‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 818 sur 829 · JoN. m. r · texte numérisé non relu

JoN. m. r

Ce qui est dit des Ninivites au jug-ement dernier ne prouve pas que le sig-ne ait été, dans la source commune, celui qui est indiqué par Luc. Il est vrai que Matthieu, parlant plus loin du signe de Jonas, ne répète pas l'explication particulière qu'il donne en cet endroit ; mais c'est qu'il la suppose toujours présente à l'esprit du lecteur. On a vu que Marc ne parle pas de Jonas, soit parce que la formule : « pas xl'autre sig^ne que celui de Jonas », lui a paru équivalente à : « pas de signe du tout », et qu il aura mieux aimé le dire sans figure que de commenter la parole énigmatique du Sauveur au moyen d'une glose analogue à celle de Luc ; soit qu'il n'en ait pas encore trouvé mention dans le recueil de discours. Ou bien le premier rédacteur tie cette source et Marc n'en ont pas connu l'interprétation de Matthieu, ou bien ils n'en ont pas été satisfaits. L'explication de Luc paraît être une atténuation ' voulue de celle de Matthieu, qui aura été interpolée dans la source avant que le premier et le troisième Evangile fussent écrits ; ce que dit Luc n'est pas appréciable comme signe ; ce rédacteur n'aura pas eu seulement le souci d'éviter le ■ïîiiracle de la baleine, mais il aura pensé aussi que l'application symbolique de ce signe à la résurrection était mal venue, Jésus n'étant resté dans la tombe qu'un jour et deux nuits à peine ; c'est à une dénégation simple que s'adaptent les exemples des Ninivites et de la reine de Saba, qui ont cru sans aucun signe. Le nom de Jonas aura évoqué le poisson : de là le signe de Jonas avec l'appli- <;ation que Matthieu a retenue. Cette application peut correspondre au même courant ou à la même étape de la tradition que les passages de Marc où on lit que le Christ doit ressusciter « trois jours après » sa mort.

Selon Matthieu, de même que Jonas a été trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, Jésus sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre '-. Comme les Juifs ne croiront pas à la résurrection, qui arrivera lorsque le Sauveur aura séjourné dans

1. Cette explication a un certain vague, inaccoutumé dans le langage de

Jésus; et la forme du discours : xaOw; yàp âyÉvîTO 'l'ovà? oCirw; ïa-rat y.%[ ô

Âjîô; Tou àv6p(o-oj...., parallèle à Mt. 40, donne à penser que Luc a connu la -glose de celui-ci et la corrigée. Cf. Wellhausen, Mt. 64.

2. V. 40. oJj-£p yip (Ss. <( et comme ») rjv 'lîovaç èv x^ zotXîx tou xriTou; toeîç T^^éç/T.: zat xoeïç vûxia; (cf. Jon. ii, 1), ojiw; ïitt.i ô uîô; toj àv6f oj-ou Èv tt} y.apSfa "^■'i? Y?,? Tostç f,[x£pa; zal TpsT; vjZTaç.

la tombe, ou plus exactement lorsqu'il sera descendu et qu'il aura demeuré dans le séjour des morts ^ ils seront condamnés à cause de leur incrédulité, que fera ressortir, au jour du grand jugement, la foi des Ninivites. Mais Jésus n'a certainement pas annoncé luimême qu'il resterait trois jours et trois nuits parmi les morts ; et l'on ne peut pas dire que la locution : « trois jours et trois nuits », soit employée par manière de proverbe, et pour un très court espace de temps '-; car l'allusion au fait de Jonas est précise, et le compte de Jonas est rigoureux. Il n'est pas vrai non plus que le séjour de Jonas dans le ventre du poisson ait été donné comme signe aux Ninivites, et l'on ne voit même pas qu'ils en aient eu connaissance ; ce miracle n'a été un signe que pour le prophète. Et il n'est pas plus vrai que la résurrection du Christ ait été un signe pour les Juifs, puisque ce n'est pas à eux qu'il s'est manifesté. Jésus ne se compare pas sortant du tombeau à Jonas sortant du poisson ; il oppose Jonas, écouté dans Ninive, au plus grand que Jonas •^, c'està-dire à lui-même, non écouté actuellement par les Juifs. Au jour du jugement les Ninivites seront sauvés parce qu'ils ont cru à Jonas ; les Juifs seront damnés parce qu'ils ne croient pas à Jésus.

L'analogie indiquée entre le séjour de Jonas dans le ventre du poisson, et le temps écoulé entre la mort et la passion du Christ, est donc étrangère à l'enseignement que Jésus veut donner ici. Une interprétation figurée du fait de Jonas, acceptée de bonne heure par la tradition ^, et recueillie par un évangéliste curieux de prophéties, aura été introduite dans le discours du Sauveur, comme les mots : « sauf en cas d'adultère '' », ont été intercalés par le rédacteur dans la déclaration relative au divorce, et comme bien d'autres passages explicatifs ont été ajoutés au texte primitif des discours évangéliques.

1. Cf. Wellhausen, Mt. 64. èv -^ zapoîa x^; yf,; (cf. Eph. iv, 9) ne désig'ne pas le tombeau, mais les enfers, bien que la formule soit amenée en parallélisme avec Èv xo'.Xia Tou xTirou;. Noter dans Jox. ii, 3, 4 (LXXi les expressions Ix xo'.Àia: <x8ou, s'.ç [ii%ri xapSîa; OaXaacjr);. Mt. 40, est parallèle à I Pir;n. m, 19; le rapport avec Le. xxiir, 43 (Schanz, Mt. 333), est plus sujet à caution.

2. B. Weiss, E. 80, renvoyant à Os. vi, 2, cas tout différent.

3. Mï. 41 (Le. 32). xal tooj ttàïïov 'l'ovà wôs. V. 42 (Le. 31).xa!. îooj -).£tov SoXo- [j.wvoç (o8e.

4. 11 est tout à fait singulier que s. Justin, D'ml. 107, parlant du signe de Jonas conformément à Mt. 39, ne le reproduise pas, et se borne à dire que la résurrection au troisième jour demeura cachée pour les auditeurs.

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