‹ Les évangiles synoptiquesChapitre 825 sur 829 · Cf. les sept diacres d'AcT. vi, 1-G · texte numérisé non relu

Cf. les sept diacres d'AcT. vi, 1-G

1006 LES ÉVANGILES SYMOPTIQUES

nauté nouvelle dont Jésus était le centre, et la fraction du pain le symbole en même temps que le lien. Matthieu n'a pas si mal conjecturé, pour ce qui est du sens de Marc, sur ce point particulier, en supposant que le levain des pharisiens et des sadducéens était leur doctrine, s'il a entendu par là tout ce qui, dans le judaïsme officiel, l'a empêché de se faire chrétien.

Il n'en reste pas moins que le commentaire des multiplications de pains, comme celui de la parole sur ce qui souille l'homme, et celui de la parabole du Semeur, est un produit de la tradition chrétienne ; dans la forme systématique où il nous parvient, ce commentaire est l'œuvre d'un évangéliste qui complète la tradition plus ancienne de l'Evangile, et une tradition écrite, par des considérations qui s'inspirent del'universalismepaulinien, et qui introduisent dans laprédication du Sauveur les conclusions acquises par le développement ultérieur du christianisme. Le rédacteur n est pas hostile aux apôtres galiléens : trop près de l'âge apostolique pour idéaliser la situation autant que l'ont fait Matthieu et Luc, il admet que les disciples n'avaient pas vu où allait la pensée du Christ. Mais les conséquences que les disciples ne voyaient pas, Jésus ne les a pas réellement tirées. Marc en vient ici à prêter aux apôtres une intelligence rebelle à tout éclaircissement, parce qu'il va rapporter les déclarations concernant la mort et la résurrection du Christ, que les Douze sont supposés n'avoir pas comprises en dépit de leur clarté.

L'AVEUGLE DE BETHSAIDE

Marc, viii, 22-26

Ce n'est probablement pas sans intention que Marc après avoir montré quelles ténèbres le Sauveur eut à dissiper dans l'intelligence de ses disciples, et avant de raconter la confession de Pierre, où se manifeste un progrès, d'ailleurs incomplet, de leur instruction, rapporte une guérison d'aveugle, la cécité physique étant un symbole naturel de l'aveuglement de l'esprit.

Marc, vni, ^"J. lilt ils vinrenl à Bethsaïde. El ou lui amena un aveugle, et on le pria de le loucher. '23. El prenant la main de l'aveugle, il le conduisit hors du bourg, et, après lui avoir mis de la salive sur les yeux, lui imposant les mains, il lui demanda : « Vois-lu quelque chose? » 24. Et regardant, il dit : « J'aperçois les hommes, car je les vois comme des arbres, qui marchent. » 25. Ensuite il lui mit de nouveau les mains sur les yeux, et (l'homme) regarda hxemenl, se trouva guéri, et il voyait distinctement tout. 26. Et (Jésus) le renvoya dans sa maison, disant : « N'entre pas dans le bourg. «

Jésus et ses disciples arrivent à Bethsaïde. D'après le contexte, cette Bethsaïde ^ ne peut être que la ville située au nord du lac, sur la rive gauche du Jourdain, oîi le Sauveur avait manifesté l'intention de se rendre après la première multiplication des pains. Le récit du miracle ne tient pas étroitement à l'indication du lieu. Ici, comme dans le cas du sourd-muet, le rédacteur parait avoir pris une anecdote traditionnelle, et l'avoir placée dans l'endroit le plus convenable pour la signification symbolique qu'il voulait y attacher; il semble néanmoins que l'histoire de l'aveugle ait pu être transposée avec la mention de Bethsaïde -. S'il n'en était

t. D et plusieurs mss. lat. lisent Br,9aviav.

2. V. 22. « Et ils vinrent à Bethsaïde n pouvait se rattacher primitivement à 13, qui double peut-être 10 pour l'insertion de 11-12. Wellhausen, Me. 63.

pas ainsi, et l'absence de lien réel avec le récit qui précède et celui qui suit permettrait de le conjecturer, la « maison des pêcheurs » aurait été choisie pour figurer la patrie des apôtres : Jean • ne dit-il que Bethsaïde était « la ville d'André et de Pierre » ? Toujours est-il que les deux récits sont parallèles dans l'économie présente du second Evangile : la g-uérison de l'aveugle paraît figurer l'adhésion des apôtres à la foi messianique, et l'origine de l'Eglise judéochrétienne, tout comme la guérison du sourd-muet figure la conversion des Gentils, et l'origine de l'Eglise hellénochrétienne. Pris en eux-mêmes, les récits ne semblent pas conçus en vue de cette interprétation, qui résulte surtout de la perspective créée par le rédacteur ; ils n'en sont pas moins taillés sur le même patron, les descriptions des deux guérisons se correspondant presque trait pour trait.

On amène l'aveugle à Jésus, comme on lui avait amené le sourdmuet, en le priant de le toucher, c'est-à-dire de lui imposer les mains pour le guérir-. Jésus prend l'aveugle à l'écart, comme il a pris le sourd-muet, et pour la même raison^'. 11 le conduit hors du village. S'il s'agit de Bethsaïde, le village serait l'ancienne bourgade de pêcheurs, qui avait dû subsister à côté de la ville construite par le tétrarque Philippe. Le Sauveur ayant pris lui-même la main de l'aveugle, ceux qui l'avaient amené n'eurent pas besoin de l'accompagner. Jésus le guérit en lui mettant de la salive sur les yeux, comme il en avait mis sur la langue du muet, et en lui imposant les mains *. La guérison n'est pas instantanée, et c'est peut-être à raison de cette circonstance que Matthieu et Luc n'ont pas reproduit le récit de Marc. La vertu sort de Jésus par la salive et l'attouchement, mais l'effet ne se manifeste que par degrés. Le Sauveur demande à l'homme s'il voit. Il voit en effet, mais confusément; les contours des objets lui semblent vagues, et leurs proportions grossies et incertaines. Des hommes qui passent à une certaine distance lui font l'effet d'arbres qui marchent. Jésus lui impose de nouveau les mains, et, cette fois, sa vue s'affermit ; il perçoit distinctement les objets même éloignés.

Puisqu'il reconnaît tout de suite les choses qu'il voit, observent

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