‹ Les évasions célèbresChapitre 17 sur 49 · HENRI IV · texte numérisé non relu

HENRI IV

autre prince ne pouvait remplacer : Allez, dit-i), sauvez voire maître.

« Pour à quoi parvenir il fallut courir à l'écurie, où depuis trois semaines, par prévoyance, on avait accoutumé de piquer les chevaux en une carrière ouverte. Comme cela se pratiquait, les écuyers voient passer le prévôt des marchands que le Roi avait envoyé quérir pour ne laisser rien échapper aux portes de la ville; mais avant l'ordre mis, leâ chevaux sortirent. De là Roquelaure fut averti pour prendre la porte et le chemin de Senlis, ce qu'il ne se fit pas dire deux fois ; puis ayant empoigné les écuyers auprès de Luzarches, il sut de l'un d'eux que tout était découvert. Parlant, il s'avança porter au roi de Navarre cette nouvelle, et la nécessité qui le pressait de partir, en attendant celui qui en savait plus de particularités. Ce prince donc achevait sa chasse et avait couru dés le soleil levant, quand il trouva ses chevaux au faubourg de Senlis, qui avaient repu. A l'abord, il demande à son avertisseur : « Qu'y a-t-il? » La réponse fut : « Sire, le Roi sait tout par Fervaques qui me l'a confessé : le chemin de la morl et de la honte c'est Paris, ceux de la vie et de la gloire sont partout ailleurs et, pour les lieux les plus commodes, Sedan ou Âlençon. 11 est temps de soitir des ongles de vos geôliers pour vous jeter dans le sein de vos vrais amis et bons serviteurs. — 11 n'en faut point tant,» répond ce prince.

« Sans plus long discours il se défait de Saint-Martin et de Spalungue, que deux des siens voulaient tuer ; il aima mieux s'en servir à retarder les pousuites du Roi. 11 appela Saint-Martin le premier, lui enjoignant d'aller dire comment Roquelaure l'était venu avertir de certains bruits qui couraient à la cour de lui ; il ne demandait que la moindre parole du Roi, ou de retourner à la cour pour éteindre ces bruits, ou de contitiuer sa chasse. Celui-là dépéché, il iit semblant de se loger et de vouloir ouïr des

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comédiens passant par là que les premiers venus avaien fait apprêter. Après quelque temps écoulé, il appelle Spalungue, lui dit que le Roi devait aller à Beauvais- Nangi, de quoi il ne s'était pas souvenu en dépêchant Saint-Martin, quil allât donc à Gliarenton, où, s'il ne trouvait le Roi passé, il lui porterait confirmation à Paris du premier message. Gela servit beaucoup ; car Saint- Martin trouva Falarme au camp, qu'on allait dépêcher aux compagnies pour battre tous les chemins, et tout fut arrêté à l'arrivée du premier qui fut au lever du Roi. L'autre, qui laissa le grand chemin, s'égara vers Saint-Maur, et ne vint qu'à Taprès-dînée. A la vérité quand la reine vit le second espion envoyé, elle ne douta plus de la fraude, mais les avertissements ne vinrent que le jour couchant, et vous verrez où était le roi de Navarre à ce point-là ; car dés le soir ayant jeté les yeux sur ce qui lui était le plus fidèle, il emmena le comte de Grammont, Gaumont fils' de la Valette et, depuis, duc d'Épernon, Ghalandray, le Mont de Maras et Poudins, ou pour les engager à son parti ou pour diminuer les avis de la cour. Il y eut de la peine à démêler Içs forêts en une nuit très-obscure et fort glaceuse : le secours de Frontenac lui fut en cela fidèle et bien à propos.

n 11 passe donc l'eau au point du jour à une lieue de Poissy, perce un grand pays de Beauce, tout semé de chevau-légers, repaît deux heures à Ghâtcauneuf ; là, prend son maréchal-des-logis, l'Épine, pour guide, à l'heure où les compagnies pouvaient être averties, et le lendemain il entra d assez bonne heure dans Alençon. Dedans trois jours arrivèrent à Alençon deux cent chiquante gentilshommes et entre autres Fervaques, par l'accident que je vous vais conter. Gependant que les deux écuyers, à Paris, préparaient leurs chevaux, comme je vous ai dit, Grillon passa devant eux au trot, et l'un d'eux l'ayant suivi, le vit arrêté devant le Croissant et appelant Fervaques par la

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