‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 806 sur 829 · V, 1-20; supr.p · texte numérisé non relu

V, 1-20; supr.p

L'impression fâcheuse; mais on aurait probablement tort de supposer que la population soit maintenant sympathique à Jésus, parce que les discours de l'ancien démoniaque auraient produit leur elVet, ou parce que la renommée du Sauveur se serait répandue dans le pays. Il est superflu de chercher l'explication historique de circonstances qui ont chance de ne pas appartenir à l'histoire. Le sourd guéri et les témoins de sa guérison étaient des Juifs, selon la tradition primitive du miracle ; mais on n'a pas besoin d'invoquer le mélange de population dans la Décapole. La guérison du sourd et la multiplication des pains, en tant que données traditionnelles, paraissent avoir été sans indication précise de temps ni de lieu. Dans la combinaison de Marc, ce sont des miracles qui se rattachent au voyage de Jésus en pays païen, pour symboliser la proposition de l'Evangile aux nations.

La mise en scène de la guérison demeure très vague. D'après le préambule, mais non d'après le récit même, Jésus est censé dans un endroit quelconque de la Décapole ; il est entouré d'une foule qui doit venir aussi de ce pays, quoiqu'on ne le dise pas; des gens lui amènent un sourd-muet pour qu'il le guérisse par l'imposition des mains'. Jésus commence par prendre l'infirme à l'écart, ne voulant pas faire le miracle en public^. On voit, du reste, par la suite, que les solliciteurs avaient cru la chose plus facile qu'elle n'était. Le sourd-muet ne sera pas guéri par une simple imposition de la main; en vue de la surdité, Jésus lui met ses doigts dans les oreilles; en vue du mutisme, il prend de sa propre salive et lui en applique sur la langue 3. La salive, pour ce cas spécial, et dans cette

1. V. 32. zal çpipo'jaiv auTw (cf. ii, 3) xwoôv xai ij.o-,".ÀâÀov, xal -apa/.aÀcijj'.v aùtôv ;va Ir.i^rl aÙTw r>iv y £Ïpa (cf. v, 23). u-ojCAiloi est à interpréter conimedans Is. xxxv, 6 (LXX), où il traduit riiébreu D^X « muet », non d'après le sens étymolojjique : « parlant difficilement ». Cf. Mt. ix, 32-33; xii, 22. Marc, v. 37, dira âXaXo;.

2. Cf. VIII, 23 ; infr. p. 1008. Inutile de chercher l'explication de cette réserve dans les circonstances particulièi-es de lieu et de temps.

3. V. 33. 's'PaXsv Toù; ôaxxûXouç aùtou dç xà wxa aùtoû' xal ;:Tijaa; TJiaTO Trj; yXwaaïi? auTou. Le rapport de ces actes n'est pas clair. Ss. : « il mit ses doigts et lui cracha dans les oreilles, et il toucha sa langue. » Cf. ms. W : ït.tjqvj e!; tojç oazT'jXou; aùroy zaî "spaXev stç xà wxa tou zwooj y.ai fj'i/axo xrji; yXwasri; xou [xoYiXâXou' Jésus a craché sur ses doigts; mais l'évangéliste a-t-il cru que la salive avait dû être appliquée d'abord aux oreilles? Certains critiques jugent cette manière d'agir plus naturelle. Il est pei'mis d'en douter.

occasion, tient la place de l'huile dans d'autres cures '. Ce n'est pas un symbole, mais un remède. Les actes du Sauveur n'expriment pas seulement l'intention de guérir l'infirme, mais ils sont des moA'ens simples par lesquels cette g-uérison pourra être opérée, s'il plaît à Dieu. C'est pourquoi Jésus lève les yeux au ciel et soupire, adressant à son Père une prière^. Ensuite, il commande avec confiance : « Ouvre-toi d, ce qui doit s'entendre par rapport aux oreilles et k la surdité. Le mutisme, causé par la surdité, disparaîtra en même temps. En efîet, les oreilles du sourd devenant libres, la langue du muet l'est également, et, au lieu de proférer des sons inarticulés, il parle maintenant comme il faut •^.

On a souvent accusé Marc d'avoir matérialisé les miracles, princi paiement celui-ci et celui de l'aveugle de Bethsaïde, comme si les tableaux qu'il trace n'étaient pas beaucoup plus vraisemblables que ceux qu'on imagine. Bien que Matthieu et Luc aient déjà pu être choqués de détails qui leur semblaient peu conformes à l'idée d'un parfait thaumaturge, il n'en est pas moins vrai que l'attitude de Jésus est bien celle qui convient à son caractère, au jUiilieu et au temps. Jésus n'entend pas se donner pour un faiseur de merveilles et un individu tout-puissant. S'il n'use que de sa volonté, exprimée dans un ordre impératif, pour chasser les démons, c'est que les démons sont des êtres personnels, et qu'il doit les chasser pour guérir les possédés. En présence de maladies communes et d'infirmités, il ne procède point par décisions autoritaires ; mais, suivant les cas, il laisse agir la foi de ceux qui l'implorent, et attribue à cette foi la guérison obtenue, ou bien il se comporte comme un médecin confiant en Dieu, qui réaliserait une cure extraordinaire par ua remède vulgaire, avec l'assistance divine. Il ne considère pas ces guérisons, en tant qu'elles viennent de lui, comme des signes de toute-puissance, et il ne désire pas qu'on les prenne ainsi.

L'évangéliste, en gardant le mot araméen « effata » ^, montre qu'il attribuait une certaine efficacité au mot comme tel. On n'est pas autorisé pour autant à prononcer le mot de magie ^. Car il est

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