‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 627 sur 829 · HOLTZMANN, loc . cU. Cf. Mt. VIII · texte numérisé non relu

HOLTZMANN, loc . cU. Cf. Mt. VIII

7. Cf. Dan. xii, 3. Ss. omet : « comme le soleil >>. S. Cf. Mr. XVII, 2.

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s'il avait révélé une des plus grandes vérités de la religion, Matthieu invite le lecteur à réfléchir : (( Oui a des oreilles entende ! » L'importance du sujet lui a paru mériter cette apostrophe, imitée du Semeur ', et qui est un peu solennelle pour un entretien du Christ avec ses disciples. Mais Tévang'éliste songe aux chrétiens de son temps bien plus qu'aux disciples de Jésus, et il propose à leur attention le spectacle du jug-ement, moins pour les effrayer que pour les encourager à la patience, et les prémunir contre le scandale : la gloire attend les justes ; s'il y a de mauvais chrétiens, il ne faut pas avoir souci de les exterminer ; c est affaire à Dieu de les punir, et il n'y manquera pas -.

Tout ce conimentaire est donc de l'évangéliste et n'aurait pas eu de signification dans la houche de Jésus. Mais ces idées ne sont pas seulement dans le commentaire ; elles sont déjà dans la parabole et en expliquent léconomie actuelle '. I^e propriétaire du champ, qui est pourtant un homme très riche, puis(|u'il a de nombreux serviteurs, a semé lui-même son champ : c'est que ce propriétaire est le Christ, et que la semence est l Evangile. Il n'arrive jamais que l'on sème d'ivraie dans les champs, à bonne ou à mauvaise intention ".on se l'explique néanmoins si l'ennemi est le diable, et s'il faut voir dans l'ivraie les faux frères. Il y aurait à dire aussi touchant l'apparition de 1 ivraie après seulement que le blé est déjà grand, ' lorsqu il porte fruit >k bien qu il ne soit pas mùr ' ; rien de plus naturel cependant si la pousse du blé représente la fondation des communautés, et la présence de l'ivraie les scandales qui se sont produits dans les communautés déjà constituées. Le propriétaire, qui a semé son champ, est censé ne l'avoir pas visité depuis ; il sait néanmoins d'oii vient livraie, tandis que ses serviteurs hésitent sur la conduite à tenir, comme si c était la première fois qu'on trouvât de l'ivraie dans un champ, et que les laboureurs palestiniens n'eussent jamais été en présence d'un cas semblable : c'est que Jésus, après avoir semé l'Evangile, a c|uitté son champ, c'est-à-dire la terre; ses serviteurs, les prédicateurs de rr^.A'angile, y sont demeurés, et ce sont eux

I. Siipr. V. it ; p. ~M. Ici Ss. 1> etc. mil <niy. xy.ojîr/. ■2. Cf. Mt. XXII, IO-t4, siij,!-. cil.

■i. .lilLICHEH, II, 0.')7.

i. On compare Me. iv. 2H, que Matthieu parait imilei'; mais le cas n'est pas le môme : on peut dire que le blé eu herbe est le t'ruit de la terre, non qu'il est son propre IViiil. on qu'il a [jour IVuil des épis qui ne sont pas miirs.

