‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 667 sur 829 · LA FILLE DE .ÏAIR · texte numérisé non relu

LA FILLE DE .ÏAIR

Ils savent bien que la jeune fille est morte, puisqu'ils sont là pour la pleurer, et l'assertion de Jésus leur paraît tout à fait ridicule. Ils quittent néanmoins la place, sur l'ordre qui leur est donné de sortir. Alors Jésus, avec Jaïr et sa femme, et les trois disciples, entre dans la chambre où Tenfant reposait inanimée sur son lit •.

Tous ces détails s'enchaînent de la façon la plus naturelle dans Marc. Même chez Matthieu, l'entrée de Jésus dans la maison, c'està-dire dans la salle commune où Ion organisait le deuil, se distingue assez bien, dès que l'on s'aide du second Evangile pour expliquer le premier ', de l'entrée dans le lieu où était l'enfant. C'est avant de pénétrer en cet endroit qvie Jésus prononce les paroles qui excitent la risée des assistants. Les gens, prenant ce discours à la lettre, s'imaginent que Jésus, pour se faire valoir, conteste la réalité de la mort, et qu'il va être confondu quand il sera devant le cadavre. Dans la pensée des évangélistes. il s'agit dune mort réelle, mais passagère, on pourrait presque dire guérissable, et qui, pour cette raison, doit plutôt être appelée un sommeil qu une mort. L'explication rationaliste qui voit dans l'assertion de Jésus un véritable dignostic, d'après un coup d'œil rapide jeté sur l enfant, qui aurait été seulement dans une sorte de léthargie •% vient se l)riser contre le témoignage formel de la tradition. Jésus n'avait pas encore vu l'enfant quand il a dit qu'elle n'était pas morte pour longtemps. On ne voit pas non plus que Jaïr ait pu donner de grands détails sur la mort de sa fille ; mais rien ne prouve que Jésus n'ait pas connu auparavant Jaïr et sa famille. L'enfant paraissait en danger de mort quand son père vint à Jésus ; on ne saurait dire si le malaise avait été subit, ce qui est possible, ou bien si c'était le dénouement d'une longue maladie, ce qui est possible également ; la mort avait été constatée autant qu'elle pouvait l'être par les personnes de l'entourage, et il faut supposer même un certain temi)s entre le moment de la mort et l'arrivée de Jésus, à moins que la catastrophe n'ait été prévue, et les pleureuses réunies d'avance. La mort de la fille de Jaïr ne peut plus être vérifiée ; elle ne l'a jamais été par une constatation rigoureuse : 1 hypothèse d une mort appa-

1. Me. (•(). aJTo: r,'z i/.jaX'ov -xvTa; ... î':j-oo£jîTa'. o-oj r,v t6 -a-.O'ov.

2. En lui-même, Matthieu serait incohérent ; v. 23, Jésus entre dans la maison et chasse les gens qui y étaient; v. 24, il entre encore et prend la main de l'enfant ; grâce à Marc, on s'explique la seconde entrée.

'^. (A. HOLTZMANN. 71», l.'îli.

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rente, longue syncope ou léthargie, est la seule admissible et peut s autoriser des paroles du Sauveur ; mais Jésus ne semble pas s'être assuré d'avance que l'enfant n'était pas morte réellement.

Luc a introduit dans cette partie de la narration un certain désordre, dont une critique sérieuse ne saurait se prévaloir pour infirmer la relation de Marc. D'après le troisième Evangile, Jésus, arrivé à la maison, ne laisse pas entrer la foule, mais seulement les trois disciples aA'ec Jaïr et sa femme : cependant celle-ci n'était pas dehors avec son mari. L'évang-éliste a confondu l'entrée dans la maison avec l'entrée dans la chambre de la jeune fille, et, après cela, tout semble contradictoire. Il ne devrait plus se trouver chez Jaïr que cinq personnes avec Jésus ; pourtant la maison est encore pleine de gens qui se lamentent : ce sont les musiciens et les pleureuses, dont la présence et l'expulsion auraient dû être signalées plus tôt. Jésus leur dit de se taire, comme dans Marc ; mais comme ils devraient être déjà dehors, l'évangéliste ne dit pas qu'on les fit sortir, et que Jésus entra ensuite dans la chambre de l'enfant. On dirait que le miracle a été fait devant tout le monde, et la défense d'en parler, qui vient à latin, est tout à fait inconcevable. Cette confusion ne prouve jrien, sinon que Luc dépend du second Evangile et n'a pas su le copier fidèlement.

