Mr. XII, iV. supr. cit
886 LKS ÉVAN(;iLh;s SVNOPllOUES
3'2. Quiconque donc 8. tlt je vous (le) dis, Makc:, viii,38. u Car
m'avouera devant les quiconque m'avouera si quelqu'un a honte
hommes, je l'avouerai, devant les hommes, le de moi et de mes pa-
moi aussi, devant mon Fils de l'homme aussi rôles parmi cette j^éné-
Père qui est aux cieux. l'avouera devant les ration adultère et pé-
33. Et celui qui me re- anges de Dieu. 9. Et cheresse, le Fils de
niera devant les hom- quiconque me reniera l'homme aura honte de
mes, je le renierai, devant les hommes sera lui lorsqu'il viendra
moi aussi, devant mon renié devant les anges dans la gloire de son
Père qui est aux de Dieu. >• Père, avec les saints
cieux. » anges. •>)
Matthieu n'a rien trouvé de mieux, pour la liaison tle ce morceau avec ce qui précède, que la formule : « Ne les craignez donc pa.s n, empruntée aux conseils ([uil va reproduire. Il n"v a pas lieu de craindre un mal connu d'avance et inévitable: il faut se préparer à le supporter courag-eusement. On ne voit pas du premier coup le le rapport de cette idée avec ce qui suit : i< Rien n'est caché qui ne doive être découvert. » ( )n ne peut pas song-er autrioniphe de l'Evangile, ni même k la manifestation des bons sentiments qui inspirent les apôtres. Dans la pensée du rédacteur, on dirait (juil sag-it du caractère inéluctable de la persécution, qui doit être attendue sans trouble parce qu'il est de nécessité providentielle quelle arrive et paraisse au jour. Mais ce qu'on lit ensuite montre que 1 application de la sentence proverbiale : «Tout secret est pour être découvert », vise l'objet même de la prédication évangélique. la vérité que Jésus confie aux apôti-es, et qu'ils devront un jour annoncer au monde. Le Sauveur emploie des termes métaphoriques : « ce qui est dit dans l'obscuritc', à l'oreille ». est l'enseig-nement qu'on suppose donné aux apôtres seuls ; cet enseignement devra être prêché sur les toits, c'est-à-dire proclamé devant tous ouvertement. La liaison réelle des idées est donc : le Fils de l'homme viendra bientôt; il ne faut pas avoir peur de la persécution, mais proclamer la vérité de l'Evang-ile, qui, enseig'née maintenant dans le secret, est faite pour cette manifestation et la réclamera. L'application primitive de la .sentence touchant le secret qui doit être connu, paraît avoir été autre '. Jésus n'avait pas d'enseig-nement ésotérique, et c'est plutôt la tradition qui aura compris de cette manière ses paraboles et la réserve
I. Cf. Me. IV, 2:1; Le. vin, I(>-I7: Mr. \, t}-l(i: s///>/\ |)|). 7(iO, ."itil.
LA MISSION DKS DISCll'LES 887
gardée par lui tt)uchant sa qualité de Messie. Mais si cette qualité devait être dévoilée plus tard, ce n'était pas. dans l'esprit de Jésus, en tant que thème denseig-nemenl. c était |)ar la manifestation finale du royaume et le i^rand jui^emenl.
La troisième l^vangile supj)ose dans la source tout ce qu on lit dans Matthieu, sauf la formule de transition ; mais Luc semble avoir retouché un peu plus le texte, pour satisfaire aux exig-ences de sa combinaison rédactionnelle. Après un discours contre les pharisiens. Jésus dirait à ses disciples, en présence de la foule : « Gardez-vous du levain des pharisiens, qui est l'hypocrisie ' » ; et il continuerait ; " Rien nest caché qui ne doive être découvert » L'évangéliste veut donc sigiiilier que l'hypocrisie est inutile, et que l'on aurait tort de vovdoir cacher ([uoi que ce soit, attendu que tout ce qu on cache est pour être connu. De là -, en ce qui concerne l'I^^vang-ile. une application assez détournée : ce que les disciples auront dit dans l'obscurité sera entendu à la lumière, et 1 on prêchera sur les toits ce qu'ils auront dit dans les chambres. Les précautions des missionnaires évang-éliques n'ont rien de commun avec l'hypocrisie. Mais il est à noter que ce ne sont pas les disciples qui sont invités ici à prêcher publiquement. Lévangéliste semble avoir pensé que la prédication des apôti'es n'avait pas eu cet éclat, et que la j)ublicité de rEvan<J^ile n est veiuu' que plus tard, si tant est qu'elle ne soit pas réservée à l'avenir. Ainsi la recommandation de n'avoir pas peur est moins bien introduite, les disciples n ayant pas besom d'un si grand courag'e pour prêcher dans les maisons particulières. Dans Matthieu, Jésus semble recommander à ses disciples un courag^e qu'il n'aurait pas lui-même '■'■. et dans Luc un courag'e qu'il n'auront pas à pratiquer. (7est peut-être (jue la manifestation de l'Evang'ile n'était pas d'abord la prédication des missionnaires, mais l'avènement du royaume, et la recommandation du courag-e était coordonnée seulement à cette dernière idée. Que les discij)les parlent sans crainte comme leur Maitre : leur existence et le triomphe de l'Evangile sont
l. XII. 2. Me. vm, lij : Mi. xvi, 0.
