire. S"est-il donc éloigné en mer, et ceux qui le questionnent étaient-ils tous avec lui dans la même barque ? Après l'explication de la para-
bole, et sans qu'on ait pris soin de ramener la barque vers le rivage, d'autres paraboles sont introduites; le lecteur s'aperçoit à la fin ([u'elles ont été prononcées devant le peuple par Jésus resté dans la barque, k l'endroit où il était pour dire le Semeur; c'est le soir seulement qu'il demande à ses disciples de g'ag'ner au larg-e vers l'autre rive du lac. Ainsi l'explication de la premièi'e parabole se trouve en dehors du cadre tracé pour le récit ; elle n'est pas anticipée, car on ne dit pas quand Jésus se trouva seul, et on le conduit à l'écart sans l'éloigner, l'écart n'étant que pour situer l'explication de la parabole par rapport au texte, indépendamment du cadre g-énéral; l'explication et son introduction particulière se présentent comme une enclave, une intercalation survenue dans un discours qui contenait un certain nombre de paraboles, sans considérations g-énérales ni interprétation particulière.
Dans cette enclave même, la rédaction n'est pas homogène. On lit d'abord que ceux qui entouraient Jésus (( lui demandèrent les paraboles ' », c'est-à-dire, à en juger par la réponse, qu'ils interrogent le Sauveur touchant la raison d'être de l'enseignement parabolique en général ; et c'est ainsi que Matthieu la compris. La c[uestion n'en est pas moins présentée de façon peu naturelle, et l'équivoque provient de ce que cette question, prépare maintenant deux réponses. Les disciples sont supposés demander « les paraboles », c'est-à-dire pourquoi Jésus parle en paraboles, et aussi « la parabole », c'est-à-dire l'explication du Semeur; et c'est en ce dernier sens que Luc a voulu l'entendre. La formvile de la demande est ainsi beaucoup plus satisfaisante, pourvu qu'on lise le singulier : les disciples demandent « la parabole », et à cette question correspond la seconde réponse de Jésus : <( Vous ne comprenez pas cette parabole ? » qui maintenant arrive sans introduction. Ainsi la première réponse vient en surcharge de la seconde, et c'est en vue de celle-là que l'on a écrit « les paraboles » au lieu de « la parabole ». L'artifice de la seconde intercalation est aussi simple que celui de la première.
Grâce à l'imperfection de ces sutures, l'on peut distinguer trois moments de la rédaction, qui correspondent au développement de la pensée traditionnelle touchant les paraboles : une première relation.
1. V. 10. x.al 'j'.i i^'V/'.~o y.x-x 'xwn.i, T|C.ri)-f.jv ajTOv ot ~io\ ajTOv iJ'/ toi; ooioExa 7:aoa:3oÀâ;.
probablement écrite et identique au recueil de discours, donnait en exemple de l'enseig'nement évang-élique une série de paraboles, sans autre explication, parce que l'on n'y trouvait aucune obscurité; une seconde rédaction, où les disciples demandent et obtiennent l'interprétation de la parabole du Semeur, fait soupçonner que Ton a commencé à trouver les paraboles moins claires , que l'on s'est préoccupé du médiocre succès obtenu auprès des Juifs par la prédication évangélique, plus encore peut-être du peu de solidité de certaines conversions, et que l'interprétation du Semeur a fourni l'explication que l'on cherchait; enfin la troisième rédaction montre que l'on a creusé plus avant, que l'on a voulu avoir la raison profonde soit de l'obscurité des paraboles, désormais acquise à la tradition, soit de l'aveuglement d'Israël; comme on trouvait aisément la cause de ce dernier fait dans un décret providentiel de réprobation, qui impliquait l'endurcissement préalable, et qu'on ne pouvait pas songer à voir un défaut dans l'imaginaire obscurité des paraboles, on se persuada que ce g^enre mystérieux d'enseig'nement avait été choisi tout exprès par le Sauveur lui-même pour procurer raccomplissement des desseins de Dieu sur son peuple : le judaïsme ne s'est pas converti, parce qu'il ne devait pas se convertir, et la vérité évangélique lui a été proposée en énig-me, pour qu'il ne put pas la voir ni se sauver.
