‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 822 sur 829 · Wellhausen. Me · texte numérisé non relu

Wellhausen. Me

1002 LES ÉVA^GILES SYiNOPÏlQULS

jjarole de Jésus comme une allusion k leur oubli. On sig-nifie seulement qu'ils n'y avaient rien compris, sinon qu'ils ne devaient pas se fournir chez les pharisiens ou chez les hérodiens, personnag-es malveillants qui pourraient mettre on ne sait quoi dans la pâte ; et ce qu'ils voyaient plus clairement encore, c'est que, à propos de levain, ils n'avaient pas les pains qui leur étaient nécessaires. Jésus relève promptement leur erreur, et combat leur inquiétude. Il compare leur inintellig-ence à celle du peuple, leur appliquant même les termes qui ont caractérisé, à propos des paraboles, l'aveuglement des Juifs '. Marc veut accentuer la sig'nifîcation de ce blâme, dont Matthieu a raccourci et atténué l'expression.

Comme s'il voulait montrer aux- disciples combien ils ont tort de songer au pain matériel qui leur fait défaut, Jésus leur remet en mémoire les deux multiplications de pains : auraient-ils donc oublié ces deux repas miraculeux, et le nombre de corbeilles et de paniers qu'ils ont remplis avec les restes? S'ils s'en souviennent, ils devraient penser que leur Maître parle dun levain spirituel, de Tesprit pharisaïque et de l'esprit d'une politique mondaine, qui sont un pain empoisonné, un pain de mort, tandis que l'Evangile de Jésus est le pain de vie. On remarquera que la conclusion ne s'impose nullement, à moins que les multiplications de pains ne signitient les biens spirituels de l'Evang-ile. Si l'on veut que les disciples ne s'inquiètent pas du pain matériel, ce n'est pas raison pour qu'ils sachent ce qu'est un levain spirituel ; mais ce n'est pas leur souci du pain matériel qui est sig-nalé, c'est leur inintellig-ence de ce qui est signifié par le pain aussi bien que par le levain -. S'ils entendaient ce que signifient les pains, ils entendraient aussi ce que signifie le levain. Les disciples ne comprennent toujours pas. Ils se rappellent fort exactement le chiffre des corbeilles qui ont

i. Cf. vv. 17-18, et i\\ i2,suj>r. p. T.'H i vi, 52 ; vu, 18) ; le v. 18 est imité directement de Jkr. V. 21 ; Éz. xii, 2.

2. Le discours attriijué à Jésus ne [jroiiverail rien contre l'historicité des deux miracles, s'il était authentique, vu qu'il suppose à la fois la sig-nification profonde et la réalité des faits. Comme alUision à une parabole (?) où Jésus aurait figuré par la double multiplication des pains l'inépuisable fécondité de la parole (W. Sc.hmiedel, EB. II, 1882), ce discours n'aurait aucun sens (cf. supr. p. 938). Noter l'emploi des deux mots différents pour les corbeilles : Me. 19, xosi'vou;, correspondant à vi, 42; et 20, 7:r'jp;0'.ov, correspondant à vin, 8. Cf. su/>7'. pp. 90-91.

été remplies de restes; mais ils ne voient rien au delà, et la dernière question de Jésus : <( Ne comprenez-vous pas encore '? » demeure sans réponse. Le cas est plus extraordinaix'e que les deux précédents où l'on a vu les disciples solliciter des explications -; après la parabole du Semeur, et après la déclaration sur les choses qui souillent l'homme, ils ont compris le commentaire que Jésus leur a donné. Cette fois, la lumière ne se fait pas dans leur esprit, malgré l'explication qui leur est sug-gérée. Le parallélisme des situations n'en tend pas moins à mettre les multiplications des pains sur le même pied que les paraboles; bien que l'évangéliste les ait racontées comme réelles, il les entend en symboles.

Matthieu, secondaire par rapport à Marc, ne fournit pas la clef de cet épisode singulier. A considérer l'économie apparente des récits dans le premier Evangile, on croirait que Jésus parti seul et le premier après la multiplication des pains, pour aller à Magadan, est rejoint par les disciples au moment où il vient de quitter les pharisiens et les sadducéens ; mais on voit bientôt que les disciples sont en mer, et que Jésus est avec eux dans la barque quand il leur parle du levain des pharisiens. Matthieu rencontre ainsi Marc, après s'en être écarté peut-être inconsciemment.

Luc reproduit dans un tout autre contexte la parole de Jésus touchant le levain des pharisiens. Sa combinaison est artificielle et se fonde sur le nom des pharisiens, tandis que celle de Marc et de Matthieu est fondée sur le rapport du pain et du levain; après un long discours du Christ contre les pharisiens -^ l'évangéliste signale leurs mauvais desseins k l'égard de Jésus ; aprèg cpioi, une grande foule s'assemblant, le Sauveur commence un nouveau discours, fait de morceaux assez disparates, qui a pour exorde la recommandation touchant le levain des pharisiens, àlaquelle est reliée la remarque touchant le caché qui doit être connu ''. Luc, sentant que la recommandation ne convient pas à un discours public, dit que Jésus l'a faite k ses disciples « d'abord » '■. La façon d'entendre « le levain

1. ^^ 21. nC, ojtzo) Tjviï-c; AD, ~(o; ou-'o. B, -w; où voîïtî;

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