i. V. 3. avO"(.)v 03a iv if^ t/.'j-.:». l'i-x-i v.z'k. I.a locution conjonctive a été diversement expliquée. Elle est imitée du langage des Septante, oîi elle traduit l'hébreu l'^rx ly*, <• parce que » cf. i. K); xix, 44; Act. xii, 2.3 ; mais elle ne peut signifier ici que : « cest |)()ui(|uoi •■ cl'. .Irr>. ix. 3 . non ■ au lieu que ».
H. .Tiii.if:nKH, 11, ".IT.
assurés à travers la mort '. Jésus n a pu parler ainsi que dans les derniers temps de son ministère. On dirait que Luc s'aperçoit qu'il a dépassé la perspective historique du discours, et qu'il veut y rentrer en faisant dire au Sauveur : « Et je dis à vous, mes amis - », ce qui précède n'ayant pas d application pour eux.
Si les disciples ne peuvent attendre des hommes que la haine et la persécution, ils doivent savoir aussi que la puissance des persécuteurs ne va pas loin. Les hommes ont pouvoir sur le corps, mais il n'atteignent pas l'àme. Dieu seul est le maître de l'âme et du corps; lui seul peut, au jour du jugement, précipiter lune et l'autre dans la damnation éternelle '. Cette distinction si accentuée de l'âme et du corps a-t-elle déplu ii Luc? Toujours est-il qu'il la supprime, et non sans intention. Au lieu de dire que les hommes ne peuvent tuer l'âme, il dit que les hommes ne peuvent rien de plus que tuer le corps; au lieu de dire que Dieu peut livrer l'âme et le corps au châtiment infernal, il dit que Dieu n'a pas seulement pouvoir défaire mourir, mais de jeter en enfer '. On est bien tenté de penser que Luc a corrigé les formules en vue d'une anthropologie et d'une eschatologie autres que celles de la source "". Il n'a pas voulu dire que le mort, avant la résurrection, soit une âme sans corps, ni surtout laisser entendre que les pécheurs ne seront pas jetés en enfer avant le jug^ement dernier : l'individu, qu'il ne faut pas se représenter comme une ombre qui dort jusqu àla résurrection, peut être jeté en enfer aussitôt qu'il a quitté ce monde. La même conception de la destinée d'outre-tombe se retrouvera dans la parabole de Lazare et dans la promesse de Jésus au bon larron ''.
Même dans la sphère limitée où s'exerce leur pouvoir, les hommes ne sont nuisibles qu'en la mesure permise par la Providence, à qui
1. Le rapport au seul Évangile, prêché par .lésus et ses disciples dans des conditions obscures, et qui le sera plus tard libi-ement (Jïilicher, loc. cit.), serait une idée un peu abstraite.
2. V. 4. Xéyto §3 jatv Totç stXoi; uoj. Heprise analogue dans vi, 27 ; siipr. p. 554. i. Mt. 28. /.a'. aTj ^oSsiaGé xm xwv à-oy.Tîvvo'vT'ov -ô atojjia, ttjv oï ■I''j-/r|V u.yj Suva-
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4. V. 4. ijLYi çooTjôrjtî àzo TÔJv a7:oxT£vvfjvTwv to ao)[j.a /.ai aetà tauta a), îyo'vrwv 7t£piaaÔT£pdv -•. -o'.fjaat. 5... «po8Tj6fJT£ xov |i.£tà tÔ à;îO/'.T£Ïvat k'^ovra IÇouatav £tj.8aX£tv st; TTjV Y££vvav.