‹ Les évasions célèbresChapitre 16 sur 49 · GAUMONT DE U FORGE · texte numérisé non relu

GAUMONT DE U FORGE

Barthélémy. Enfin, après s'être vus plusieurs fois encore en péril, ils arrivèrent le huitième jour de leur voyage en Guyenne, «< au château de Castelnau-des-Mirandes, où s'était retiré le sieur de Gaumont, qui reçut son sien neveu avec une si grande joie et contentement qu'il n'est pas croyable, l'ayant cru mort jusque-là, et voyant que Dieu l'avait préservé d'un si grand danger. » [Mémoires de Gaumont de la Force.)

HENRIy ROI OE NAVARRIy DEPUIS HENRI IV

a La reine (Catherine de Mé^icis), soupçonnant le vigoureux esprit et le corps laborieux de son gendre, détenait la dernière de ces parties par les gardes qu'on lui avait donnés, qui étaient soldats choisis, passionnés catholiques, et qui, la plupart, avaient exécuté au massacre (de la Saint-Barthélémy) : elle avait aussi ceux qui commandaient en la chambre et en la garde-robe, tous affidés à la détention de ce prince : duquel la courtoisie et agréableconversation fit de ses geôliers ses gardes et (pour la plupart) exécuteurs de ses volontés. Il sut bien rendre les espions doubles et se servir de ses ennemis... L!autre partie prisonnière était arrêtée par amourettes que la Reine même suscitait... Ce fut cette chaîne qui le ramena en sa prison, en un dessein qu^il avait fait pour se sauver au bois de Vincennes, et mit en fuite ceux qui l'avaient assisté en cette affaire, ou rendit fort étonnés ceux qui par opiniâtreté demeurèrent auprès de lui, qui furent Jonquières^ son maître d'iiôtel, Âubigné, son écuyer, et Armagnac^ son premier valet de chambre, lincore de ces trois, le premier fut éloigné en Picardie... Hais pour ce qu'autant de fois qu'on promettait (à Henri) la lieutenance générale, lesdesseins de partir étaient renversés, et ces deux, qui restaient au roi de Navarre, se préparaient à quitter sans dire adieu, quand un soir d'Armagnac ayant tiré le rideau du

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lit, OÙ son maître tremblait d'une fièvre éphémère, comme ces deux avaient Toreille près du chevet de leur maître, ils Tentendirent soupirer, et puis plus attentivement ouirent qu'il achevait déchanter le psaume 88, au couplet qui déplore Téloignement des fidèles amis. Armagnac pressa l'autre de prendre ce temps pour parler hardiment; ce conseil suivi promptement et le rideau ouvert, voici les propos que ce prince entendit.

« Quel esprit d'étourdissement vous fait choisir

d'être valet ici, au lieu d'être le maître là, le mépris des méprisés, où vous seriez le premier de tous ceux qu'on redoute? N'êtes- vous point las de vous cacher derrière vous-même, si le cacher était permis à un prince né comme vous? Vous êtes criminel de votre grandeur et des offenses que vous avez reçues : ceux qui ont fait la Saint-Barthélémy s'en souviennent bien et ne peuvent croire que ceux qui l'ont soufferte l'aient mise en oubli... Vous n'avez rien à craindre tant que de demeurer. Pour nous, nous parlions de nous enfuir demain, quand vos propos nous ont fait tirer le rideau. Avisez, sire, qu'après nous, les mains qui vous serviront n'oseraient refuser d'employer sur vous le poison et le couteau. »

« Il arriva sur ces entrefaites que Fervaques et La-

vardin, mécontents, firentsentir leurdésir de changement à ceux qui trafiquaient le départ du roi de Navarre. Le premier se découvrit à Âubigné, l'auti e fit porter les mêmes assurances par Roquelaure ; et pour conférer en liberté de ces choses, le roi de Navarrfe et ces deux se promenèrent en un coche fermé des deux côtés par les rues de Paris. Là fut arrêté de se voir une après-soupée au logis de Fervaques... Donc les sept, enfermés et s'étant délivrée de plusieurs fâcheux, se prêtèrent serment : à savoir les six au roi de Navarre, et lui à eux de ne se dédire point par quelque caresse qui se présentât et d'être ennemis jusqu'à la mort de quiconque décèlerait l'entreprise. Cela prononcé.

le roi de Navarre les baisa tous sii à la joue, et eux à lui la main droite.

« Le dessein était qu'au vingtième de février, dix-huit jours après le complot, Lavardin se saisirait du Mans, Roquelaure, son lieutenant, ferait de même à Cherbourg: et cependant leur maître étendrait ses longes jusqu'à aller chasser aux forêts de Saint-Germain, étant toujours sous la garde de Saint-Martin d'Ânglouse, maître de la garde-robe, et de Spalnngue, lieutenant des gardes. Le lendemain, au point du jour, le roi de Navarre s'alla jeter dans le lit du duc de Guise, et avec les alliances qu'ils avaient fait de Maître et de Compère, eurent plusieurs familiers discours. Ceux du Béarnais tendant à ce point qu'aux dépens de plusieurs vanités et vanteries de ce qu'il ferait quand il serait général, le duc courût en apprêtera rire au Roi, comme il avait déjà fait auparavant... et ainsi il trompa à son tour, par la même feinte, qui l'avait trompé ; car on a su pour certain que, sans ce coup de langue, on faisait naître une affaire pour lui rompre cette chasse, où il n'alla de tous les conjurés qu'Armagnac.

« Âubigné se trouva le lendemain au soir au cabinet du roi (Henri 111) pour prendre congé ; là il découvrit Fervaques collé à l'oreille du Roi et le Roi attentif à son discours, tellement qu'on avait été plus d'une heure et demie à lui gratter les pieds sans qu'il pensât à se mettre au lit. D'ailleurs l'attention de son esprit sauva la vie au preneur de congé ; car encore que le Roi eût la face tournée droit à la porte, cela n*empêcha pas qu'il ne trouvât moyen de la regagner en se couvrant de l'huissier, et feignant de se vouloir pourmener à la lune, où il guetta Fervaques jusqu'à deux heures après minuit. Au sortir du château, il lui empoigna le bras en sursaut, disant : « Qu'avez-vous fait, misérable ? n Cet homme ainsi surpris ne put déguiser, et aprèà avoir conté les bienfaits qu'il recevait du Roi, qu'un

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