La pensée du rédacteur évang-élique n'aurait jamais donné lieu à «liscussion, si la théologie, qui l'a inspirée, n'avait fini par s'en étonner et la trouver obscure à son tour. Derrière la réponse que Marc et Luc prêtent au Sauveur, il y a le texte dlsaïe, dont Matthieu fait la citation expresse. Isaïe a reçu mission d'amener par ses oracles l'endurcissement d'Israël et la ruine qui punira cet endurcissement : l'enseig-nement de Jésus a la même fin providentielle que celui dlsaïe, ou plutôt il réalise définitivement ce qu'avait annoncé le prophète; ce n'est pas de la parole du prophète, mais de l'Evangile, qu'il serait question dans Isaïe ; c'est Jésus qui aurait parlé pour endurcir Israël et procurer sa l'éprobation. Le langage de l'Ancien et même du Nouveau Testament ne distingue pas d'ordinaire, dans l'objet des décrets providentiels, ce qui est voulu directement et ce qui n'est pas voulu en soi mais permis. Du point de vue absolu de la théologie sémitique, tout ce que la Divinité connaît et règle d'avance est censé voulu de la même façon, tout apparaît comme nécessaire. Cependant les écrivains bibliques
n'adoptent pas cette idée comme un dog^me philosophique, dont la conséquence, log-iquement déduite, serait la né^^ation de la liberté humaine. Ils ne croient pas qu'Israël soit uniquement victime de la fatalité, ni que son péché ne soit pas imputable à sa malice; son aveuglement et sa réprobation, annoncés depuis des siècles, arrivent par une sorte de nécessité divine qui ne détruit pas sa responsabilité. Dans le cas présent, c'est l'idée de la nécessité providentielle, non celle de la responsabilité humaine, qui fournit à l'apologétique chrétienne la réponse dont elle a besoin pour écarter l'objection que sug'g'ère l'échec de l'Evangile auprès des Juifs.
A ceux qui lui demandent la raison des paraboles Jésus répond : « Le secret du royaume vous est donné, à vous; mais à ces gens du dehors tout vient en paraboles » , c'est-à-dire on ne propose rien que des paraboles, selon la remarque faite dans la conclusion du récit '. La doctrine de Jésus a deux formes, une forme simple, où le secret du royaume est révélé, en termes propres, à l'entourage du Maître, et une forme obscure, qui est la parabole, où le secret demeure enveloppé, indéchill'rable pour les gens du dehors, à qui, pour ce motif même cet enseignement énigmatique est adressé; l'Evangile est un enseignement esotérique, clair pour ceux qui croient, et un enseignement exotérique, obscur pour les autres, et il a ces deux qualités de par la volonté de Jésus. Ainsi conçue, l'idée d'un double enseignement est aussi étrangère que possible à l'esprit du Christ historique, et ce n'est pas lui non plus qui a pu regarder et présenter comme un mystère - le royaume dont il annonçait l'avènement. Il
1. ^ . 11. ù'xh -Jj 'j.jaTr|c'.ov oiooTxi t?Î; ^ia-j'-Àsia; toj Oeoj" tv.i'vto'.t (ti Toî; h^oj îv r:aoa|3oÀar; -i^-'x y^VcTa'.. \'. 34. /''jp'-ç ^^ TZ7.oxfiohf^i ojy. iXâXst a'jToTç, za-' îoixv ô; Toï; toioi; u.aOr|Ta'; ènÉXusv -àvia. Les deux passages se correspondent, doivent être de la même main, et le second éclaircit la juste signification du premier. Il est arbitraire de traduire celui-ci : u tout » ce qui se passe autour de ces gens et en eux « leur devient énigme ». Cf. Julicheh, I, 122, n. 1.
2. On peut dire que le mot jxoaTrJv.ov n'appartient pas au langage évangélique. Les Synoptiques ne l'ont qu'en cet endroit. On n'est pas surpris de le trouver dans les Épîti-es de Paul et dans l'Apocalypse. Le rédacteur de Marc l'aura emprunté à la langue de la théologie apocalypti(iue, pai'ce qu'il regardait les paraboles comme des révélations cachées sous des images symboliques. 11 emploie le singulier, envisageant le royaume comme une entité impénétrable aux intelligences vulgaires, ou plutôt songeant au mystère de la rédemption selon Paul ; Matthieu et Luc emploient le pluriel, songeant aux nombreuses vérités signifiées dans les paraboles.
