JiiMCHER, II, o4"). Wellhausen, Me
et la moisson, qui se correspondent, et dont on ne peut supprimer l'un sans déranger l'équilibre de la narration. Comme le laboureur, Jésus sème le royaume en prêchant TEvangile; il ne lui appartient pas damener la moisson, c'est-à-dire l'avènement complet du rovaume, et l'on ne doit pas s'impatienter que cet avènement ne se produise pas tout de suite; c'est l'affaire de Dieu, comme le développement actuel et mystérieux du ro^'aume est son œuvre et son secret; il n'en est pas moins certain que la moisson viendra sans tarder; car on ne sème que pour moissonner; au moment voulu par la Providence, le semeur sera moissonnevir '. Ni les miracles ne sont exclus, ni les conditions morales de l'avènement en ce qui concerne les individus ne sont visées. La perspective de la parousie est prochaine, sans que l'on ait égard à la mort du Christ comme condition intermédiaire. Entre le temps des semailles, la prédication de l'Evangile, et le temps de la moisson, l'avènement glorieux du Messie, on place uniquement le travail de germination, le progrès de la parole et de la foi parmi les hommes, qui dépend de Dieu seul. On peut dire que le royaume est déjà sur la terre dans le grain qui pousse; mais il n'y est qu'en préparation. La réalité pleine du royaume est le grand avènement.
La pai'abole est donc parfaitement une et complète en elleluème ; elle renferme un enseignement qui convient au rôle historitpie de Jésus. Il serait arbitraire d'y voir un extrait pratiqué par Mavc sur la parabole de l'Ivraie dans Matthieu.
M.vTTii. xui, "24. Il leur proposa une autre parabole, disant : « Le rovaume des cieux est comparable à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ; 25. et pendant que les gens dormaient, son ennemi vint et sema de l'ivraie au milieu du froment, et il s'en alla. 26. El quand Iherbe eut poussé et qu'elle porta fruit, alors l'ivraie parut aussi. 27. Et les serviteurs du maître vinrent lui dire : « Seigneur, n"as-tu pas semé du bon grain dans ton champ? d'où vient donc qu'il a de l'ivraie? » 28. El il leur dit : « Un homme ennemi a fait cela. » Et les serviteurs lui dirent : « Veux-tu que nous allions la ramasser? » 29. Et il dit : « Non, de peur que, ramassant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. 30. Laissez croître ensemble les deux jusqu'à la moisson; et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Ramassez d'abord l'ivraie et liez-la en bottes pour la brûler; et recueillez le blé dans mon grenier. »
1. La perspective n'est pas colle de Jn. iv, 35-38. On ne voit pas bien coniuieut la parabole de Marc pourrait être sortie de Jn. xii, 24 (Rescii, II, ir)3-l')6i.
Ce récit est u proposé » au peuple ', dont Matthieu n'apas dit que Jésus se soit éloigné. L'explication du Semeur apparaît comme une conversation particulière entre le Sauveur et les disciples, 1 "évangéliste se réservant d'écarter Jésus de la foule, et de le ramener « à la maison » pour l'explication de la parabole qu'on vient de lire. Il faut interpréter le préambule comme dans la parabole de Marc : en réalité, ce n'est pas au propriétaire du champ que le rox-aume est comparé, mais plutôt au champ ensemencé. L'on veut sig-nifier qu'il arrive pour le royaume ce qu'on va voir dans l'histoire de ce propriétaire et de son champ. Ici les semailles sont faites quand le récit commence. Un propriétaire aisé, puisqu'il a de nombreux serviteurs, avait semé dans son champ du g-rain, c'est-à-dire du blé, et de bon blé, sans mélang-e de mauvaises graines. « Pendant qu'on dormait - », c'est-à-dire pendant la nuit, « son ennemi vint semer de l'ivraie par dessus et parmi le froment ». La nuit est le moment propice pour une telle action. L'on n'entend pas sans doute blâmer les gens d'avoir dormi, la nuit étant faite pour cela 3. L'auteur du méfait est l'ennemi du propriétaire, son ennemi personnel, et l'on dirait même qu'il n'en a pas d'autre'*. Sa besogne accomplie, l'ennemi est parti; il a eu soin de disparaître avant le jour, de façon qu'on ne pût le voir. Ainsi la présence de l'ivraie ne se constate que plus tard, quand la récolte a grandi dans le champ. On ne trouve pas ici l'opinion populaire, attestée chez les Grecs et dans le Talmud, d'après laquelle l'ivraie serait une altération du blé ; mais il est peut-être superflu de chercher quelle espèce botanique Jésus ou l'évangéliste ont pu avoir en vue '.
Quand le blé a commencé à monter '"', l'ivraie a pris le dessus, et les serviteurs, qui ne l'avaient pas vue tant que le blé était en
1. V. 24. aXÀriv r.xçjxi^oVq'j -apiOr,x£v ajtoï; £y<ov. Il résulte du v. 34 que ajTOÎ'ç se i-apporle au peuple ; d'après le v. 10, on pourrait croire qu'il s'agit des disciples; la solennité de l'introduction convient à un discours public.