XII
De même que Jésus a eu controverse avec les pharisiens après la première multiplication des pains, il a disputé avec eux après la seconde. La demande de signes fait pendant à la querelle touchant l'ablution des mains. Pas plus cette fois que la première, Marc ne dit d'où sortaient les pharisiens, et la liaison de ce récit avec le précédent n'est pas très étroite. L'évano^éliste paraît combiner à son gré les anecdotes traditionnelles, afin de montrer l'hostilité croissante des pharisiens, et surtout d'amener des paroles importantes du Sauveur. Le progrès de l'hostilité pharisaïque saccuse en ce que, non contents de faire à Jésus des observations touchant la conduite de ses disciples, ils commencent à le prendre directement à partie, lui demandant des preuves certaines de sa mission , comme s'il n'avait pas fourni ces jjreuves depuis longtemps. Ils veulent un miracle extraordinaire, un signe du ciel, persuadés sans doute que Jésus ne pourra ni ne voudra donner un tel signe, et tout prêts à exploiter contre lui son impuissance ou son refus, le refus n'étant pour eux qu'un aveu d'impuissance. C'est pourquoi lévangéliste dit qu'ils (( l'éprouvaient » ouïe « tentaient' ». Pareille demande a déjà été faite antérieurement dans Matthieu, et Jésus y a répondu de la façon qu'on va lire dans Marc. Il s'agit de la même anecdote traditionnelle, que Matthieu raconte une première fois, d'après le recueil de discours, qu'a aussi exploité Luc, et une seconde fois, d'après Marc. Marc lui-même avait dû la prendre dans la source où Matthieu et Luc l'ont retrouvée plus tard.
1. 11. \'. -î'.oîEîrovTïÇ aJro'v. Addition du rédacteur. Cf. Mr. xii, 38.
Marc, viii, 11. Matth. xii, 38. Matth. xvi, 1. Luc,xi. (16. l'^L Et les pharisiens Alors quelques- Et s'approchant, d'autres, pour le sortirent, et ils se uns des scribes les pharisiens et tenter, luidemanmii^ent à disputer et des pharisiens les sadducéens, daient un sit;ne avec lui, lui de- lui répondirent pour réprouver, du ciel...) 29. El mandant un signe en disant :« Mai- lui demandèrent la foule s'amasdu ciel, pour tre, nous dési- de leur faire voir sant, il se mil à réprouver. l'2. rons voir un si- un sig-ne du ciel, dire : « Celte Et soupirant en gne de toi. » 39. "2. Et lui, répon- génération est son esprit, il dit: El lui, répondant, dant, [leur] dit: une génération « Pourquoi cette leur dit :« Gêné- « [Le soir venu, mauvaise; elle vénération de- ration mauvaise vous dites : « Il demande un simande-t-elle un et adultère ré- fera beau, car le gne, et aucun signe? En vé- clame un signe, ciel est rouge; » signe ne lui sera rite je vous dis, et aucun signe ne 3. Et le matin : donné, si ce n'est il ne sera pas lui sera donné, «Mauvais temps le signe de Jouas, donné de signe à si ce n'est celui aujourd'hui, car 30. Carde même cette g-énéra- de Jonas le pro- le ciel rougit tris- que Jonas a été tion. » 13. Et les phète. 40. Car de tement. « De signe aux Niniquittant, il s'em- même que Jonas Faspect du ciel viles, ainsi sera le barqua de nou- a été dans le vous savez ju- Fils de l'homme à veau (et) partit ventre du pois- ger; mais des celte génération, pour l'autre rive, son, trois jours signes des temps 31. La reine du et trois nuits, vous ne pouvez.] Midi se lèvera ainsi le Fils de 4. Génération dans le jugement l'homme sera mauvaise eladul- avec les hommes dans le cœur de tère demande un de cette générala terre, trois signe, et aucun tion, et les conjours et ti'ois signe ne lui sera damnera, parce nuits. 41. Les donné, que le qu'elle est venue hommes de Ni- signe de Jonas. » des extrémités de nive se lèveront Et les laissant, il la terre pour endans le jugement s'en alla. tendre la sagesse avec cette génération, et la con- de Salomon; et il y a ici plus que damneront, parce qu'ils se sont Salomon. 32. Les hommes de Niconvertis à la prédication de Jonas ; nive se lèveront dans le jugement et il y a ici plus que Jonas. 42. La avec cette génération, et la conreine du Midi se lèvera dans le juge- damneront, parce qu'ils se sont conment avec cette génération, et la verlis à la prédication de Jonas; et condamnera, parce qu'elle est venue il y a ici plus que Jonas. » des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon; et il y a ici plus que Salomon. »
Dans Marc, le refus du signe est absolu', et il n'est point parlé du signe de Jonas, tandis que Matthieu, tout en suivant Marc, le rappelle, comme pour se mettre d'accord avec la version qu'il a précédemment rapportée. En répondant aux pharisiens, Jésus soupire profondément en son esprit ^, c'est-à-dire qu'il pousse un soupir qui vient du fond de son âme, ou plutôt peut-être que l'Esprit qui est en lui l'éclairé sur les intentions des pharisiens ', provoque aussi en son cœur un sentiment de tristesse, et lui sug-gère la prophétie douloureuse qui est sous-entendue dans le refus de sig-ne. Il déplore l'endurcissement de ces hommes qui réclament un grand miracle, avec l'espérance de ne pas l'obtenir, et dans la disposition de n'y pas croire, pour le cas où le prodige viendrait à se réaliser. Les signes du ciel, ou les signes se produisant du ciel en terre, sont réservés pourl avènement glorieux du Messie^; ils ne sont pas nécessaires maintenant aux âmes de bonne volonté pour reconnaître que le royaume des cieux arrive. Jésus se dérobe aux perfides instances de gens malveillants et incapables de le comprendre ; il remonte dans la barque pour passer à l'autre bord du lac, c'est-à-dire à quelque point de la rive orientale, si toutefois Dalmanouthaest sur la rive occidentale, et si c'est à Dalmanoutha qu'il a rencontré les pharisiens.
Dans Matthieu, le Sauveur, que l'on pourrait croire parti seul de la montagne où a eu lieu la seconde multiplicalion des pains, comme il est resté seul après la première, et arrivé pareillement seul à Magadan, aurait rencontré en ce lieu un groupe formé de pharisiens et de sadducéens. La présence de pharisiens en terre à moitié païenne serait déjà surprenante, et l'on supposerait gratuitement qu'ils ont fait violence à leurs scrupules pour inquiéter Jésus dans sa retraite. Mieux vaut admettre que la localisation de l'incident n'est certaine dans aucun Evangile. Daiis l'autre version, la demande est censée avoir été faite à Capharnaiim, où l'on n'est pas étonné de trouver des pharisiens. L'intervention
1. V. 12. La formule v. oo()r,i-.-x'. Tf; ysvîà TauTTj ir,'i.v.o'^ est hébraïsante (cf. IIébr, III, H); elle implique une sorte de serment qui pouvait être inconscient dans l'usage; àijLriv Xlyw uaiv ferait double emploi avec un serment. Cf. supr. p. 565, n. 3.
2. Me. 12. àva^TcvdcÇa; tw -v£'j|xar'. aCroù. Ss. « il fut irrih'- en esprit «. .3. Cf. II, 8 ; supr. p. 477, n. 2.