(Cependant Jésus vient près de la morte, lui prend la main ' et dit : « Enfant, lève-toi d. Marc a tenu à conserver, sauf à la traduire ensuite, la formule araméenne : Talitha kouin -, dont Jésus se servit en cette occasion. Les mots: « je te dis », ont été ajoutés inconsciemment par l'évangéliste traducteur. Aussitôt l'enfant se lève et se met à marcher dans la chambre. Marc observe qu'elle pouvait bien marcher, vu qu'elle n'était plus toute petite, ayant douze ans ^. Luc, qui a transposé cette indication au commencement du récit, dit que la vie ou plutôt l'esprit de l'enfant revint à l'appel de Jésus ^. L'idée

1. (>f. Me. IX, 26-27. « Solemus enim eoi'um quos dormientes aul aegrotantes excitare et levare volumus, manum apprehendere, sicut idem Cliristus socrum Pétri decumbentem apprehensa erexil manu. » Maldonat, I, 204.

2. V. 41. Taxiôà /.oj[x i^nBCL). AD, etc. ont xouat. L'omission accidentelle de -. est aussi facile à expliquer que l'addition. Araméen, iQlp NT'S'iD.

3. V. 42. La rencontre de ces douze ans avec les douze ans de la maladie de riiémorroïsse doit être fortuite. Rapprocher l'enfant de la Sunamite, qui " était déjà grand » (II Rois, iv, 18), mais dont l'âge n'est pas indiqué.

4. \ . 5."). /.al £:i£atp£'}£v xô 7i:v£Ù';j.a aùxrjç. Cf. xxrii, 46. Le mot ::v£utAa est ici l'équivalent de ij/rl dans I Rois, xvii, 21-22 ; Act. xx, 10.

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de Marc el de Matthieu est plus simple, le corps et la personne de l'enfant ne se distinguant pas, et l'esprit de la morte n'ayant pas eu le temps de s'éloigner du corps. La stupéfaction des parents est facile à comprendre. On ne dit rien de Tétonnement des disciples, qui, ayant vu déjà toutes sortes de miracles, furent sans doute moins surpris. Jésus recommande instamment aux parents de ne pas divulguer le fait, c'est-à-dire de ne pas raconter ce qui s'est passé. La discrétion des disciples était assurée, et il n'est pas question d'eux non plus à ce propos. Enfin Jésus prescrit de faire manger l'enfant '. C'est sur ce détail singulier, qui semblerait porter en lui même le témoignage de sa vérité, que se termine le récit de Marc. Luc '^ en fait comme le complément de la i-ésurrection : aussitôt levée, l'enfant mange.

Que ce trait montre que Jésus voyait dans toute cette affaire un accident causé par la croissance, et qu'il ait pour ce motif, en sage médecin, conseillé aux parents de bien nourrir leur enfant ', rien n'est moins certain La façon dont cet ordre est présenté par Marc donnerait plutôt à penser qu'il était inspiré par le même motif que la recommandation du silence. 11 ne faut pas traiter l'enfant en ressuscitée, en oubliant qu'il lui faut vivre ; mais on doit se comporter comme si elle s'éveillait après un long sommeil, et penser qu'elle a besoin de manger. Elle a faim ; qu'on lui donne tout de suite ce que son estomac réclame, et que la maison du chef de synagogue reprenne son train oi'dinaire, comme si rien ne s'était passé. Si Jésus défend de raconter ce qui est arrivé, c'est pour qu'on ne fasse pas bruit du miracle, et qu'on ne le prône pas comme une résurrection. Dira qui voudra que l'enfant n'était pas tout à fait morte ; on n'y contredira pas. Jésus ne tient pas à ce qu'on le croie venu pour ressusciter les morts, comme il guérit les malades, et il craint que la renommée d'un prodige si extraordinaire ne provoque mal à propos un mouvement dans l'opinion publique. Un assez grand nombre de personnes avaient entendu dire que la tille de Jair était morte ; mais quelques-unes seulement avaient eu accès près de l'enfant, et ce que Jésus lui-même avait dit pouvait aider à croire qu'elle n avait été ([u'évanouie. Si les parents ne parlaient pas,

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