n'a pas davantag-e considéré ses anditeurs ordinaires comme étant gens « du dehors». Le rédacteur de ce passage se figure les disciples de Jésus comme un groupe constitué à l'écart du judaïsme, ainsi que les communautés de son temps l'étaient vis-à-vis des synagogues, et ce doit être pour cette raison qu'il ne se contente pas de nommer les Douze, ceux-ci ne suffisant pas à constituer sa petite Eglise, mais « l'entourage », groupement plus considérable, inconnu au reste de l'Evangile '. Le secret du royaume est donné à ces fidèles. Pour mettre cette déclaration d'accord avec le contexte, on a voulu que <i donner » signifiât <i destiner » , et que l'explication des paraboles fût ainsi promise aux disciples, par conformité à une intention de la Providence '-. Il résulte, en effet, de ce qui suit, que les disciples, ne comprenant pas les paraboles, ont besoin qu'on les leur explique; mais le présent texte est dominé par une tout autre préoccupation. Les disciples connaissent déjà le secret, ou du moins ils doivent en être dépositaires, bien que le rédacteur ne leur en attribue sans doute pas l'intelligence ; ils étaient prédestinés à la connaissance qu'ils ont, et ils l'ont déjà reçue, ou la recevront, indépendamment des paraboles, tout comme ceux du dehors sont privés déjà et continueront, moyennant les paraboles, à être privés de la vérité, parce qu'ils ne doivent pas y parvenir. C'est uniquement à cause de ceux-ci que Jésus parle en paraboles ; on suppose qu'il n'aurait jamais parlé de la sorte s'il n'avait eu qu'à instruire ses disciples ; les énigmes paraboliques seront expliquées à ces derniers pour que les discours adressés à la masse réprouvée ne soient pas perdus pour eux; mais ce point est secondaire, l'enseignement parabolique n'étant pas ce qui leur convient, et la vérité entière leur étant par ailleurs communiquée sans voile, selon le droit de leur vocation. Les paraboles n'en sont pas moins essentiellement obscures ; Jésus s'en est servi pour que les Juifs ne pussent voir ce qu'ils avaient devant les yeux,, ni comprendre ce que leurs oreilles entendaient, qu'ils ne pussent saisir la vérité du salut qui leur était prêché ; autrement, ils auraient pu se convertir et mériter leur pardon; or, il était décidé par le Juge éternel qu'ils ne devaient point être réconciliés et sauvés ; l'Evangile leur a été présenté de façon à
i. Cf. supr. p. 739, ii. 1. Dans Le. xxii, 49, o! -cpl aÙTov (U'signc les disciples. 2. B. Weiss, E. 190.
n'empêcher pas, même à procurer la réalisation du décret divin '. Cette conception est rig-oureusement paulinienne. et l'influence de Paul n'y est pas étranij;ère.
Les deux autres Synoptiques ont gardé l'idée de Marc, avec quelques modifications de forme plutôt que de fond. Luc la corrig-e en abrégeant la rédaction, et en en supprimant les incohérences. Les disciples ne demandent pas la raison de l'enseignement parabolique, mais la signification de la parabole qui vient d'être dite 2. Les deux réponses de Jésus semblent se fondre en une seule, où est exprimée d'abord la raison générale des paraboles, selon les termes fournis par Marc, mais en élaguant ceux qui pouvaient paraître trop forts ou inexacts. Il n'est pas dit que le « secret du royaume » soit « donné » aux disciples, mais qu'il leur est « donné de le connaître », ce qui ne suppose pas une connaissance acquise ou à acquérir indépendamment des paraboles, et il n'est point parlé des gens du « dehors », mais d' « autres », ce qui rentre dans la couleur locale-^; il n'est pas afïirmé que « tout arrive » à ceux-là (( en paraboles », mais que les mystères leur sont ainsi proposés, ce qui efface une exagération, et tient conqDte de ce que, dans les discours publics de Jésus, il. y a autre chose que des paraboles : on laisse tomber la finale : (( de peur qu'ils ne se convertissent et qu'il ne leur soit pardonné )>, une telle déclaration ayant choqué le sens moral de Luc. Mais l'essentiel n'en reste pas moins : à d'autres que ses disciples Jésus parle en paraboles, pour qu'ils ne voient ni ne comprennent les secrets du royaume, tout en les ayant, pour ainsi dire, sous les yeux et dans les oreilles. Il s agit toujours de l'aveuglement providentiel des Juifs; mais Luc s'y intéresse beaucoup moins que Marc, en cet eudroit où la réprobation d'Israël n'a pas pour contrepartie la vocation des Gentils.
L évangéliste amène, sans autre préambule, l'explication de la parabole, comme si cette explication était justifiée par le principe général qui vient d'être posé; et Jésus ne s'étonnera pas de l'inin-
1. I^'iclée fondamentale est celle de Paul, Ro.m. ix, 18-29; x, 16-21; xi, 8-10. La fin providentielle que l'Apôtre assigne au don des lan^^ues, I Cor. xiv, 21- 2"), est analogue à celle que Marc attribue aux paraboles (Holtzmaxn, 7-3).