({ui demandent a leur Maître glorifié, qui saitdoù viennent les scandales deTKglise, ce qu'ilfaut faire de la semence diabolique, de ceux qui menacent loixlre des communautés et nuisent à leur édification. Unpaysanne demanderait pas s'il faut arracher jri\ raie : les serviteurs du propriétaire peuvent le demander, parce qu'il ne savent pas s'il faut rejeter impitoyablement hors de la société chrétienne tout membre négligent, suspect, ou pécheur; le dialogue, qui paraîtrait dépourvu de sens entre hommes des champs, devient très significatif, car l'on conçoit que les serviteurs-chefs de communautés veuillent savoir s'il faut tout de suite extirper l'ivraie, les prophètes et exorcistes de mauvais aloi, et que It maître-Christ recommande d'attendre le grand jugement. Le maître semble établir entre ses serviteurs et les moissonneurs une distinction qui n'a pas de raison d'être, s'il s'agit d'un propriétaire rural exploitant son domaine : la distinction est très fondée dans la pensée de l'éyaugéliste, parce que les serviteurs sont des hommes, les directeurs d'Eglises, et que les moissonneurs sont les anges, qui assisteront le Christ pour le jugement dernier ; cette distinction familière à Matthieu, se retrouvera dans la parabole du F'estin '. La précaution de ramasser l'ivraie en bottes pour la brûler, avant que l'on s'occupe du froment, ne répond à aucun intérêt du cultivateur • l'éloignement des pécheurs et des damnés est la condition du bonheur des justes et des élus ; on lie les bottes d'ivraie, comme on lie pieds et poings de l'homme qui était entré au festin sans robe nuptiale -, et ces bottes d'ivraie sont des catégories de pécheurs.

Aucim élément de la parabole ne reste en dehors de l'allégorie. comme il arrive en d'autres cas, où l'allégorie a été comme interpolée dans un récit parabolique. Le détail : « pendant que les hommes dormaient ». signitie que Satan fait ses coups dans les ténèbres. introduisant dans les communautés certains éléments de trouble et de corruption, sans cju'on l'ait prévu et qu'on s'en aperçoive; ce trait pourrait avoir d'ailleurs une signification allégorique plus précise, l'évangéliste entendant par « les hommes », non le maître. qui est Jésus glorifié, mais les serviteurs, les disciples, héritiers de FÉvangile, qui sont restés sur la terre ; Satan j)r()fite de leur

\. Mr. xxu, ;i, t, X, !(► {serviteurs^; 13 (ministres i 2. Mr, XXII. 13.

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inaction ou de leur inattention pour accomplir son (euvre funeste. Le sens de la parabole est donc identique à celui du commentaire. Parabole et commentaire appartiennent à 1 évangéliste, leur auteur visant une situation qui n'est pas celle de l'Evangile au temps de Jésus, mais celles des premières communautés chrétiennes après un assez long- temps de prédication apostolique. (]e cas unique d allégorie enseignée et expliquée par le Christ est dépourvu d'authenticité.

11 n'est pas probable cependant que lévangéliste ait inventé de toutes pièces le récit allégorique; il la plutôt construit sur une parabole plus courte ou une comparaison authentique '. La parabole de rivraie et celle du Filet sont visiblement parallèles, et Lévangéliste a voulu y retrouver le même sens ; elles présentent entre elles la même analogie que le Sénevé et le Levain, le Trésor et la Perle; elles pouvaient être associées dans la source de Matthieu, et Lévangéliste les aura sépaié'es, mettant celle de ITvraie à la place occupée dans Marc par la Semence, et réservant celle du Filet pour la conclusion du discours. Il aura connu une courte '< parabole de Tl vraie », selon que lui-même l'a désigne "^ et il l'aura développée en allégorie. Autant qu'on peut le conjecturer d'après la parabole du Filet, il était question dun champ de blé où poussait aussi de l'ivraie, et le triage de l'un et de l'autre était renvoyé k la moisson '. Mais il ne sufîit pas, pour obtenir cette parabole, de supprimer le personnage de l'ennemi et la partie du dialogue entre le maître et les serviteurs, qui se rapporte à son intervention ', car le récit entier peut tenir comme allégorie, et le récit mutilé ne tient pas comme parabole.

L apologue de l'Ivraie dans Matthieu se trouvant correspondre à celui de la Semence dans Marc, on a supposé que celui de Marc dériverait de Matthieu par suppression de 1 Ivraie ■' : hypothèse gratuite et invraisemblable, car l'idée de 1 ivraie dans le champ n'avait rien (jui pût choquer Maix, et la parabole du second Evangile, parfaitement équilibrée, ne se trahit pas comme une œuvre

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